SAUVAGES DU SAULT SAINTE=MARIE
qui fait la descharge de ce lac dans celuy dont je vous ay parlé dans ma dernière lettre. Ils cultivent du bled à cet endroit qui a bien de la peine à y meurir à cause des brumes du rapide; mais la pesche du poisson blanc, qui y est fort abondante, et dans tout le lac, fournit largement à leur subsistance.
Il est aisé de la faire dans le rapide, qui a environ un quart de lieue de large et n'est qu'à trois lieues de l'entrée de ce lac. Un homme se met dans un canot, et, après avoir monté quelques cascades du rapide et y avoir jeté une (puise?), se laisse doucement dériver et retire ensuite cette puise pleine de sept ou huit gros poissons blancs ; il n’a qu’à remonter le rapide ct rejeter sa puise pour en pescher encore autant, si bien qu’on en prend tant qu'on en veut et à toute heure.
Les Sauvages font une histoire au sujet de ce rapide. Ils disent que c’estoit autrefois une chaussée de castors, qu'un de leurs dieux, nommé Michapoux, escrasa en passant dessus. Ce dieu, suivant ce qu'ils en disent, devoit estre aussi grand que Gargantua, et les choses qu'ils en racontent sont à peu près les mesmes qu'on dit de ce géant fabuleux.
Ces Sauvages se sont divisés en plusieurs familles, qui habitent le long des bords de ce lac. Les uns sont à Kioueounam, du costé de l’ouest, où ils sont sédentaires et font des bleds. Les autres habitent du costé du nord et n'y vivent que de chasse et de pesche. Ces derniers sont voleurs et s’attroupent pour piller les canots des François, quand ils se trouvent seuls. Toute cette nation rassemblée peut faire environ cent cinquante guerriers.
La première mission, qu'on a faite aux Outavois, a esté à ce Sault : c’est mesme celle qui a donné lieu à toutes les autres;
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