JUIN 1719. RETOUR DE DU RIVAGE
le caporal de la garnison aux Nadacos avec les Sauvages de cette nation. Je luy recommanday d'aller jusqu'aux Assinaïs pour s'informer de toutes choses; je luy donnay quelques marchandises pour me traiter des chevaux. Il partit pour ce voyage le 20 Juin.
Le 24, il arriva un Sauvage de la nation d'Oulchionis pour donner avis à nos Sauvages que les François estoient en guerre avec les Espagnols, et que les chefs de la nation l'avoient envoyé pour les solliciter à se déclarer en notre faveur. Les chefs de nos nations leur firent response qu'ils ne vouloient point entrer dans nos discussions, mais que, si les Espagnols nous attaquoient, ils se déclareroient contre eux.
Le 29', le sieur Du Rivage arriva de son voyage avec deux Sauvages de la nation Quidehais; il me rapporta qu'à rolieues de chemin du côté du Ouestet du O. un quart N.-0., ilavoit rencontré partie des nations cerrantes, qui sont les Quidehais, Naouydiches, Joyvan, Huanchané, Huané, Tancaoye, desquelles il avoit esté fort bien reçu. Il apprit d'eux qu'ils venoient d’avoir un combat avec un party de la nation Cancy?, sur lequel ils avoient eu de l'avantage; que les Cancy composoient un village fort peuplé sur les bords de la Rivière Rouge, à 60 lieues de l’endroit, où setrouvoitle sieur Du Rivage ; que les Espagnols estoient establis chez les Cancy, qu'ils travailloient à tirer de la terre une matière fort pesante; que l'on pouvoit aller par la Rivière Rouge dans les eaux hautes jusqu'à trois journées de ces nations; que quelquefois ils les avoient poursuivis par terre jusqu'à leur village, mais que les
1. Le 20 juillet M, Mustel et Du Rivage, dit le chevallier de Beaurain
2. Ces sauvages venoient de détruire un party de la nation Cancy de onze villages establis vers la source de la Rivière Rouge, aux environs desquels les Espagnols ont des establissemens, (Beaurain.)
278 JUILLET 1710. LES TOUACARAS,
Espagnols avoient tiré sur eux de gros fusils (terme dont ils se servoient pour marquer les canons ou pierriers).
Le sieur Du Rivage donna à ces nations les présents que je leur avois destinés ; il les sollicita, de ma part, d’entretenir une bonne union avec les François, et, sur ce qu'il leur demanda s'ils avoient connoissance des nations situées vers le Nord, sur les bords d'une grande rivière, ils l'assurèrent qu'ils estoient de leurs alliés, et que la principale de ces nations s'appeloit Touacara!.Il leur dit pour lors que je désirois y aller afin de faire alliance avec eux, mais que j'avois besoin de guide. Là-dessus, les chefs délibérèrent entre eux de m'en envoyer deux, et assurèrent le sieur Du Rivage qu'ils s'y trouveroient, dans une lune, pour m'y offrir leurs services, Ces peuples sont errants, n'ayant aucune demeure fixe; ils suivent les bœufs, qui leur servent de nourriture, comme leur robe, de vestement. C’est dans ces chasses qu’ils sont sujets à rencontrer leurs ennemis. Ils forment entre eux tous deux mille cinq cents hommes; mais ils se dispersent par cantons, afin de trouver plus facilement leur subsistance. Ces nations sont alliées avec celle des Quichuan?, située à deux lieues de la Rivière Rouge, à la gauche, en montant aux environs du lieu où le sieur Du Rivage avoit trouvé ces nations errantes. Ces peuples sont belliqueux ; ils ont presque tousjours l'avantage sur leurs ennemis, quoyque inférieurs en nombre. Les TFancaoyes sont renommés au-dessus des autres; la pluspart des chefs sont borgnes des coups de flesche qu'ils ont reçus. Ces nations et les Cancy sont si animés les uns contre
les autres que les vainqueurs mangent les vaincus; ils n'es-