ILS SÉJOURNENT A PHILADELPHIE ET A NEW-CASTLE
Ils s'embarquèrent en canot sur ladite rivière et gagnèrent la ville de Philadelphie, toute peuplée de Coakers ou Trembleurs, ville franche, où chacun est en liberté, de quelque nation ou religion qu'il soit. C'est une ville toute nouvelle et qu’on il agrandit journellement, la franchise, dont on y jouit, y attirant beaucoup de monde. Elle estoit desjà plus grande que Brest, dans ce temps là, mais sans aucune fortification ny défense, bastie sur le bord de ladite rivière, dans un pays tout couvert de bois à 6o lieues de la mer. Il est fertile, produisant du bled en abondance et toutes sortes de fruits d’arbres et de légumes, comme en Europe. Un François habitué dans ladite ville, nommé M. d'O, originaire de Grenoble, y a mesme planté de la vigne, qui produit de beaux et bons raisins. Les bois y sont pleins de bœufs, de chevaux et de cochons sauvages, et les isles, qui sont en nombre dans ladite rivière, qui est grande et belle et navigable pour les plus grands vaisseaux, y sont couvertes de moutons.
La franchise de cette ville conviant ledit Sagean et son compagnon à s’y délasser de leurs fatigues, ils y séjournèrent
quinze jours, vivant du provenu de l’or que ledit Sagean avoit
sauvé et dont il avoit encore un lingot et demy.
De là ils furent à New-Castle, petite ville à 34 lieues de
Philadelphie, en tirant vers la mer, où il y a bon mouillage
pour toute sorte de navires, et où ils passèrent l'hiver.
Le printemps venu, ils s'embarquèrent dans une grande
double chaloupe à voiles latines, qu’ils achetèrent pour
70 piastres avec un nègre, qu’ils achetèrentaussi pour r00 escus
pour leur aider à manœuvrer, et ils firent route vers la coste
d'Acaaie pour tascher de gagner le Canada, sous prétexte
d'aller à la pesche. Ils naviguèrent heureusement pendant un