SAGEAN NE VEUT PAS S'ENGAGER COMME CANONNIER
l'office de canonniers dans ladite forteresse, et qui les menèrent parler au soubbenist (?), ou commissaire général des guerres. Ce commissaire voulut les retenir en ladite qualité de canonniers, mais, voyant qu'il n'y avoit à gagner que trois pagodes par mois, qui font environ six escus de France, ils passèrent outre pour chercher une meilleure fortune. C'est un petit Roy que le Roy de Sonde, qui n’a ordinairement que deux mille hommes sur pied. [l est Gentil, et ses sujets sont meslés de Gentils et de Baignans, et croyent la transmigration des âmes, suivant les principes de Pythagore, ce qui fait qu'ils ne mangent jamais de rien qui ait eu vie. [ls sont grands négocians et riches. La ville est petite et mal bastie, et n'est point murée. Les maisons y sont de terre, etelle n'est accessible que par deux chemins, qui conduisent à deux portes, ce qui en fait la force et la garde facile. Le terrain; est assez ingrat et montagneux, et l'abondance ne s’y trouve que par le moyen du commerce.
Après avoir séjourné trois ou quatre jours à Sonde, ils furent à Géré {?), distant de 20 lieues, qui appartient au Mogol, et qui n’est proprement qu’une forteresse faite pour tenir en bride tous ces Roitelets. Ils y trouvèrent un Anglois et un Portugais renégats, qui y servoient de canonniers et voulurent leur persuader d’imiter leur apostasie, et qu’ils auroient comme eux des emplois de canonniers avec quarante escus par mois d’appointemens chacun. Mais Dieu leur fit la grâce à tous deux de resister à la tentation, quoique le camarade dudit Sagean fust protestant. Cette forteresse est belle et bastie de pierre et de brique à la mode d'Europe, avec des bastions et des dehors. Il y a quatre-vingts pièces de canon en batterie, la pluspart de fonte, qu’ils ont achetées apparem:
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SiMOGUÉ, VILLE DU ROI DE CANARA, 149
ment des Européens. Il y en a une pièce de 18, les autres sont de 8 et de 6. Ladite forteresse est dans la terre à Go lieues de la mer, et il y a cinq cents hommes de garnison, tous Mahométans. Ils ne séjournèrent là que vingt-quatre heures, et s'en furent à Simogué, distant d'environ 25 lieues dudit Géré, aussi dans la terre et à pareille distance de la mer.
Simogué est une grande ct belle ville, bien fermée de murailles et fortifiée, ayant une belle et bonne citadelle, qui a quatre tours au lieu de bastions. Il y a soixante pièces en batterie, dont il y en a dix de fonte provenant de Portugais. Elle est, aussi bien que la ville, entourée d’un bon fossé tousjours plein d'eau. Les maisons en sont belles et solidement basties. Il y a de beaux bains publics, des maisons aérées et de pierre de taille, et de beaux jets d’eau dans toutes les places de la ville. Elle appartenoit au Roy de Canara. Ils y séjournèrent huit jours, croyant y trouver de l'employ pour servir de canonniers dans ladite forteresse, mais le Commissaire général leur dit qu’il falloit pour cela un ordre du Roy; ce qui obligea ledit Sagean d'aller à la ville capitale, nommée Bredoul, où il fait sa résidence à 10 lieues, son camarade estant resté malade à Simogué.
Ladite ville de Bredoul est défendue par une bonne forteresse solidement bastie de pierre, avec cinq tours au lieu de bastions, et un bon fossé à l’entour. Y est.nt arrivé, il fut adressé à un Prince de la Maison royale, général des armées du Roy, et l'ayant prié de luy faire avoir audience de Sa Majesté, ledit Prince luy fit entendre que cela n'’estoit pas facile, mais qu’il pouvoit, en attendant l’occasion de l'y admettre, demeurer chez luy. Il fut quatre mois entiers, pendant
lesquels ledit Prince luy faisoit donner, par mois, six pagodes,