COUP DES SAUVAGES SUR LEURS ENNEMIS
ment sans s’arrester, [ls en tuèrent ce matin quinze ou seize. Nous en mangeasmes à discrétion, car il y avoit deux jours que nous n'avions mangé. Cette expédition faite, nous vismes une fumée qui étoit à peu près à une lieue et demie de nous. Il yen eut un qui me demanda ce que c'estoit que cela ; je luy dis que c'estoit du feu que l'on avoit mis dans la prairie. II me demanda s'il y avoit du monde; je luy dis qu'il falloit qu'il y eust quelqu'un, que ce n'estoit pas le chevreuil qui avoit mis le feu là. [ls me dirent qu'ils alloient y aller huit de leur bande pour tuer ceux qui y estoient, que c'estoit de leurs ennemis, Effectivement ils partirent pour aller à cette fumée, où ils trouvèrent dix à douze Toyals; c’est le nom de leurs ennemis. Ils n'en purent pourtant tuer qu’un, qui estoit dans un noyer à abattre des noix. Ils le firent descendre avec leurs flesches beaucoup plus vite qu’il n’estoit monté. Quand cet homme fut mort, ils le chargèrent sur un de leurs chevaux et l’apportèrent où nous avions resté à les attendre. Quand ils furent de retour, ils jetèrent ce Sauvage sur la prairie; il y en eut un qui luy coupa le col et l'autre les bras, pendant qu'on luy levoit la peau de dessus. Il y en eut plusieurs qui mangerent de la graisse jaune qui estoit là toute crue, et puis le devorèrent enfin entièrement, après quoy il y en eut un qui me dit pourquoyje ne les avois pas avertis qu'il y avoit douze à quinze Sauvages à cette fumée, qu'ils y auroient esté tous et les auroient entièrement détruits, au lieu qu’ils n'en avoient
tué qu'un. Je leur dis que je n’en pouvois pas sçavoir le
nombre. Il me donna à cette réponse un soufflet de toute sa force, disant que j'estois un chien. Je priay un Sauvage qui estoit à costé de moy de dire qu'on ne me frappast pas davantage, Comme je finissois la parole, le frère de celuy qui