LE CHEF DES PADOUCAS DÉDAIGNE LES ESPAGNOLS
dières, ny couvertes, ny rien de toutes les marchandises que le Grand Chef François nous a données. Ainsy les François sont nos véritables amis », et, en mesme temps, il prit une poignée de terre et dit tout haut : «Je regarde présentement les Espagnols comme cette terre», et en parlant à M. de Bourgmont : « Et toy, je te regarde comme le soleil », en le montrant avec la main, et en luy disant : « Tu es nostre véritable Père, et ainsy nous t’obéirons dans toutes les fois que tu jugeras à propos ; tu peux délibérer de nous, toute nostre nation en est contente, ct ce que je te dis est véritable, car je suis escouté et me fais obéir dans tous les villages de nostre nation; je suis l'Empereur de tous les Padoucas, etils ne vont jamais en guerre ny chez les Espagnols sans ma permission. ‘Fiens, mon Père, je suis comme toy. je me fais obéir aux miens, et quand j'ay besoin d'un party de mes guerriers pour les envoye: en guerre, à la chasse ou chez les Espagnols, je n’aÿ qu'à haranguer dans mon village et faire avertir les autres ; aussytost tous mes chefs de guerre s'assemblent à ma cabane, et nous tenons conseil, et sitost que j'ay délibéré pour l'entreprise que je veux faire faire, je commande un chef de guerre ou deux, si je le juge à propos, pour marcher à la teste du nombre des guerriers que j'ay nommés pour telle expédition, et qui ne manquent pas, aussitost leur retour, de me rendre compte de tout ce qu’ils ont fait pendant leur absence. »
Après qu'il eut finy ce discours, il s’assit auprès de M. de Bourgmont, qui luy donna à fumer et prit dans sa main une boëte à tabac de cuivre jaune, façon de Hollande, appartenant à M. de Bourgmont, et qui s'ouvre par de petits ressorts se-
crets ; il voulut l'ouvrir, mais il ne put en venir à bout. M. de
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