II. — CLOISONNEMENT DE LA VESSIE
La métbode de séparation des urines des deux reins qui consiste à cloisonner la vessie de manière à recueillir sépa- I rément l'urine du côté droit et celle du côté gauche a été d'abord 1 mise en pratique par Lambotte (de Bruxelles), en 1891, mais le ! travail de cet auteur resta peu connu. Eu 1897, Newmann décrit son séparateur qui n'est applicable que chez la femme el : ne fut que rarement employé. Avec l'instrument de Harris l'emploi des séparateurs entra dans la pratique eu 1898 : cet instrument a été peu employé, excepté par son auteur. Downes et après lui Nicolich ont avantageusement modifié l'instrument de llarris et publié des cas encourageants.
En France, les séparateurs n'él aient pas encore employés lorsque, simultanément, à l'Association française d'urologie de ' 1901, Nicolich fit connaiire les résultats qu'il avait obtenus avec l'instrument de Dov*^ncs modifié, et Luys décrivit le pi-emier modèle de son appareil; ce dernier auteur publia ensuite plusieurs observations cliniques. En 1902 Cathelin lit connaître son diviseur et publia plusieurs observations de division des urines. Vctuellement la question est encore à l'étude.
Séparateur de Lambotte. j
Lambotle (de Bruxelles) • est le premier auteur qui ait
essayé de cloisonner la vessie pour recueillir séparément les fi urines des deux reins.
Son travail, paru en 1891, avait passé inaperçu, en France du ri
moins, jusqu'à ce que Cathelin rei:it fait connaître en 1901; ce ;i dernier auteur ignorait d'ailleurs l'appareil de Lambotte lorsqu'il fit construire son diviseur.
Cet instrument (fig. 25) se compose essentiellement d'un tube ii
cloisonné dans sa longueur de la même manière que la sonde 'j à double courant.
« Chacun des conduits s'ouvre librement vers l'extrémité !(
vésicale dans le compartiment correspondant; à l'autre extré- •!
mité de l'instrument, ils se séparent latéralement de leur axe )
pour constituer deux becs distincts. ,1
« La cloison qui sépare les deux compartiments de la sonde il est elle-même percée d'un canal dans toute sa longueur, et
celui-ci livre passage à une tige métallique qui se conti- j-:
nue au delà de l'extrémité vésicale sur une longueur de k
8 centimètres environ, et se termine par un petit bouton 1
métallique mousse et arrondi comme l'extrémité d'une sonde |
ordinaire. ]
« L'extrémité extérieure de celte tige est garnie d'un bouton ||
plat. j
« Deux ressorts en acier, très flexibles, un antérieur et un I
postérieur, sont étendus de l'extrémité supérieure de la portion i<
tubaire de l'instrument jusqu'au bout métallique qui termine 1^
la tige centrale. Ils mesurent 17 cent. 1/2 de longueur et s'at- (,
tachent à chacune de leurs extrémités par une petite articu- |
lation. i
(( Il résulte de cette disposition que si l'on exerce une 1
traction sur l'extrémité inférieure de la tige centrale, les res- $
1. Lambotte. Élude sur la taille du rein, Annales de médecine et de chirurgie du 8
cercle d'éludés médicales de Bruxelles, p. 48, 1891, cilé par Catlielln. S
CLOISONNEMENT DE LA VESSIE
sorts primitivement fixés le long de l'extrémité supérieure de cette tige se courbent, comme on le voit dans la figure, en suite du rapprociieraent qui s'opère entre leurs extrémités, et forment par leur réunion un cercle métallique. Un point d'arrêt empêche de pousser plus loin la flexion. Nous désignerons l'état dans lequel se trouve alors l'instrument en disant qu'il est ouvert.
(( Qu'on imagine maintenant que l'instrument étant dans sa première position, on recouvre la parlie occupée par les ressorts au moyen d'un de ces petits ballons de caoutchouc qui servent de jouet aux enfants, et qu'un fil de soie fixe la portion rétrécie de celui-ci au-dessous des articulations inférieures. Si alors on ouvre l'instrument, le développement des ressorts a pour effet de tendre la membrane élastique, et la sonde se trouve ainsi terminée par une lame circulaire.
