LEGENDRE, AUTRE OFFICIER, MEURT, RETOUR A LA BAIE
loient bien, &1 nous partismes d’abord. Dès le lendemain nous mismes à terre pour nous reposer ct pour manger quelques huistres que nous avions peschées dans l'endroit où estoit mort notre premier camarade.
Ce fut là que le sieur Legendre me dit qu’il n’en pouvoit plus. Effectivement le pauvre garçon, nous ayantdit adieu, se coucha. Nous le couvrismes avec un manteau et il s’assoupit. Deux heures s’estant passées, nous dismes qu’il falloit bientost partir. Nous voulusmes réveiller notre camarade, mais il dormoit trop profondément pour cela, et nous vismes bientost qu’il estoit mort. Cela nous toucha aussy sensiblement que le premier; nous fisme: aussy un trou et l'enterrasmes. Nous n’estions plus que trois. Nous nous disions l’un à l’autre que cette destinée nous arriveroit bientost; nous fismes nostre prière et nous conclusmes de partir pour gagner la mer, ce quenous fismes; nous y arrivasmes au bout d'un jour etdemy, et dans le mesme endroit où nous avions descendu du navire. Quand nous fusmes arrivés là, le lendemain, mes camarades me dirent qu'ils se mettoient entre mes mains, que, pour eux, ils estoient si foibles qu'ils ne pouvoient presque plus bouger. Je leur dis que je ferois tout ce que je pourrois pour les faire vivre et moy aussy avec le peu de munitions qui nous restoient, et que, quand elles manqueroient, il faudroit bien prendre le mesme chemin que nos deux autres amis avoient pris, qui estoient morts. Je pris dans ce moment mon fusil et je m'en fus à la chasse, leur avant dit que je ne reviendrois pas que je n'eusse tué un chevreuil. Je ne fus pas à cent pas de mes camarades que j'en vis un, qui buvoit à un ruisseau auprès d'un bouquet de cannes qui me cachoit de luy. Je m'en
allay tout doucement jusqu'aux cannes; pour lors je vis que
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