BELLE-ISLE DÉLIVRÉ PAR DEUX ASSINAIS
Quandje vis de l’escriture et que j'eus lu ce qui étoit dedans. quelle joye ne ressentis-je pas dans ce moment! Je le laisse à penser au lecteur. Ces Sauvages, s’apercevant de la jJoye que je ressentois, m'en demandèrent l'explication. Je leur dis que c'estoit un chef qui m’escrivoit et qui me marquoit que, s'ils rouloient tous venir avec moy chez luy, ils seroient bien récompensés. [ls me respondirent que je pouvois partir seul, que pour çux ils ne vouloient pas venir. Les deux Assinaïs me dirent de ne me pas embarrasser, que dès le matin nous partirions. Ils me montrèrent un petit bois à un quart de icue de nous, où ils me dirent d'aller les attendre, dès qu'il scroit jour. Cette nuit là me dura à passer plus d’un an.
Le jour estantenfin venu, je partis à l’insu de toutle monde. Je ne fus pas à cent pas de là que je vis venir deux des Sauvages où je demeurois, et fort près d'eux les Assinaïs, qui mestoient venus chercher. Les premiers, m’ayant joint, me prirent à la gorge, et me dirent que, sije partois, ils m’alloient tuer avec leurs flesches, parce qu'ils appréhendoient que je ne me vengeasse de tous les maux qu'ils m'avoient faits. Dans te mesme moment les deux Assinaïs nous joignirent, et YoFant que ces malheureux estoient sur le point de me tuer, leur dirent que, s'ils étoient assez hardis pour me faire le moindre mal, ils pouvoient compter qu'en peu de temps ils scroient tous exterminés par les Assinais, Cela les fit trem-
bler, et ils me laissèrent tous sur-le-champ aller, ne pouvant
comprendre pourquoy ces Sauvages nrenoient de cette sorte mon party,
D'abord que je me vis hors des mains de mes bourreaux et avec des gens amis des François, je les embrassay de bon
Cœur, et avec bien des marques de reconnoissance. Ils me