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ÉLIMINATIO.N' -DU BLEU CHEZ LE SUJET SAIN

A l'état normal le bleu apparaît dans les urines de une demiheure à une heure après l'injection ; son élimination augmente rapidement pour atteindre son maximum vers la troisième ou la quatrième heure, et décroît ensuite lentement et progres-

1. AciiAUD. Nouveaux procédés d'exploralion, Paris, 1902, p. 401.

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sivemcnt pour disparaître complètement quarante-six à quarante-huit heures et parfois jusqu'à soixante-douze heures après; la marche de 1 élimination est cyclique et régulière.

Le bleu absorbé au niveau de la piqûre ne se retrouve pas dans le sang : on ne peut l'y déceler avec les réactifs et même avec le spectroscope, ni à l'état de bleu ni à celui de chromogène. Si pourtant on injecte le sang d'un animal qui a reçu une piqûre de bleu à un autre animal, on retrouve du bleu dans les urines de ce dernier (Albarran et Bernard). Il est probable que si on ne trouve pas le bleu ni le chromogène dans le sang, cela est dû en partie à son extrême dilution, en partie aussi à l'existence des autres substances du sérum qui gênent la recherche : notre expérience démontre l'existence dans le sang du bleu ou du chromogène et il est probable que, au niveau du rein, une partie du chromogène se transforme par oxydation en bleu, tandis qu'une autre partie s'élimine sous forme de leucodérivé. Le mode suivant lequel le bleu injecté se transforme en chromogène nous est inconnu; de même nous verrons que la signification des modalités de l'élimination de ce leucodérivé est entourée de grandes obscurités.

Notons encore que le bleu de méthylène ne s'élimine pas exclusivement par les reins ; on le trouve notamment dans la bile, mais le bleu que la bile déverse dans l'intestin est de nouveau absorbé et finit par s'éliminer dans sa plus grande partie par l'urine. C'est ainsi que pour 5 centigrammes de bleu injectés, 2 centigr. 1/2 au moins s'éliminent par les reins dans les premières vingt-quatre heures lorsque le sujet est sain (Achard).

in'reuprétation des différents éléments de la courbe d'élimination du bleu de Méthylène

Pour que l'épreuve du bleu de méthylène apporte des résultats d'une réelle utilité, il est indispensable de faire une interprétation exacte des diverses données qu'elle fournit. C'est à cette dernière étude que nous allons nous livrer maintenant.

Lors des premières recherches d'Achard et Castaigne, ces

auteurs n'avaient porté leur attention que sur le délai d'apparition de la substance colorante dans les urines; successivement vinrent s'ajouter, à la suite des observations de Voisin et Hauser, Chauflard, Achard et Castaigne eux-mêmes, Albarron et L. Bernard, les notions de la marche, de l'intensité, de la durée de 1 élimination, et aussi celle de l'élimination sous forme de chromogène. Il convient, en effet, de tenir compte de ces diverses données, mais il est auparavant nécessaire d'établir leur valeur séméiologique exacte.

Lorsqu'on étudie la quantité de bleu éliminée et la rapidité de son élimination, il est indispensable de tenir compte d'une cause d'erreur signalée par Linossier et Lemoine'. Ces auteurs ont démontré que Y attitude du sujet exerce une influence considérable sur r élimination du bleu de méthylène ; c'est ainsi que la quantité de bleu éliminée pendant le même espace de temps peut être quatre ou cinq fois plus considérable si le sujet est couché que s'il est debout.

1° Début de 1 élimination. — Le début de Télimination reste toujours un facteur important de l'épreuve. Le retard du passage du bleu est en général signe de perméabilité diminuée au bleu et s'observe dans les néphrites scléreuses. Toutefois il est des cas où ce retard n'a pas coïncidé avec des lésions rénales bien accentuées; a priori^ on peut supposer que le début de Télimination du bleu peut être inlluencé par l'état de la tension artérielle, de même que par la plus ou moins grande rapidité de l'absorption au niveau du lieu de l'injection; ce sont là des conditions qui n'ont peut-être pas été assez étudiées. Toutefois aucune d'elles ne peut être invoquée pour certains cas dans lesquels nous avons observé le retard dans l'élimination de la matière colorante.

