RETOUR DES GENS DE L'ARC À LEUR VILLAGE
gcoient pas souvent. Je marchois de compagnie avec le chef de l'Arc, mes deux François nous suivoient. Je m'aperçus, après avoir fait un grand bout de chemin, sans regarder derrière moy, qu'ils me manquoient, Je dis au chef de l'Arc que je ne voyois plus mes François, il me répondit : « Je vais arréster tout le monde qui est avec nous. » Je retournai à toute bride sur mes pas et je les aperçus à la pointe d'une isle, qui faisoient manger leurs chevaux; les ayant joints, j'aperçus quinze hommes qui approchoient du bois en se couvrant de leurs pare-flèches. Il y en avoit un bien plus avancé que les autres, nous les laissämes approcher à la demi-portée du fusil. Voyant qu'ils se mettoient en devoir de nous attaquer, je jugeai bon de leur décocher quelques coups de fusil, ce qui les obligea de se retirer promptement, cette arme étant très respectable parmi toutes ces nations qui n'en ont pas l'usage et leurs pare-flèches ne pouvant pas les garantir de la balle. Nous restimes là jusques à la nuit, après quoi nous marchâmes, selon notre idée, dans l'espérance de trouver de nos Sauvages. Les prairies où nous passâmes sont rares et sèches : la piste des chevaux ne marque point, nous continuämes notre route à la bonne aventure, ne sachant pas si nous allions bien. Enfin nous arrivämes des premiers au village des Gens de l'Arc, le à Février, qui étoit le deuxième de notre déroute.
Le chef de l'Arc avoit bien couru pour faire arrêter la bande, qui marchoit avec nous, mais la terreur étoit trop grande parmi eux pour s'amuser sur un terrain si près de l'ennemi. Il fut très inquiet toute la nuit; le lendemain, il fit faire un grand cerne pour nous couper le chemin. Il ne
cessa de faire chercher ses gens, sans pouvoir réussir à les
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1743. CHEMIN TOUJOURS À L'EST-SUD-ESr. 607
trouver, Îl arriva enfin au village, cinq jours après nous, plus mort que vif, dans le chagrin où il étoit de ne sçavoir ce que nous étions devenus. La première nouvelle qu'il reçut fut que nous étions arrivés heureusement à la veille du mauvais temps, ayant tombé le lendemain de notre arrivée deux grands picds de neige et un temps affreux, Sa tristesse se changea en joye; il ne sçavoit quelles caresses et amitiés nous faire.
Ce qui les surprit fut que le chef de l'Arc, avec plusieurs autres, avoit séparé son monde pour nous cerner, afin de pouvoir nous découvrir. Il en arrivoit tous les jours au village qui étoient bien tristes, nous croyant bien perdus. ‘Toutes les autres nations s'étoient séparées, afin de trouver plus de facilité pour les vivres. Nous continuimes à marcher avec les Gens de l'Arc jusqu’au premicr jour de Mars, faisant toujours l’Est-Sud-Est,
J'envoyai un de nos François avec un Sauvage chez les Gens de la Petite Cerise, ayant appris qu’ils étoient proches. [ls furent dix jours à leur voyage et nous apportèrent des paroles pour nous inviter à les aller Joindre,
Je communiquai notre dessein au chef de l'Arc, qui fut sensiblement touché de nous voir résolus de le laisser. Nous ne l’étions pas moins de le quitter par les bonnes manières qu’il avoit toujours eues pour nous. Pour le consoler, je lui promis de venir le trouver, supposé qu'il voulût aller s’établir près d’une petite rivière que je lui indiquai, y construire un fort et y faire du grain.
Il acquiesça à tout ce que je lui proposai, et me pria, sitôt que j'aurois vu mon père au fort la Reine, d'en partir ensuite, le printemps suivant, pour le venir joindre; je luy promis pour sa consolation tout ce qu'il souhaitoit, et luy