‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 300 sur 662 · BELLE-ISLE RECÇOIT UNE LETTRE DE SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

BELLE-ISLE RECÇOIT UNE LETTRE DE SAINT-DENIS

chez M. de Saint-Denys, luy donnèrent ma lettre et nos brevets. M. de Saint-Denys, ayant examiné cela, leur dit qu'il m'alloit faire response, et qu'il leur ordonnoit de venir me chercher, qu'il vouloit m'avoir mort ou vif. Ils luy dirent de ne se pas mettre en peine, qu’ils m'apporteroient sa response et me viendroient chercher. Eflectivement ces deux Sauvages prirent congé de luy et partirent sur le champ pour s'en rctourner chez eux. Y estant arrivés, ils dirent à tous leurs gens ce qu'ils avoient ordre de faire; ils résolurent là-dessus de partir dès le matin deux pour me venir chercher. Le jour estant venu, ils prirent deux de leurs chevaux et s'acheminérent pour cet effet.

Tout cela s'estoit passé sans que j'en sceusse rien, ny mesme la bande des Sauvages où j'estois.

Un jour estant près du feu, j'entends un coup de fusil: cela me surprit. Je demanday ce que c'estoit que cela, on me respondit qu'on n'en scavoit rien; à ce moment, je vis arriver deux Sauvages à cheval, qui cstoient ceux qui m'’apportoient la vie. D'abord qu'ils furent près de moy, tous ceux de la bande où j'estois s'approchèrent. Pour lors, les deux Assinaïs montrèrent la lettre, que leur avoit donnée M. de Saint- Denys pour m'apporter. Les Sauvages, avec lesquels j’estois, ne pouvoient comprendre ce que vouloit dire cela. Ils prirent cette lettre, et l'ayant regardée les uns après les autres, mon tour vint aussy. Je la voulus prendre, mais ils me dirent qu’ils ne me la donneroient que le lendemain matin. Les deux Sauvages qui l’avoient apportée, voyant que ceux où j'estois ne vouloient pas me la donner, la leur arrachèrent des mains, et me la remirent, car ce sont des gens fort craints de la nation où j’estois.

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