VII. - ÉPREUVE DE LA FUCHSINE
La première en date parmi les épreuves d'élimination colorée, celle de la fuchsine, a été instituée par M. le professeur Bouchard. Voici comment il procédait'. « La fuchsine était donnée en pilules et toutes les mictions étaient ensuite recueillies à part. L'examen direct suffisait souvent pour constater l'élimination de la matière colorante et ses variations d'intensité, mais un moyen beaucoup plus délicat et plus précis consistait en ceci : on faisait plonger dans un môme volume de l'urine de chaque miction, pendant un môme temps, un pinceau de soie blanche non filée;
l. Nous devons la destriplion de cet ingénieux procédé à l'aniabililé de M. le professeur Bouchard, que nous remercions bien vivement.
après le temps adopté pour rimmersion, on lavait ce pinceau à reau distillée, on exprimait entre deux feuilles de papier buvard, puis on collait par ses deux extrémités le pinceau sur une feuille de carton blanc. Tous les échantillons étaient disposés les uns au-dessous des autres et on avait, par les variations de la couleur rose gardée par la soie, l'indication du début de l'élimination, de sa croissance, de sa décroissance, de son intensité, de sa durée. Ces tableaux se gardent pendant des années. »
Dans des observations communiquées à M. Germain Sée ' à propos du travail de cet auteur sur le salicylate de soude, M. Bouchard avait fait une intéressante remarque sur l'élimination de la fuchsine. Quand on est arrivé après administration de la fuchsine à avoir des urines qui, ayant été roses, ne présentent plus aux mictions ultérieures la réaction de la fuchsine, on peut, si on administre alors l'acide salicylique, voir reparaître la fuchsine dans l'urine. Les dernières traces de la matière colorante qui restaient encore dans l'organisme étant en quelque sorte expulsées par l'action éliminatrice de l'acide salicylique.
Vm. — ÉPREUVE DU BLEU DE MÉTHYLÈNE
Cette épreuve consiste à injecter par voie sous-culanée 5 centigrammes de bleu de méthylène en solution aqueuse et à étudier ensuite son mode d'élimination par les urines.
TECHNIQUE
On injecte dans les muscles de la fesse, pour éviter les nodosités sous-cutanées, 1 gramme de la solution de bleu de méthylène à S p. 100 dans l'eau distillée, stérilisée h 110 degrés à l'autoclave. Au moment de l'injection la vessie du malade doit être vidée spontanément ou par sondage; on recueille
1. Geumain Sée. Étude sur Tacide salicylique et les salicylates, Bulletins el Mémoires de l'Académie de médecine. Paris, 1877, p. 717.
15LEU DE MÉTHYLÈNE
ensuite les urines une demi-heure, puis une heure après l'injeclion, on continue ainsi à recueillir pendant quelques heures les urines d'heure en heure, puis à des intervalles plus éloignés, jusqu'à ce que le bleu disparaisse des urines. Chaque échantillon d'urine est recueilli dans un verre sépare. Le bleu de méthylène s'élimine par l'urine non seulement sous forme de bleu, mais encore à l'état de leuco-dérivés, qu'on nomme chromoyènes, capables de se transformer en bleu sous l'influence de din"érents réactifs. Nous étudierons bientôt la signification des chromogènes ainsi que celle de l'intensité de l'élimination du bleu.
Pour constater l'existence du chromogène dans les urines on ajoute au liquide quelques gouttes d'acide acétique et on le fait bouillir; ainsi traité le chromogène se transforme en bleu. Lorsque la teinte bleue de l'urine est peu accusée on peut procéder directement comme nous l'avons dit, parce que la teinte bleue plus franche que donne le chromogène est facile à constater. Si l'urine est très chargée en bleu, on la traite par le chloroforme, qui dissout le bleu, ce qui permet de pratiquer alors la réaction du chromogène. Dans les urines à élimination très intense, l'extraction du bleu ne peut être faite complètement et cette recherche du chromogène est rendue très difficile.