Nous avons étudié avec L. Bernard l'épreuve du bleu chez une malade âgée de vingt-huit ans atteinte de rein mobile droit avec une légère rétention rénale aseptique et nous avons vu l'élimination du bleu ne commencer que deux heures et demie après l'in-

1. Linossier et Lemoine. Gazelle médicale des Ii6vitau.v, mars 1903.

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yi

jeclion; ce retard notable dans le début de l'élimination existait également pour les deux reins. Chez cette malade l'élimination du chromogène commença une demi-heure après l'injection.

Nous avons observé avec Léon Bernard une autre malade âgée de trente-trois ans, atteinte de pyonéphrose du côté droit avec intégrité du rein gauche; le bleu commença à s'éliminer du côté malade une heure et demie après l'injection, et seulement à la quatrième heure du côté sain. Plus récemment, en mai 1903, j'ai observé un homme atteint d'hypertrophie prostatique avec légère pyélonéphrite, chez qui le début de l'élimination du bleu a eu lieu trois heures après l'injection : ce malade, chez qui l'analyse chimique donnait 32 grammes d'urée par vingt-quatre heures, a très rapidement guéri de la prostatectomie périnéale que je lui pratiquai. J'ai observé d'autres faits analogues aux précédents, dans lesquels un retard notable dans l'élimination. du bleu ne coïncidait pas avec des lésions rénales importantes. Je citerai en particulier celui d'une femme névropathe atteinte d'un léger déplacement rénal sans rétention rénale, étudié en juin 1904 dans mon service de la Maison municipale de santé; chez cette malade, l'élimination du bleu ne commença que trois heures et demie après l'injection ; or, les analyses d'urine et l'épreuve de la phloridzine démontraient un fonctionnement normal des reins.

Le début 'précoce de V élimination du bleu de méthylène a été observé pour la première fois par Bard dans les néphrites épithéliales : ce fait a été conhrmé par un très grand nombre d'observateurs. A l'ordinaire, dans ces variétés de néphrite, la coloration bleue de l'urine apparaît dès la première demi-heure; nous avons pourtant vu l'élimination retardée dans quelques cas de lUîphrite épithéliale. L'élimination précoce du bleu peut d'nilhuirs s'observer, indépendamment de toute lésion de néphrite, lorsqu'un des deux reins est en hypertrophie compensatrice ou dans les cas d'un seul rein fonctionnant isolément api'ès la néphrcctomie (Albarran et Bernard), on lorsque, môme avec des lésions rénales bilatérales, il reste encore une assez grande partie de parenchyme.

Si, d'une manière générale, on peut dire que dans les reins scléreux le début de l'élimination est retarde, en sorte que le bleu n'apparaît dans les urines que deux ou trois heures ou même plus tard après l'injection, il faut savoir que sans lésion aucune des reins, il peut y avoir un relard considérable, de même quavec des reins malades, on peut observer la coloration normale dans les délais voulus.

2" Intensité de rélimination. — Nous avons étudié avec Léon Bernard un grand nombre de malades atteints de lésions rénales unilatérales à l'aide du cathétérisme urétéral qui nous permettait de recueillir séparément les urines des deux reins et de les comparer entre elles. Par ce procédé, nous sommes arrivés à démontrer que l'intensité de l'élimination est le facteur le plus important de l'épreuve du bleu.

A priori, on comprend que la quantité de substance qui passe varie suivant les qualités du filtre. De fait, nous n'avons pas observé, dans les affections chirurgicales des reins, de faits paradoxaux en ce sens; nous n'avons pas vu de reins éliminer peu de bleu, que d'autres raisons nous aient fait considérer comme absolument normaux, et nous n'avons vu d'élimination intense que lorsque tout nous faisait admettre l'intégrité du parenchyme. C'est ainsi que dans les pyélonéphrites, dans la tuberculose rénale, dans le rein polykystique, nous avons vu l'intensité de la coloration de l'urine diminuée; que dans les rétentions rénales, la coloration bleue de l'urine a été d'autant moins intense que le fonctionnement du rein était plus minime. Pour les néoplasmes rénaux, des différences minimes dans le fonctionnement des deux reins, accusées par l'analyse des urines, ne se traduisirent à l'épreuve du bleu que par des différences portant exclusivement sur l'intensité.

Des recherches ultérieures ont confirmé dans leur ensemble les faits que nous venons de signaler. Il convient pourtant de remarquer que, dans des pyélonéphrites légères, on peut observer une mauvaise élimination du bleu qui débute tardivement, donne une faible coloration à l'urine et se prolonge au delà des limites ordinaires; c'est ainsi que le bleu s'élimina chez ce

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malade déjà cité, à qui jo pratiquai la prostatectomie, et dont l'analyse chimique et la cryoscopie indiquaient un travail rénal suffisant.

