‹ Exploration des affluents du Mississippi [microforme]Chapitre 8 sur 662 · JONGLEURS DE LA NATION DES SAULTEURS · texte numérisé non relu

JONGLEURS DE LA NATION DES SAULTEURS

liques, les remèdes ou arts magiques dont ils prétendent se servir ; ensuite, la nuit indiquée, ils apprestent leur attirail, qui consiste dans plusieurs petits sacs ou paquets d’escorce, dans lesquels il y a des poudres et des ossemens de bestes, et en une peau de loutre, qu'ils font remuer ou sauter, suivant les mouvemens de leurs corps ou de leurs chichicoués.

Quand tout le monde est assemblé, un des jongleurs commence à faire un grand discours à leur louange. Il y vante leur science et leur pouvoir sur la vie et sur la mort des hommes; les autres l’applaudissent, et, pour commencer à preuver ce qu’il adit, ils jettent de leur poudre surles personnes qui sont à leur dévotion, lesquelles aussytost tombent et se tourmentent comme des possédez, escumant et faisant des cris terribles. Les jongleurs redoublent de leur costé ceux qu'ils font, leur jettent encore de la poudre, et le moribond devient mort. On le porte, on le tourne; il paroist sans connoissance ct sans mouvement. C'est en ce temps que ces jongleurs, triomphant de la surprise qu'ils * »yent sur tous les visages, s'écrient que ce n'est rien; que la vie et la mort dépendent d'eux ; qu’ils luy ont osté la vie, mais qu'avec leurs remèdes ils vont la luy rendre. Tout est, pendant ce temps-là, dans un grand silence et dans une grande attention. Pour cet effect, ils luy soufflent d'une autre médecine, et, en invoquant leur Manitou, appellent ce mort qui ne l’est que parce qu'il le veut bien estre, et qui, pour finir la scène, revient peu à peu avec la mesme santé qu’il avoit auparavant tout ce manége. Il se lève, s'assied ensuite et raconte à l'assemblée des fables et des histoires de l’autre monde, qu’il dit avoir veu.

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