« Si cette opération est pratiquée auprès avoir introduit dans la vessie l'instrument préalablement fermé, cette cavité se trouvera cloisonnée par cette sorte de diaphragme en deux compartiments, l'un droit, l'autre gauche; et en ayant soin de tenir l'instrument de telle sorte que la lame soit antéro-postérieure et médiane, chacun des orifices des uretères correspondra à l'un des compartiments et aussi h l'ouverture supérieure correspondante du cathéter. Une légère traction exercée sur l'instrument a pour effet d'appliquer si étroitement la cloison contre la muqueuse vésicale que le liquide d'un des compartiments ne peut s'écouler dans la loge voisine : une très légère traction suffit à cette fin. »
Lambottc employa avec succès son appareil chez plusieurs malades.
FiG. 2"). — Séparateur des urines de Lambotte.
aliiauha:». — Exploration rénale.
Séparateur de Newmann.
Pour séparer les urines des deux reins chez la femme, Newmann* s'est servi d'un appareil fort simple (fig. 26). C'est une sorte de grosse sonde métallique longue de 8 centimètres, ayant i centimètre de diamètre dans sa première moitié, qui est
arrondie, et plus de hau- B teur dans sa partie vésicale ; cette dernière portion est largement trouée à droite et à gauche.
Tout l'appareil est divisé en deux compartiments par une cloison métallique. Pour appliquer l'appareil, on fait asseoir la femme sur le hord d'une table, les pieds reposant sur un tabouret ; on introduit l'instrument, et on forme une cloison intravésicale en appuyant sur la pai'oi postérieure de la vessie avec un doigt introduit dans le vagin. Illyès, de Budapest, qui a essayé cet instrument, trouve son fonctionnement très infidèle.
Séparateur de Harris.
Fig. 26. — Séparateur de Newmann.
L'instrument de Harris - a été légère- 9
ment, mais avantageusement, modifié fi
par Downes' et par Nicolich Nous le décrivons, avec ces modi- I
fications, d'après Nicolich (fig. 27). ,
1. Newmann. Eine einfache Méthode dea Urin beider Nieren beim Weibe geson- ■i< dert aufzufangen, Deulsche med. Woch., p. 690, 1897.
2. Harrts. a new and simple méthode of obtaining the urine separately from ij the two liidneys in either se.x, Journal of the america médical Association^ p. 236, S
3. DowNES. Instrument présenté au Congrès international. Paris, 1900.
4. Nicolich. L'instrument de Downes, Association française d'urologie, p. 523, 1901. 'i
CLOISONNEMENT DE LA VESSIE
« Cet instrument comprend deux pièces ; l'une est introduite par l'urètre dans la vessie, tandis que l'autre est placée dans le vagin chez la femme, dans le rectum chez Thomme ; cette dernière aune courbure plus forte que celle qui sert pour la femme. La pièce que l'on introduit dans la vessie est la même pour les deux sexes ; elle est composée de deux petits tubes en forme de , cathéter avec un œil latéral h l'extrémité vésicale et un robinet : à, laulre extrémité ; ces deux tubes sont maintenus ensemble par I une plaque métallique, et ils peuvent tourner chacun sur leur axe longitudinal.
FiG. 27. — Séparateur de Harris modifié i^ar ûownes.
sont suffisants). L'introduction est facile, on doit procéder comme pour un cathéter métallique, le calibre de l'instrument correspond au n" 25 de la filière française. Quand cette pièce est arrivée dans la vessie on met dans le vagin chez la femme, dans le rectum chez l'homme, l'autre pièce, qui doit servir à former la paroi qui divise la vessie en deux moitiés ; elle doit être placée juste au milieu entre les deux tubes, et on la fixe dans cette position h l'aide d'une vis qui se trouve h son extrémité externe. On tourne alors les deux tubes d'à peu près 135 degrés ; de cette manière leurs extrémités vésicales vont se placer, l'une à droite, l'autre à gauche sur la paroi postéro-inférieure de la vessie, très près des orifices des uretères. Quand l'instrument est bien placé, le bas-fond de la vessie forme comme deux petites poches dans lesquelles se trouvent les yeux des tubes.
