FÉVRIER 1742. DÉPART DES OSAGES
par ses ordres à remonter cette rivicre le plus haut qu'il pourroit, et que n'estant encore qu'au commencement de Fcvrier, ce seroit agir trop précipitamment que de songer à l'abandonner; qu'il vouloit attendre l'eau jusqu'à Pasques et qu'alors il seroit temps d'aller chercher des chevaux. Ce raisonnement * parut çstre gousté ; cependant, pour se procurer plus d’une ressource, il écrivit aux traiteurs François du Missoury pour lesengager à luy traiter des chevaux et àlesluv amener. Suivant le rapport des Osages, ils pouvoient faire ce chemin en sept nuits. Il ieur marquoit qu'il avoit de quoy payer ces chevaux ; que s'ils faisoient quelques avances en marchandises, il les leur payeroit sur les prix qu'ils les voudroient aux Missourys, et que, si deux d’entre eux vouloient venir avec des Sauvages amener ces chevaux, il leur donneroit à chacun 200 francs pour leurs peines et qu'il les attendroit pendant tout le mois de Février. Il donna cette lettre au chef Osage et de la poudre et des balles pour se conduire,
Le S Février, quatre jours après le départ des Osages, 1l v eut un violent orage du Sud-Est avec pluye et gresle: la rivière monta de plus de trois pieds pendant la nuit, mais au point du jour toute l’eau estoit déjà écoulée, la pente considérable de cette rivière, qui coule partout sur un lit de sable, ne luy permettant pas de retenir longtemps ses eaux. La gelée reprit ensuite et continua jusqu'au 17 Février que, le temps s'étant radoucy et le vent tourné au Sud, les glaces partirent sans que le dégel occasionnast une grande crue, s'estant fait * Ce raisonnement fut si peu goûté des voyageurs qu'ils s'y opposèrent jusqu’à
faire imposer silence par le sieur Fabry, disant qu'il ne vouloit plus en rien
suivre leurs conseils.
470 MARS 1742. ON TRAINE LES PiROGUES.
sans pluye. Le 18 la rivière monta de deux pieds dans la nuit, et le soir elle estoit aussv basse qu'auparavant. Du 10 au 27 le temps fut couvert, mais sans pluve; le 28 la rivière se trouva un peu plus haute qu'à l'ordinaire, v ayant six à sept pouces d'eau, sans les petits chesnaux des bastures.
Le temps de voir arriver les chevaux estant escoulé, et ne vivant plus que de chevreuil maigre, par le long séjour qu'on avoit fait en cet endroit, ce qui mettoit ia troupe de mauvaise humeur, le sieur Fabry proposa de trainer les pirogues pour monter plus hault et trouver du bœuf. Il fut résolu de partir le lendemain.
Le 29, on chargea les pirogues dès la sortie du bayou. Il fallut se mettre à l’eau pour trainer, et on ne put faire que cinq quarts de lieue en toute la journée. Le 1° Mars, une lieue trois quarts de la mesme manière. Le 2, un tiers de licue, le froid estant grand pour rester à l'eau. Le 3, trois quarts de lieue. Le 4, trois quarts. Le 5, une lieue trois quarts, et il fallut décharger et se servir de leviers pour passer dans des endroits où il n°v avoit point d'eau, et on campa dans un pays chaud. Le 7, on ne marcha point, tout le monde estant fatigué d'une navigation sy penible. On résolut de rester au premier endroit bon pour la chasse, et d'y attendre l'eau. Du 8 au 12, le temps fut plus froid qu'il ne lavoit esté de tout l'hiver. Dans cet intervalle où reconnut que les environs estoient abondans d'ours et de chevreuils gras, et on résolut d'aller camper une lieue plus haut, dans une pointe
basse plus convenable pour le bois.
Pendant le séjour qu'on fit en cet endroit, les Canadiens proposèrent au sieur Fabry d'aller chercher les Mentos. Mal-
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