Dans les afTections médicales des reins, l'étude de la quantité de bleu éliminée est aussi le facteur le plus important de l'épreuve : l'élimination dans les premières vingt-quatre heures est moindre et la coloration de l'urine plus faible dans les néphrites scléreuses ; dans les néphrites épithéliales, au contraire, l'élimination est le plus souvent abondante et de moindre durée. Ces règles présentent, d'ailleurs, des exceptions.

Uabsence complète d élimination du bleu a été observée dans certains cas sans qu'il soit toujours possible de dire par quelle raison : dans ces cas, on ne trouve dans l'urine ni bleu ni chromogène. Pugnat et Revilliod' ont noté l'absence complète du bleu dans les urines dans un cas d'insuffisance mi traie avec œdème, dans une néphrite épithéliale aiguë, et dans deux cas de néphrite chronique. Nous avons vu nous -même l'absence complète de bleu et de chromogène dans les urines d'une femme atteinte de pyélonéphrite double, chez qui l'analyse chimique et la cryoscopie révélaient d'ailleurs de l'insuffisance dans les éliminations rénales. Dans les lésions unilatérales, lorsque le rein est très détruit, il n'est pas rare de noter l'absence d'élimination du côté malade : nous avons observé ce phénomène dans des hydronéphroses, des pyonéphroses et des tuberculoses rénales graves.

La variabilité des conditions dans lesquelles on a observé l'absence complète d'élimination du bleu nous empêche de lui accorder une valeur séméiologique déterminée.

3° Rythme de 1 élimination. — Nous avons vu que, à l'état normal, la teinte bleue de l'urine augmente graduellement, qu'elle atteint son maximum habituellement de la 3° à la 5" heure, et qu'elle décroît ensuite régulièrement. C'est la marche cyclique. ChaulTard a noté des types polycycliques et

4. PuoNAT et Revilliod. KUhIc critique des procédés cliniques d'appréciation de la perméabilité rénale, Archives {/énércdes de médecine, p. 10, 1902.

EXPLORATION DKS FONCTIONS RÉNALES

intermittents de l'élimination du bleu chez les sujets atteints d'aflections hépatiques '.

D'après Chauiïard et Gavasse, les intermittences dans l'élimination du bleu seraient dues, dans ces cas, à ce que « le foie agit sur la sécrétion rénale en livrant par intermittences à la circulation des principes toxiques qui exerceraient sur les reins une action inhibitoire ». Dufour et Roques de Fursac' ont vu l'élimination intermittente au cours des affections nerveuses, et Voisin et Hauser l'ont signalée chez des épileptiques. Bard et 'Bonnet trouvent très fréquemment des irrégularités dans la courbe de l'élimination prolongée des néphrites interstitielles, phénomène qu'ils placent sovis la dépendance du système nerveux. Pugnat et Revilliod ont vu l'élimination polycyclique dans les trois catégories de cas suivantes :

1° Sujets porteurs d'affections du foie;.

2° Sujets atteints de néphrite interstitielle;

3° Sujets présentant des accidents nerveux ou jeunes sujets à émotivité exagérée.

Ces auteurs ont noté dans trois cas un parallélisme entre l'élimination du bleu et de l'urée; dans un autre cas, il existait un rapport inverse entre l'élimination de ces deux substances.

Asfalg' a étudié l'élimination du bleu de méthylène dans 46 cas d'affections diverses : 18 fois il n'y avait aucune oscillation; 14 fois les oscillations n'existaient que dans les urines de la nuit; dans les autres cas, le polycyclisme fut diurne et nocturne.

Dans les affections chirurgicales, M. Bazy* avait noté des inter-

1. GiiAui'i'AiiD. La perinéabililô rénale au cours des iciôres infectieux, Presse médicale, 8 janvier 1898. — Gbaufkard et Gavasse. Gonlribution à l'élude de la liorméabilité rénale chez les hépatiques, Presse médicale, 12 mars 1898. — Chaui-l'ABD et Castaigne, loc. cit.

2. Durouii et Roques de Fuusac. Note sur l'élimination polycyclique du bleu de méthylène par rapport à la masse des produits solubles de l'urine, Société analomique, 6 mai 1898.

