AOÛT 1719. RENCONTRE D'UN PARTI D'OSAGES
un bois fort espais, près d'un ruisseau qu'il fallut traverser; l'après-midi nous entrasmes dans des montagnes très difli. ciles à passer à cause de l'espaisseur de bois et des rochers boulcversés que l’on y rencontre, joint à cela que ce vallon va tousjours en montant; il y périt deux de nos chevaux. A cinq heures du soir nous cabanasmes dans ce vallon, près d'un ruisseau, au pied de plusieurs montagnes. J'avois eu la précaution de porter un gros marteau pour rompre les picrres, dans lesquelles il auroit pu se trouver quelque métal; je trouvay dans cet endroit plusieurs marcassites noirastres, piquées dedans de quelques grains tirant sur l'or, et des pierres à fusil piquées d’un métal blanc. J'en ramassay quelques-unes ct je ne doute nullement que, quand il ne se trouveroit pas de métal dans ces pierres, clles ne laissent pas de noter des mines métalliques. Nous fismes ce jour 5 lieues sur le N.-O.
Le 25, nous montasmes au sommet d'une montagne. Ayant avancé d'une lieue, nous tombasmes dans des prairies et vallons fort agréables à la vue; nous y tuasmes trois bœufs. Ce jour nous fismes 3 lieues au N.-O.
Le 23 au matin, nous aperçusmes une troupe de vingt Sauvages; nos guides se crurent perdus, les ayant reconnus pour Anahous. Ce sont des Osages. . . . . . . Quoyqu'ils soient amis des François, cette nation est perfide, et il est bon de se tenir sur ses gardes. Ce parti approcha de nous à portée de la flesche; nos Sauvages vouloient s'enfuir, mais je leur représentay que, s'ils prenoient ce parti, ils estoient perdus; qu'il n'y avoit que nous autres qui pouvions les tirer d'affaire. Nous fismes bonne contenance ct les
Osages parurent, de leur costé, avoir dessein de nous atta-
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AOÛT 1719. PARTI DE GUERRE CANCY, 285 quer. Dans cette perplexité, je pris le parti de m'avancer vers eux avec trois François bien armés, l'un desquels estoit le soldat de la garnison, qui entendoit plusieurs langues sauvages. Ce parti ennemi, surpris de nostre hardiesse, nous presenta le Calumet de paix. [ls nous firent pour lors entendre qu'ils avoient connoissance de nostre nation et que nous estions de leurs amis, mais qu'ils prétendoient lever la chevelure à nos guides, Je m'opposay à leurs desseins, et je leur fis dire que, s'ils persistoient dans leur demande, je me trouverois forcé de me battre contre eux. Cette résolution leur fit changer de sentiment ; ils se consultèrent entre eux et convinrent de nous laisser passer en repos. Je leur fis quelques présents, après quoy ils se retirèrent, sans approcher de nos guides, qui se tenoient avec le reste de mes gens sur leurs gardes. Ce mesme jour, nous trouvasmes deux ruisseaux, quelques costeaux et prairies, et l'on fit 3 licues dans le N.-0O.
Le 27, nous entrasmes dans un beau pays, où nous apercusmes une grande quantité de chevreuils. A dix heures, nous passasmes une petite montagne aride; ensuite un ruisseau, auprès duquel nous restasmes pour passer la chaleur du midi. A trois heures, nous apercusmes plusieurs cabanages, dont les feux estoient encore allumés ct des fientes de chevaux. Nos guides nous avertirent que ce pouvoit estre un parti Cancy. Comme cette nation ne nous auroit pas fait meilleur quartier qu'à nos Sauvages, et qu'il y avoit à craindre de devenir leur proye, nous marchasmes sur nos gardes. Avant avancé d’une lieue et demie, nous traversasmes un lac sur des cayes ; un de nos chevaux se jeta dans l’eau
avec sa charge; ilse noya, mais l’on sauva les effets qu'il por«