LES SIOUX EN GUERRE AVEC LES ASSINIPOILS
respondit qu’il se resjouissoit de ce qu'ils avoient de l'esprit, et que c’estoit à eux à voir ce qu'ils auroient à faire sur cela.
Le 15, il arriva deux Sioux Mantantons; ces Sauvages avoient esté envoyez exprès pour avertir que tous les Sioux de l'Est et une partie de ceux de l'Ouest s’estoient joints ensemble pour venir chez les François, parce qu'ils avoient eu nouvelle que les Cristinaux et les Assinipoils venoient en guerre chez eux. Ces deux dernières nations habitent à plus de quatre-vingts lieues dans le haut du Mississipi, au-dessus du fort, du costé de l’Est,
Les Assinipoils parlent Siou, et le sont véritablement; ce n’estoit que depuis quelques années qu'ils avoient la guerre avec leur nation. Voici l’origine de cette guerre.
Les Cristinaux, ayant eu l'usage des armes avant les Sioux
par le moyen des Anglois de la baye d'Hudson, venoient continuellement en guerre chez les Assinipoils, qui estoient leurs plus proches voisins : ces derniers, se trouvant foibles, demandèrent la paix, et, afin de la rendre plus solide, ils s’allièrentaux Cristinaux, en prenant de leurs femmes. Les autres Sioux, qui n’estoient pas entrez dans cette alliance, et qui avoient eu, de tout temps, la guerre avec eux, la continuèrent, de sorte qu'ayant trouvé un jour quelques Cristinaux chez les Assinipoils, ils leur cassèrent la teste. C’est ce qui a donné occasion aux Assinipoils de faire la guerre à leur nation, ense joignant aux Cristinaux, qui leur fournissent, par le moyen des Anglois d'Hudson, des armes et des marchandises.
Le 16, les deux Sioux s’en retournèrent à leur village, et l’on apprit que les Ayavois et les Otoctatas estoient allez s'establir du costé de la rivière du Missoury, aux environs des Maha, nation qui habite dans ces quartiers.
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MANTANTONS ET OUJATESPOUITONS VIENNENT AU FORT. 83
Le 26, les Mantantons et les Oujatespouitons arrivèrent au fort. Après qu'ils eurent dressé leurs cabanes dans le bois, Ouacantanpaye vint prier M. Le Sueur d’aller à la sienne. Il y trouva seize hommes avec plusieurs femmes et enfans, qui avoient le visage barbouillé de noir. Il y avoit dans le milieu de cette cabane plusieurs peaux de bœufs qui servoient de tapis. On luy fit signe de s'y asseoir, et, en mesme temps, toutes ces personnes se mirent à pleurer pendant un demiquart d'heure; ensuite ce chef luy présenta à manger de la folle avoine, et, suivant leur coustume, il luy porta à la bouche les trois premières cuillerées ; après quoy il luy dit que tous ceux qu'il voyoit là présens estoient, ainsy que luy, les parens de Tioscaté (c’estoit le nom du Siou que M. Le Sueur avoit mené au Canada en 1605, lequel y estoit mort en 1696). A ce nom de Tioscaté, ils recommencèrent à pleurer et à essuyer leurs larmes sur la teste et sur les espaules de M. Le Sueur. Après quoy, Ouacantanpaye, reprenant son discours, luy dit que Tioscaté leprioit d'oublier l’insulte faite aux François par les Mendcouacantons, et d’avoir pitié de ses frères, en leur faisant donner de la poudre et des balles pour se défendre contre leurs ennemis et pour faire vivre ses femmes et ses enfans, qui languissoient de faim au milieu d’un pays remply de toutes sortes de bestes, n’ayant pas de quoy les tuer, « Regarde, ajouta ce chef en luy montrant les femmes et les enfans du mort; voilà tes enfans, tes frères et tes sœurs ; c'est à toy de voir si tu veux qu'ils viventou qu'ils meurent; ils vivront, si tu leur donnes de la poudre et des
| balles, et au contraire ils mourront, si tu leur en refuses. » Ce
sont leurs manières de parler, qui tiennent beaucoup du figuré.
La moitié de ces raisons suflisoit pour déterminer M. Le