DU LUTH ARRÊTE UN ASSASSIN DES DEUX FRANÇAIS
s'estoient comme déclaréz qu’ils ne souffriroient point que l’on rougist leurs terres de leur sang. — Je fis part au Révérend Père Enjalran du dessein que j'avois de m’embarquer, au point du jour, avec six François, pour aller joindre ceux qui estoient à Sainte-Marie du Sault et m'en rendre le maistre. Il fut de mon sentiment, et, comme il avoit quelques affaires à régler avec le Révérend Père Albanel, il se mit dans mon canot.
Estant arrivez à une lieue du village, ledit Révérend Père, Messieurs le chevalier de Fourcille, la Cardonnière et moy, nous débarquasmes et je fis partir le canot, où estoient Baribaud, le Mire, la Fortune et Maçons, pendant que nous nous en fusmes, à travers le bois, gagner la Maison des Révérends Pères, crainte que les Sauvages, me descouvrant, ne prissent ombrage de mon arrivée et ne fissent évader le Folle- Avoine. Enfin pour couper court, je l’arrestay et le fis garder jour et nuit par six François ; ensuite je tins Conseil, où je voulus que tous les Sauvages qui estoient présens s’y trouvassent, dans lequel je leur réitéray ce que j'avois dit aux Hurons et Outaouacs lors du départ du sieur Peré, qui est que vous m'avez ordonné, Monsieur, qu'au cas qu'il y eust des esprits assez mal faits pour, à l'exemple de ceux qui ont assassiné par ci-devant dans le lac Supérieur et dans le Mischigane, en faire de mesme, de détacher l’innocent d'avec le coupable, ne voulant pas que la Nation entière en souffrist, à moins qu'elle n'appuyast les criminels; qu’ils eussent à se déciarer, afin que si quelques esprits factieux estoient dans ce dessein touchant le Folle-Avoine, je les connusse, et ils verroient que je ne les crains pas assez pour m’empescher de faire mon devoir. — Ils tinrent ensuite plusieurs conseils, où