‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 43 sur 662 · ACHIGANAGA MEURT DE MALADIE · texte numérisé non relu

ACHIGANAGA MEURT DE MALADIE

cassée, les Kiskakons, les Outawas du Sable et les Outawas Sinagos tinrent conseil, dans lequel ils me donnèrent six colliers, chaque nation deux, pour couvrir les François tuez et essuyer leur sang, afin que leur terre fust belle à l'avenir. Une heure après, ils firent la mesme cérémonie à Achiganaga et au parent du Folle-Avoine, qui estoient pour lors icy.

Le lendemain, je fis faire un grand festin de bled et de tabac dans la cabane du Brochet, pour lui oster le mal de cœur, qu’il avoit de ce que j'avois prononcé l’arrest de mort des deux Sauvages chez luy, sans toutefois luy en parler, où tous les chefs et anciens de toutes les nations, que j’ay nommées cy-devant, furent conviez. Les Hurons m’y donnèrent trois colliers pour le mesme sujet que les autres, et trois qu'ils donnèrent pour les Saulteurs et le Folle-Avoine.

Il me restoit encore à donner lieu à Achiganaga et à ses trois enfans de se retirer chez eux joindre leur famille esloignée d’icy, où ils avoient esté pris, à près de six vingtz lieues, ce qu'ils ne pouvoient faire sans mon assistance, estant dénuez de toutes choses. Scachant leur nécessité, je leur fis dire que vous ne vous contentiez pas de leur avoir donné la vie, que vous la leur vouliez conserver, en leur fournissant de tout ce qui leur estoit nécessaire pour les empescher de mourir de faim et de froid par les chemins, ce que vous faisiez en leur donnant, par mes mains, couvertes, fusils, poudre, plomb, meslasses, tabac, haches, couteaux, du fil pour faire un rets à castor, chemises, et deux sacs de bled pour les conduire, jusques à ce qu'ils peussent tuer des bestes. Ils partirent, deux jours après, les plus contens du monde, mais Dieu ne l'estoit pas, puisque, à deux journées d’icy, le vieux Achiganaga tomba malade d’une esquinancie et mourut, ce qui fit relascher ses

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20 DU LHUT AU LAC ALEMIPIGON.

trois enfans. Cette nouvelle venue, la pluspart des Sauvages l'attribuèrent aux François, disant que nous l’avions fait mourir. Je les laisse dire, en me moquant d'eux.

Il n'y a qu'environ deux mois qu'ils sont partis pour Kiaonan; je leur ay donné des lettres pour les François, afin qu'ils n’ayent rien à leur dire du meurtre de leurs compagnons, en ayant tiré la satisfaction que j'ay crue juste.

Les Saulteurs leur donnèrent des colliers, afin qu’ils prissent bien garde que l’on ne remuast rien au sujet de la mort de leur frère, et au cas que quelques-uns eussent de meschans desseins de les arrester par les colliers, dont ils sont porteurs. Pour moy, je ne doubte pas que cet exemple ne les rende sages et qu'il n’ayt de très bonnes suites.

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