DUCLOS LT ABAINS NE PEUVENT PLUS MARCHER
pouvant absolument marcher. Nous luy dismes qu’il prenoit une résolution bien triste, que cependant nous allions partir, et que, si nous trouvions quelqu'un, nous le viendrions prendre, et que, si nous ne trouvions personne, nous reviendrions de mesme : il en convint. J'avois tué, le jour avant, un chevreuil, duquel nous prismes une épaule et laissasmes le reste au sieur Duclos, qui restoit là. Le sieur Abains et moy luy dismes adieu, la larme à l'œil, et partageasmes le reste de la munition, que nous avions, avec luy. Nous commencasmes à marcher d'assez bon courage. Nous ne fusmes pas à 2 lieues de là que mon camarade me dit qu'il n'en pouvoit plus, ct qu'il luy estoit impossible de marcher davantage. Je luy dis pour l’encourager qu'il ne falloit pas perdre courage pour si peu, et qu’en marchant nous trouverions du monde, au lieu qu’en restant toujours dans un endroit nous y péririons. Il me respondit que, pour luy, il alloit retourner avec le sieur Duclos, que nous avions laissé, il n’y avoit pas quatre heures. Je luy respondis à cela qu’il estoit bien triste pour moy deme voir seul, que cependant je voulois vaincre ou mourir, et marcher tant que j'aurois de force. Il me dit de le faire, qu'il estoit fasché de ne pouvoir me suivre; je l’embrassay et nous nous dismes adieu. Je partis d'abord pour ne pas perdre un moment. Il me dit que, dans une demy-heure, il s'en retourneroit sur ses pas joimdre le sieur Duclos. Estant donc party, je marchay d’un courage extraordinaire pendant quatre jours. Le cinquiesme, à deux heures après midy, je vis une rivière de deux à trois lieues de large, à laquelle j’arrivay le soir. Je me vis par cette rivière le passage bouché. Ce fut bien triste pour moy de me voir obligé de retourner sur mes pas, et surtout
n'ayant aucunes bonnes nouvelles à porter à mes camarades,
qui