•i. AsFALO. Die Verwendung des Methylcnblau zur Prûfung der Nierenfunction, Zcilschrift fur innere Medicine, p. 226, 1902.

i-. Bazv. Diagnostic des lésions dites chirurgicales du rein, Revue de gynécologie, n» 2, 1898.

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9îj

mittences clans Icliraination du bleu en étudiant les urines tolales rendues par des malades atteints de pyonéphrose : d'après rot autour, l'intermittence serait due à ce que la poche rénale ne se vidait que par à-coups. Cette explication ne peut être admise a priori parce que pour que les urines fussent plus bleues au moment où la poche se vide, il faudrait que le bleu, s'éliminant en abondance par le rein malade, pût s'accumuler dans le bassinet dilaté. Lorsqu'on étudie l'élimination du bleu de méthylène dans les pyonéphroses, en séparant les urines des deux reins par le cathétérisme urétéral, on constate que la poche de pyonéphrose élimine peu de bleu par un rythme uniforme, et que lorsque des intermittences se produisent dans la coloration des urines, c'est du côté du rein sain qu'on les observe.

Il n'est pas rare d'observer le polycyclisme dans l'élimination du bleu chez les malades atteints d'affections rénales unilatérales; nous les avons maintes fois constatées dans les urines totales chez des malades atteints de pyonéphroses, d'hydronéphrosos, de tuberculose rénale.

En étudiant séparément l'urine des deux reins chez ces malades nous avons toujours constaté, comme dans les exemples dont le graphique est donné dans les figures 5 et 6, que les oscillations de l'élimination ne s'observent pas ou sont minimes du côté du rein malade, tandis que le maximum d'amplitude se voit du côté sain. Nous aurons à revenir sur ce fait important et nous montrerons d'une manière générale qu'on peut opposer la constance fonctionnelle du rein malade aux variations du rein sain. Chez les malades qui ont subi la néphrectomie, comme chez ceux ayant un rein détruit par la maladie, nous avons observé, Bernard et moi, le polycyclisme marqué de l'élimination du bleu, phénomène qui paraît en grande partie se trouver sous la dépendance de l'hypertrophie compensatrice (fig. 8). Les conditions variables dans lesquelles on observe les courbes polycycliques dans l'élimination du bleu de méthylène peuvent s'expliquer si l'on admet les conditions suivantes :

1° Des périodes de repos relatif dans l'ensemble de la fonction

96 EXPLORATION DES FONCTIONS IlÉNALES

rénale, périodes de repos qui correspondraient à des actions inliibitrices ou à des modifications circulatoires;

Forte

5 Faible

Minime

Jours

Si g;

sis

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tn

Ht

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né

vr

FiG. 7. — Hydronéphrose volumineuse. Elimination retardée et très faible du côté malade; précoce, moyenne prolongée et irrégulière du côté sain.

Heures

tn

Si

CM

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Jours

FiG. s. — Pyonéplirose volumineuse. On constate l'élimination retardée, minime, régulière et courte du côté malade; précoce, forte, irrégulière et très prolongée du côté sain.

2° Lorsque les oscillations de la courbe s'observent dans un seul rein, on peut admettre des modifications fonctionnelles portant sur un certain nombre de systèmes glomérulaires : dans

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les cas notamment d'hypertrophie compensatrice, on comprend que lorsque les parties hypertrophiées travaillent plus activement rélimination soit plus abondante.

L'hypothèse que nous venons de formuler nous paraît trouver sa confirmation dans ce fait bien connu que l'ensemble de l'appareil rénal travaille d'une manière différente suivant les différents moments de la journée. D'un autre côté, nous avons établi que les deux reins fonctionnent presque toujours d'une manière

Fin. 9. — Kein fonctionnant isolément après extirpation de l'autre rein. Elimination précoce, intense, irrégulière et prolongée. Pas de chromogène.

différente au môme moment, ce qui rend très admissible que, dans le même rein, les différents systèmes glomérulaires présontentdcs périodes de repos et d'activité relatives. On sait d'ailleurs que Regaud et Policard ' ont constaté l'alternance sécrétoire des tubuli chez les reptiles et que, plus récemment, Courmont et André' ont vu chez la grenouille, pendant que l'acide urique

1. liROAUo et PoLiCAni). Note hislologique sur la sécrétion rénale, Bulletin de la Société de biolorjie,2S décembre 1901.

2. GouRjio.NT et Anoué. Élimination de l'acide m-i que parles tubuli, Bulletin de la Société' de biolorjie, 1904, p. 132.

