BELLE-ISLE ARRIVE AU POSTE DES NATCHITOCHES
ses enfans qui devoit venir avec moy pour me conduire. Je le passay sur mon dos hardiment à la nage, et je revins prendre l’autre; j'en fis de mesme, et puis les chevaux et le bagage. Le tout passa heureusement. Cette Sauvagesse fut ravie de mon scavoir; elle me dit adieu et me recommanda ses enfans, me priant de les laisser chez les François jusqu'à ce qu'elle les vint chercher. Je luy dis que je le ferois et qu'ils n'auroient aucun mal avec moy.
Nous montasmes à cheval, mes deux petits conducteurs et moy, et au bout de six jours, toutes les rivières passées, nous arrivasmes aux Naquitoches, chez les François.
Je laisse à penser au lecteur, si je ne reviens point de la mort à la vie.
J'ay oublié de dire que cette Sauvagesse Angélique avoit demeuré depuis son enfance chez les Espagnols. C'est pourquoy nous nous entendions.
Voilà ce qui m'est arrivé depuis le 14 août 1719 jusqu'au 10 février 1721 que je suis arrivé chez les François, aux Na quitoches.
Estant donc arrivé à ce premier fort françois, j'allay chez M. Île commandant du dit fort, qui me fit partir, au bout de huit jours, dans une voiture qui alloit à la Nouvelle-Orléans. et y estant arrivé, je me rendis chez M. Paillou, major général de cette province, qui me dit de me tenir prest pour partir dès le lendemain au Biloxy. Je m'embarquay donc suivant son ordre, et me rendis le jour mesme, à huit heures du soir, auprès de M. de Bicnville, auquel j'ay eu l'honneur de rendre compte de mes aventires, et qui a eu la bonté de me
faire recevoir oflicier, et, depuis ma réception, j'ay tant
trouvé d'agrément de servir sous un tel général, que je suis
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