PRISE DE POSSESSION DU PAYS
ment d'Avril, pour nous rendre aux Mantanes et de là au fort la Reine; que, s'il ne pouvoit venir, il nous fit du moins sçavoir de ses nouvelles.
Je posai sur une éminence, près du fort, une plaque de plomb aux armes et inscription du Roy et des pierres en pyramide pour Monsieur le Général, — Je dis aux Sauvages, qui n'avoient pas connoissance de la plaque de plomb que j'avois mise dans la terre, que je mettois ces pierres en mémoire de ce que nous étions venus sur leurs terres. J'aurois fort souhaité de prendre hauteur à cet endroit; mais notre astrolabe étoit, depuis le commencement de notre voyage, hors d'état de servir, l'anneau en étant cassé,
Nous voyant, au mois d'Avril, sans nouvelles denotre Francois, étant pressé par les guides que j'avois loués pour nous conduire aux Mantanes, et nos chevaux en bon état, je me préparai à partir et fis plusieurs présens aux chefs de la nation, qui nous avoient toujours bien gardés et bien traités chez eux, ainsi qu'à plusieurs autres des plus considérables de nos bons amis.
Je recommandai aux chefs que si, par hasard, le François, à qui j'avois écrit, venoit à leur fort, peu de temps après notre départ, il pouvoit venir nous trouver aux Mantanes, comptant y faire quelque séjour. J'aurois été flatté de le retirer d'avec les Sauvages. J'assuray le chef de la nation que j'aurois un très grand soin des trois jeunes gens qu’il nous donnoit pour nous guider, et que, quoique les Mantanes fussent leurs ennemis, ils n’avoient rien à craindre étant avec nous.
Nous partimes le 2 Avril, bien regrettés de toute la nation. Ils nous firent de grandes instances pour revenir Îles voir.