ALBABBAN. — Exploration rénale. 7

s'élimine par certains tubes, que d'autres canalicules paraissent

être en état de repos.

Quelle que soit l'interprétation des oscillations de la courbe d'élimination du bleu, ces oscillations se produisent sous Tinfluence de causes trop diverses pour que nous puissions leur attribuer une valeur positive au point de vue de Texploralion des fonctions rénales.

4° Durée de P élimination. — Chez le sujet sain la durée de l'élimination du bleu de méthylène est de trente-cinq à soixante heures. V élimination abrégée peut s'observer dans les néphrites épithéliales comme l'a montré Bard; dans pes cas elle s'accompagne d'une élimination abondante et même exagérée de la matière colorante; de sorte que, en définitive, le rein est plus perméable au bleu qu'à l'état normal. Mais l'élimination abrégée peut s'observer aussi dans les cas de lésions rénales très anciennes donnant naissance à l'imperméabilité; telle la courbe du rein malade dans l'observation de pyonéphrose de la figure 8. Dans des cas semblables le rein ne laisse passer le bleu que tardivement et en petite quantité.

L'élimination abrégée, lorsqu'elle s'accompagne d'une forte intensité du bleu, paraît indiquer une perméabilité rénale exagérée; elle témoigne au contraire d'imperméabilité lorsque, en môme temps, la quantité du bleu éliminé est moindre qu'à l'état normal.

élimination prolongée estplus fréquemment observée. Achard etCastaigne' ont publié un grand nombre de cas tendant à démontrer que l'élimination prolongée du bleu signifie que le rein est imperméable et cela « considérée isolément et en dehors même des autres éléments de l'épreuve ». Si ce caractère était exact, il aurait une grande importance, mais Albarran et Bernard ont montré que bon nombre des cas publiés par Achard et Castaigne ne pouvaient pas être considérés comme des reins à perméabilité diminuée; ils ont en outre montré que la prolongation d'e l'élimination peut s'observer dans la polyurie réflexe et

1 Achard et Castaione. L'élimination prolongée du bleu de méthylène dans l'imperméabilité rénale, Société médicale des hôpitaux, 24 février 1899.

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dans des reins atteints d'hypertrophie compensatrice. Pour les chirurgiens, ce dernier fait a une grande importance.

Albarran et Bernard avaient étudié l'élimination du bleu dans trois cas de rein fonctionnant isolément après la néphrectomie; dans tous ces cas le début de l'élimination fut précoce, l'intensité forte, la marche polycyclique et la durée prolongée, six jours chaque fois. Depuis ce travail nous avons pu confirmer cette observation chez des malades néphrectomisés depuis peu de temps.

De même, lorsqu'on étudie séparément par le cathétérisme urétéral un rein malade et le rein opposé en hypertrophie compensatrice, on note la prolongation de l'élimination du côté du . rein sain. Le rapport entre l'élimination prolongée et l'hypertrophie compensatrice est démontré parce que tous ces reins éliminent une urine de composition chimique normale.

M. Achard* nous paraît ne pas avoir bien compris ce que nous avons dit au sujet de l'hypertrophie compensatrice lorsqu'il écrit : « Quant à l'hypertrophie compensatrice des parties restées saines dans le parenchyme rénal, dont MM. Albarran et Bernard font, dans certains cas, le facteur principal de l'élimination prolongée, elle me semblerait intervenir plutôt, au contraire, pour rétablir l'état normal, et par suite pour diminuer la prolongation pathologique. Si l'élimination prolongée est . souvent associée à l'hypertrophie compensatrice, c'est que cette de rnière se développe seulement en cas de lésions frappant d'imperméabilité une partie assez importante du parenchyme rénal et qu'elle est, dans une certaine mesure, proportionnelle à cette imperméabilité. Mais la compensation n'est pas parfaite et c'est pourquoi l'élimination ne reprend pas son type normal et reste prolongée. »

M. Achard dit, précisément, ce que nous écrivions ^ Parlant des néphrites interstitielles nous disions : « Or, c'est dans les rems de cette variété que l'on observe les phénomènes d'hypertrophie compensatrice dans leur plus complet développement.

1. ActiAno. Nouveaux procédés d'e:rploraUon, p. 393, Pari;;, 1902.

2. Albahkan et Behnaiid. La perméabiliLû rénale étudiée par le procédé du bleu de méthylène. Annales des Mal. dei Org. Gén.-Ur., 1809, p. :ifi.