Pour apprécier la quanlilé de bleu (éliminée on peut se contenter d'une approximation, cliniquement suffisante, donnée par la coloration de l'urine telle qu'elle est rendue par le malade. Nous avons construit avec Léon Bernard des courbes graphiques, qu'il est plus facile de lire et d'interpréter rapidement que des comptes rendus analytiques : les colonnes verticales répondent aux heures-repères que nous avons choisies, les espaçant proportionnellement à l'ancienneté du début; les colonnes horizontales marquent l'intensité de l'élimination. H est manifeste que c'est un peu arbitrairement que nous avons déterminé des étalons d'appréciation quantitative de la couleur de l'urine ; nous n'en pouvons fournir de traductions numériques. Mais s'il ne s'agit pas là de mesures, au sens mathématique du mot, il n'en est pas moins vrai que les différents degrés
d'intensité colorante, notés par le môme observateur, restent comparables entre eux, ce qui suffit à l'étude sincère des cas.
Nous considérons conventionnellement comme élimination minime la présence du bleu en quantité telle qu'il est incapable de colorer l'urine ; celle-ci ne décèle le bleu qu'elle contient que par l'emploi du chloroforme, qui l'en extrait. L'élimination est faible, lorsque l'urine est à peine colorée ; elle est forte, lorsque l'urine est foncée; entre ces deux extrêmes, nous notons l'élimination comme moyenne. Il suffit dans un service d'hôpital d'avoir des tubes témoins présentant les degrés de coloration qu'on attribue conventionnellement à ces différents degrés et de leur comparer les échantillons d'urine contenus dans des tubes semblables, mais il faut naturellement tenir compte du degré de dilution des urines, particulièrement en cas de polyurie notable. A l'état normal il faut savoir que l'urine émise par le malade dans les deux heures qui suivent les repas est plus abondante et moins colorée. MM. Pasteau et Debains ont construit un petit colorimètre qui présente des tubes échantillons à côté de ceux où l'on doit verser l'urine à examiner.
Le procédé que nous venons d'indiquer permet de se rendre compte de l'intensité de coloration de l'urine, mais non de la
BLEU DE MÉïm'LÈNE
(liumlilé de bleu éliminée. On peut doser la quantité de bleu éliminée par le procédé d'Achard et Clerc'. « On prend deux bocaux semblables. Dans l'un on verse 2S centimètres cubes de Vurine bleue préalablement bouillie avec l'acide acétique, et l'on ajoute de l'eau jusqu'à ce qu'on obtienne une teinte bleue ou verte très pâle (2 ou 3 litres d'eau sont ordinairement nécessaires). Dans l'autre bocal on verse 25 centimètres cubes de l'urine non colorée des vingt-quatre
Heures
Forte
Moyenne
^ Faible
Min
\J/ulle
ti
co
Si
heures qui ont précédé l'épreuve, et l'on ajoute exactement la même quantité d'eau que dans le premier bocal, puis, dans ce second bocal, on verse avec précaution, et en agitant constamment, une solution faible de bleu titrée à 1 p. 10.000, contenue dans une burette graduée; on s'arrête lorsqu'on a obtenu l'égalité des teintes dans les deux bocaux, et l'on note la quantité de solution qu'il a fallu employer pour arriver à ce résultat.
Cette quantité équivaut précisément à la matière colorante contenue dans 25 centimètres cubes de l'urine émise pendant vingt-quatre heures après l'épreuve. Un très simple calcul permet donc de savoir la quantité totale de bleu éliminée dans ces vingt-quatre heures, pourvu que l'on connaisse le volume de l'urine. »
Ce procédé est beaucoup plus compliqué que celui que nous avons in(li(nié et ue donne guère de plus utiles indications que dans certains cas particuliers.
1. Aciiaud el Gleuc. L'épreuve du bleu de méthylène; la durée elle taux de l'élimination, Bullelins el mi^moires de la Société médicale des hôpitaux, p. 96, 1900.
FiG. S. — Type d'élimination chez un sujet sain dont les reins fonctionnent normalement (d'après Achard).
Voici différents types de courbes données par Acliard '
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FiG. 6. — Courbes d'élimination du bleu.