M. DE BOURGMONT N'EMMÈNE QUE PEU DE MONDE
venons. » M. de Bourgmont leur dit : « Cela est bon, mes amis, demain je vais tout régler afin de partir après-demain. »
Le 7 Octobre, le chef des Canzés envoya chercher M. de Bourgmont, M. de Saint-Ange et le fils de M. de Bourgmont avec le sieur Renaudière pour venir en festin dans sa cabane. Il envoya aussi chercher les cinq Padoucas, les Ayooïis, les Othos, les Missourys et Panimahas. Quand le monde fut assis sur des nattes, tout autour du feu qui estoit au milieu de la cabane, le Grand Chef des Canzés harangua et se mit à dire à M. de Bourgmont : « Mon Père, je t’ay envoyé chercher avec les François qui sont avec toy, pour te faire faire festin, voilà des viandes qui sont apprestées, j'ay bien creu que tu scrois content que je convie aussy les chefs de toutes ces nations que tu vois là. » M. de Bourgmont luy respondit : « Tu as bien fait, cela me fait plaisir. » Le Grand Chef des Canzés continua à parler à M. de Bourgmont : « Mon Père, comme tu pars demain, tu n'as qu’à délibérer de moy et combien tu veux que j'emmène de mes guerriers avec moy pour t'accompagner aux Padoucas. » M. de Bourgmont luy dit : « Emmène cinq ou six, il y en aura assez, car je veux faire grande diligence à cause de la saison » , etil se mit à dire aux autres nations, qui estoient présentes : « Vous pouvez retourner chacune chez vous, je ne vous demande, présentement, que deux chefs par nation. » Et ils respondirent : « Tu es le maistre, tu n'as qu'à délibérer de nous, et ceux qui doivent aller avec toy vont s’apprester. » M. de Bourgmont leur expliqua pourquoy il n’emmenoit pas davantage de
monde, avec luy, de toutes ces nations, en leur disant :
« Vous voyez icv les cinq Padoucas qui sont venus apporter
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OCTOBRE 172.4. NOMS DES FRANÇAIS QUI L'ACCOMPAGNENT. 197 la parole pour toutes les nations, vous avez fait alliance icy avec eux. Vous avez fumé tous ensemble et vous avez dansé et bu et mangé en ma présence desjà plusieurs fois, et d'ailleurs, vous m'avez donné vostre parole et crois que vous la la tiendrez. » Tous les chefs de ces nations sc mirent à dire : «Ouy, mon Père, nous tiendrons nostre parole ct nous n’avons d'autre volonté que la tienne, et tout ce qui nous fait de la peine, c'est de nous voir si esloignés des François, car nous manquons souvent de marchandises, et surtout de poudre et de balles. » M, de Bourgmont leur dit : « Mes amis, j'enverray les Francois vous voir dans vos villages, qui vous en apporteront. » [ls respondirent : « C’est bon, car nous avons quantité de pelleteries et surtout beaucoup de castor, nous le leur traiterons, et ils seront bien contents, et nous aussy.» De là, nous nous retirasmes à nostre camp pour nous apprester à partir le lendemain.
Nous avons eu une pluye douce depuis onze heures jusqu'à cinq heures du soir.
Le 8 Octobre, nous sommes partis à neuf heures du matin des Canzés pour les Padoucas, armes et bagages et nostre pavillon au vent, M. de Bourgmont, M. de Saint-Ange, le fils de M. de Bourgmont et le sieur Renaudière, un sergent et sept soldats, le François, nommé Gaillard, qui estoit revenu des Padoucas, le sieur Quesnel, le chirurgien-major, le nommé Pichard, Canadien, etun engagé du sieur Renaudière, avec dix chevaux qui portent les marchandises ; nous emmenons avec nous les cinq Padoucas qui sont venus aux Canzés, avec sept Missourys, le Grand Chef des Canzés avec quatre
chefs de guerre de sa nation, quatre chefs des Othos ettrois des
Ayoois, Nousavons marché environ demy lieue; nous avons