Ici les lésions de sclérose rénale créent un certain degré d'imperméabilité rénale, qui se traduit par le retard de l'apparition du bleu et par la faible intensité de son élimination; mais les zones du parenchyme restées saines fonctionnent d'une manière compensatrice, et l'élimination qu'elles sont susceptibles de déterminer étant plus faible que si tout le parenchyme fonctionnait, elle dure plus longtemps, et ainsi se constate l'élimination prolongée. De môme, dans nos observations chirurgicales, le rein opposé conserve un fonctionnement normal, comme l'indiquent le délai normal ou précoce, et la forte intensité de l'élimination; mais comme il fonctionne pour deux reins, l'élimination dure plus longtemps. »

11 faut retenir qu'un rein parfaitement perméable peut présenter l'élimination prolongée. Si on avait accepté l'interprétation d'Achard et Castaigne la prolongation de l'élimination démontrant l'imperméabilité eût été source de contre-indication opératoire; nous avons montré que, bien au contraire, le fait de la prolongation peut exister lorsque le parenchyme rénal est en état d'hypertrophie compensatrice.

Nous venons de voir que l'élimination prolongée peut s'observer dans des cas qui nous intéressent tout particulièrement, alors que rien ne peut faire soupçonner une diminution de la perméabilité du rein. D'autres fois, il n'existe pas de lésion anatomique appréciable, et l'élimination peut être prolongée sans qu'on puisse en déterminer la cause. C'est ainsi qu'Achard et Castaigne ont vu chez un sujet, sain en apparence, une élimination prolongée, et il en fut de môme chez un malade atteint de pleurésie à pneumocoque, un abcès intrapulmonaire, qui succomba avec des reins n'offrant aucune lésion histologique. On ne peut guère interpréter ce dernier cas qu'en admettant un trouble purement fonctionnel de la perméabilité rénale. D'ailleurs, ce qui montre que l'élimination prolongée peut être produite par des troubles fonctionnels indépendants de lésions durables, c'est un cas observé chez un sujet atteint de fièvre typhoïde et ayant un peu d'albumine dans l'urine; en pleine période d'état, l'élimination persista quatorze

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jours; après la guérison complète, elle était terminée en trois jours.

D'autre part, la môme élimination prolongée a été observée par Albarran et Bernard dans un cas de petite rétention rénale aseptique, et Asfalg l'a vue dans quatre cas de névrose traumatique et chez un artério-scléreux sans lésion rénale.

o" Forme de 1 élimination. Nature et signification du chromogène. — Le dernier élément de l'épreuve du bleu qu'il nous reste à examiner pourrait sans doute donner des résultats intéressants, si l'on en connaissait la signification, même dans les limites si modiques où l'on connaît les autres; c'est de la nature et du rôle du chromogène que nous voulons parler. On sait que dans leurs premières observations, Achard et Castaigne n'eurent pas l'occasion d'en constater l'existence. Peu de temps après. Voisin et Hauser' virent que « le bleu passe dans le rein sous deux formes, non seulement à l'état de liberté, mais encore sous forme d'un composé incolore, susceptible d'être détruit et de régénérer le bleu par l'ébullition en milieu acide ». Ces auteurs ne purent déterminer la nature du leuco-dérivé ; ils pensent que « la présence dans l'urine de substances réductrices n'est peut-être pas étrangère à la formation de ce dérivé ». L'existence du chromogène fut également observée par tous ceux qui étudièrent ensuite l'élimination du bleu de méthylène dans l'organisme, mais plusieurs opinions furent émises sur la nature et le rôle de ce corps. Pour MM. Linossier et Barjon% toutes les fois que les urines sont alcalines, le bleu s'élimine sous forme de chromogène. C'est ainsi que chez les urinaires, on a souvent l'occasion d'en constater la présence. Ce fait est exact; Bard (de Lyon) l'avait déjà signalé^; et les observations de pyélonéphrite que nous avons publiées avec Bernard confirment cette donnée, mais nullement la conséquence et l'inter-

1. Voisin et IIauser. Remarque sur réliminalion rénale du bleu de niélliylène, Gazelle hebdomadaire, 27 mai 1897.

2. LiNOssiKit et Babjon. Influence de la réaction de l'urine wu* réliminalion du hicu de méthylène, Socœlé de tio!ojie, 19 mars 1898.

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