LES NATIONS DE LA BELLE RIVIÈRE DÉVOUÉES AUX ANGLAIS
Le 9 Novembre, je suis arrivé à Montréal, où j'ay resté deux jours; j'ay descendu à Québec pour rendre compte à M. le marquis de La Jonquière de mon voyage.
J'ay esté assez heureux, maigré les fatigues de la campagne et la mauvaise chère et la quantité de malades, pour ne perdre qu'un homme, qui s’est noyé dans le naufrage de M. de Joncaire.
A Pestime du Père Bonnecamp, Jésuite et grand mathématicien, lequel a donné une extrème attention à la route, le voyage est de 1,200 lieues ; à la mienne et à celle de MM. les officiers du détachement, elle est de plus. Tout ce que je puis dire, c'est que les nations de ces endroits sont très mal disposées pour les François et dévouées entièrement à l'Anglois, Je ne sçay par quelle voye on pourra les ramener. Si l'on employe la violence, ils seront avertis et prendront la fuite. Ils ont un grand azile chez les Testes plates, dont ils ne sont pas beaucoup éloignés. Si l'on y envoye en commerce, nos négocians ne pourront jamais donner nos marchandises aux prix de l’Anglois par la quantité de frais qu'ils seront obligés de faire. D'ailleurs je pense qu'il seroit dangereux de faire une condition plus douce aux Nations qui habitent la Belle Rivière que dans les autres postes du Détroit, Miamis ct autres, Ce seroit dépeupler nos anciens postes ct perpétuer
les nations dans la Belle Rivière, et qui sont à la portée des gouvernemens anglois.
L'on y a cependant Envoyé ces années dernières, mais il y
avoit moins d'Anglois, et ils n'étoient pas accrédités comme ils le sont aujourd'hui, et, si les commerçans françois veulent
dire la vérité, ils conviendront que leurs profits ne prove-
noient que du commerce qu'ils faisoient avec lAnglois par