‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 287 sur 662 · LE LIEUTENANT COURBET MEURT DE FAIM · texte numérisé non relu

LE LIEUTENANT COURBET MEURT DE FAIM

les deux bonne quantité, que nous ouvrismes dans une marmite que nous avions mise à terre avec nous.

Quand ces huistres furent cuites, je dis à mes camarades d'en venir manger. Les sieurs Alain et Duclos s’approchèrent, mais le sieur Courbet, lieutenant pour cette province, dit qu'il ne pouvoit faire un pas, et qu’il n’en pouvoit plus de foiblesse et de maigreur. Cela nous estonna de voir un homme aussy robuste, qui paroissoit estre tout d’un coup accablé. Je pris des huistres et luy en portay. Il voulut en manger, mais il ne le put faire, non pas mesme mascher. Il me dit pour lors : « Mon cher ami, je te dis adieu, je ne me sens plus assez de force pour vivre jusqu'à demain, et je meurs de faim. » Cela me toucha vivement. Je pris sur le champ mon fusil et m'en fus à la chasse. Le Seigneur permit que je tuasse un chevreuil en moins de deux heures de temps que j’estois party. J'emportay d’abord une gigue que je portay sur le champ à mes camarades. J'en fis bouillir, et, estant cuit, j'en portay au sieur Courbet. Il me dit avec des yeux égarés qu'il ne pouvoit manger; je luy en mis dans la bouche, mais il ne put avaler; et en mesme temps il mit sa main sur moy et me dit : « Mon cher camarade, adieu pour toujours. Je n’ay pas une demy-heure à vivre.» Effectivement, il n’eut pas fini ces paroles, qu'il tomba entre mes bras et mourut en moins d’un quart d'heure, sans aucun effort.

Nous passasmes dans cette circonstance de tristes heures. Enfin nous fismes un trou et l'enterrasmes. Ce fut la fin du premier de mes compagnons.

D'abord que cela fut fait, je dis à mes trois autres camarades qu'il falloit partir dès le matin pour gagner la mer, qui n'estoit plus qu’à trois jours de là. Ils dirent qu'ils le vou-

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