RÉCITS PRÉCÉDENTS SUR LA MER DE L'OUEST
pourroit se faire qu’en faisant hyverner des bastimens au fort
Bourbon, afin de profiter de la navigation, qui est fort courte, d'autant qu'il faudroit aller par les So degrés Nord, ct, suivant le rapport de quelques Sauvages, jusqu'aux oo degrés, ce qui fait croire qu’il y a presque de l'impossibilité d'aller par cet endroit à la mer de l'Ouest, Les Sauvages Assinipoiles ont voulu mener à cette mer le nommé Noyon, voyageur, qui avoit hyverné à l'entrée du Lac des Christinaux sur la Rivière Ouchichiq, qui conduit au Lac des Assinipoiles et de là à la mer de l'Ouest, ct luy proposèrent de les accompagner dans une guerre qu'ils alloient faire avec environ cent hommes contre une nation, dont les hommes n'ont que 3 pieds 1 /2 à 4 pieds de haut, fort trapus. Le sieur Jérémye, antre voyageur, en a vu deux à la baye d'Hudson, que ces Sauvages y avoient amenés et qui ressemblent à d’autres Sauvages, à l'exception qu'ils ont les cheveux crépus.
Ces Sauvages leur ont aussy rapporté qu'il y avoit des villes et bourgades fortifiées ; que les hommes alloient à cheval et les femmes en croupe; que ces hommes sont blancs et barbus. Ils ont dit aussi avoir vu des navires et qu'ils ont tiré du canon.
Quand ils proposèrent audit Noyon d'aller avec eux, ils luy promirent qu'il seroit de retour dans cinq mois, luy ayant dit que la rivière estoit très belle, et qu'après avoir trouvé le flux et le reflux ils sont trois jours à descendre à la mer.
Que trois jours auparavant d’estre au flux ct reflux de la mer, ils traversent les terres pour gagner une ville qu'ils disent estre fort étendue et dont l'enceinte est de pierres, qu'ils y ont entendu tirer des coups de canon et vu des vaisseaux au bas de cette rivière, mais ils n’osent approcher de
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AVANTAGES A TIRER DE SA DÉCOUVERTE, 5ot
ces villes et bourgades, ne faisan, aucun commerce avec les gens habitant ces pays, où ils ont pris des moutons, dont ledit Noyon a vu deux peaux.
Si la découverte de la mer de l'Ouest estoit faite, la France et la Colonie en pourroient retirer de grands avantages pour le commerce, parce que, le lac Supérieur se déchargeant dans le lac Huron, lequel tombe dans le lac Érié, et ce dernier dans le lac Ontario, dont les eaux forment le fleuve de Saint- Laurent, on pourroit avoir dans chacun de ces lucs, qui sont navigables, des barques pour faciliter le transport des marchandises, qui se feroit en canots depuis la mer de l'Ouest jusqu'au lac Supérieur, les rivières estant fort navigables.
Cette navigation seroit courte, eu égard à celle que les vaisseaux font d'Europe pour y aller, et sujette à beaucoup moins de risques et de frais, ce qui donneroit un si grand avantage sur le commerce de ce pays-là, qu'aucune nation de l'Europe ne Île pourroit faire en concurrence avec nous.
Pour parvenir à cette découverte, il est nécessaire de commencer à établir, dès à présent, trois postes, un à la Rivière de Kamanistigoya dans le Lac Supérieur, un autre dans le Lac des Christinaux, et le troisième dans celuy des Assinipoiles.
Ces établissements peuvent se faire, sans qu'il en coûte au Roy d'autre dépense que celle pour quelques présents à faire à ces nations pour les attirer à nous. Le commerce de ceux qui exploiteroient ces postes les dédommagera! de la dépense qu'ils seront obligés de faire.
Par le moyen de ces postes on détourneroit les Sauvages de porter leurs pelleteries aux Anglois, qui sont les plus belles du
continent, soit en castor ct autres peaux à la baie d'Hudson,
ce qui pourroit les obliger, dans la suite, d'abandonner ce