ILS VEULENT PILLER ET TUER SAINT-PIERRE
aucun mauvais dessein, et, dans la minute, un orateur Assinibocl, qui n'avoit cessé de me faire de belles harangues, dit à mon interprète que, malgré luy, sa nation vouloit me tuer ct piller. A peine eus-je pénétré dans leur résolution, que j'oubliay qu'il falloit prendre les armes. Je me saisis d’un tison de feu ardent. J’enfonçay la porte de la poudrière, je défonçay deux barils de poudre, sur lesquels je promenay mon tison en faisant dire à ces Sauvages, d'un ton asseuré, que je ne périrois pas par leurs mains, ct qu'en mourant j'aurois la gloire de leur faire subir à tous mon mesme sort, Ces Sauvages virent plutost mon tison qu'ils n’entendirent mon interprète, [ls volèrent tous à la porte du fort, qu'ils ébranlèrent considérablement, tant ils sortoient avec précipitation, J'abandonnay bien vite mon tison ct neus rien de plus pressé que d’aller fermer la porte de mon fort,
Le péril, dont je m'étois heureusement délivré, en me met. tant en danger de périr moy-même, me laissoit une grande inquiétude pour les 14 hommes que j'avois envoyés chercher des vivres. Je fis bon quart sur mes bastions, je ne vis plus d'ennemis, et, sur le soir, mes 14 hommes arrivèrent, sans avoir eu aucune mauvaise rencontre.
Je passay le reste de l'hiver tranquillement dans mon fort. Dés le petit printemps il arriva une bande d'Assinibocls, autres que Ceux qui avoient médité ma perte, qui me prièrent instamment de les écouter, ce que je leur accorday. [ls firent de grandes et longucs harangues, qui tendoient à obtenir la grâce de leurs frères. Je leur répondis que je n’étois point partie capable de la leur accorder, qu'ils avoient M. le
Général pour père, qui m'avoit Envoyé à eux, que je luy
rendrois compte de tout, et qu'il verroit ce qu'il auroit à