CINQ OFFICIERS DESCENDENT A TERRE
au vent; il ventoit fort extraordinairement de terre. Ce vent dans lesdites voiles, joint à ce mouvement que !e vaisseau sentoit de tout ce monde, le fit sortir de dessus ce banc en moins de deux heures de temps.
Ce navire commençant à danser, le capitaine sortit de sa chambre et reprit le commandement dudit vaisseau: nous prismes un peu de large et louvoyasmes toute la nuit d'un bord sur l'autre. Le jour estant venu, nous tinsmes conseil, entre cinq ofliciers que nous estions à bord, et résolusmes de nous faire mettre à terre. Nous fismes venir les pilotes, qui nous dirent qu'ils estoient ravis de la résolution que nous prenions et nous prioient de faire trois feux tous les soirs, ct que, sous quatre à cinq jours, nous nous rendrions à l'entrée de l'Zsle aux Vaisseaux, et que, d’abord que nous y serions, nous leur envoyassions un bateau pour les aller chercher : sans auoy ils ne pouvoient manquer de périr. On fut demander au capitaine s'il vouloit prester sa chaloupe pour descendre à terre. Il dit qu’on la prist. Nous prismes avec nous pour quatre où cinq jours de biscuit seulement; outre cela nos fusils, nos épées, et un peu de munition, le tout nous appartenant. Nous descendismesavec cela devant lamesme baye, où nous estions eschoués le jour d’auparavant, comptant nous rendre en peu de temps. Ce fut le soir que nousdescendismes.
Nous restasmes ce premier soir dans le mesme endroit où nous avions descendu. Le matin estant venu, nous ne vismes plus de navire; ce n'estoit pas ce qu'il nous avoit dit. Nous acheminasmes donc dans l'Est, le long de la mer, sur l'anse. Noustrouvasmes, pendant quatrejours, de très beaux chemins,
mais le cinquiesme nous tombasmes tout à coup dans un pays
noyé et vaseux jusques au cou, sans qu'il fust possible d’avan-
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