AVARICE ET INHUMANITÉ DU CAPITAINE ANGLAIS
leur capitaine anglois, qui leur refusa la subsistance et toute sorte de secours; ce qui estoit d’autant plus injuste qu'il estoit la principale cause de leur perte par son ivrognerie et en particulier de la ruine dudit Sagean, qui perdit en cette occasion 300 piastres qu’il avoit en espèces, outre 150 qui luy estoient dues par des gens de l'équipage et qui luy auroient profité au quadruple, s’il avoit peu achever le voyage.— Ledit capitaine n'en usa pas ainsi à l'esgard des Maures, parce que, nageant naturellement comme des poissons, ils luy sauvèrent son argent et quelques marchandises, ce que ne pouvoient faire les Européens, qui ne sçavoient presque pas nager et qui eurent bien de la peine à sauver leur vie dans le naufrage, outre qu'il auroit appréhendé la vengeance desdits Maures, quand il auroit esté de retour à Surate.
Lesdits Européens s'estant donc plaints au Grand Mandarin, commandant dans ladite isle, il ordonna sur le champ à quelques habitans de leur fournir des vivres et tout ce qu'il leur faudroit, mesme avec abondance, et leur fit en outre donner 100 piastres pour leurs petits besoins, paroissant outré de l’indigne procédé et de l’inhumanité de ce capitaine anglois envers eux, principalement par rapport aux missionnaires, pour lesquels il marquoit une grande vénération, tout payen qu'il estoit, et pendant le séjour qu'ils firent là, ledit grand Mandarin et les petits mandarins, qui sont au nombre de quatorze, ayant divers emplois soubs luy, les festinèrent tour à tour pendant quinze jours, et ensuite ledit Grand Mandarin fit bien payer le tout au capitaine anglois, à qui, au surplus, il ne fit jamais la moindre honnesteté, car, avant de luy donner son congé, il luy fit payer 6,000 piastres, tant
pour sa despense que pour celle de son équipage, compris