« On ouvre alors les deux robinets de rextrémilé externe des tubes pour vider la vessie du liquide infecté, et après on recueille l'urine qui coule goutte h goutte. On comprend facilement que l'urine à peine sortie de l'urètre descend dans la poche correspondante, et de là dans le tube de l'instrument.
« Quand on a recueilli une quantité suffisante d'urine et qu'on veut retirer l'instrument, on tourne la vis qui tient fixée la pièce vaginale ou rectale, on retire celte pièce, et, avant de faire tourner et de retirer les deux tubes de la pièce vésicale, on injecte par un de ces tubes 100 grammes de liquide dans la vessie pour permettre aux tubes de tourner sans érailler la muqueuse vésicale. »
Pour éviter l'hémorragie et les douleurs que l'application de l'appareil peut déterminer, Harris' recommande de diminuer la sensibilité de la vessie en donnant, une demi-heure avant l'examen, un lavement composé de 1 gramme d'anlipyrine, 1 centimètre cube d'extrait d'opium et 90 centimètres cubes d'eau. En même temps, on introduit dans la vessie, et on laisse pendant quinze minutes, 15 à 16 centimètres cubes d'une solution d'adrénaline à S p. 100 qui est remplacée ensuite par une autre solution de cocaïne à 2 p. 100 dont on laisse pendant six minutes IS à 20 centimètres cubes dans la vessie.
Harris ne recommande pas l'emploi de son appareil dans tous les cas ; il reconnaît de nombreuses indications au cathétérisme urétéral, mais il pense que, d'une manière générale, pour séparer les urines des deux reins, il vaut mieux se servir du séparateur qui ne présente pas de dangers. Il a particulièrement échoué, avec son séparateur, dans un cas de tumeur de la vessie, dans des calculs de la vessie, dans plusieurs cas d'hypertrophie de la prostate, dans un cas de tuberculose de la prostate ; lorsque la vessie, douloureuse, présente une trop petite capacité.
JNicolich, sur 16 cas dans lesquels il employa l'instrument de Harris modifié, réussit 11 fois et échoua 5. Dans une communi-
1. Harris. The best meUiode of collecling llie urine from the ureters for diagnostic purposes, Aimais of surgery, vol. XXXII, p. 190.
C'.LOISONN'IÎMENÏ DE LA VESSIE
cation ultérieure cet auteur relate une expérience qu'il a faite en injectant dans un des tubes de l'appareil, pendant la séparation, du bleu de méthylène à 3 p. 100 ; il constata que le liquide coloré ne passait pas de l'autre côté, et que la vessie était bien divisée. Après une expérience plus prolongée, Nicolich ne se sert L qu'exceptionnellement des séparateurs : il emploie surtout son procédé de compression urétérale ou le cathétérisme des uretères. Raffin', de Lyon, a employé avec succès le séparateur de I Harris chez plusieurs malades, et Freudenberg de Berlin, a 1 aussi obtenu, dans quelques cas, de bonnes séparations. Ce dernier auteur emploie maintenant le cathétérisme urétéral.
Dans la discussion qui eut lieu en 1900 à la Société médicale de New-York, Tilden Brown, Gibson et Willy Meyer déclarent préférer le cathétérisme urétéral au ségrégateur, parce que les ; résultats donnés par ce dernier sont trop incertains.
Nous avons employé nous-même l'appareil de Harris modifié . par Downes et Nicolich chez plusieurs malades hommes et fem- I mes. D'une manière générale, nous avons réussi à séparer les urines, chez la femme, lorsque la vessie est en bon état ; chez . l'homme, nous avons le plus souvent échoué, même avec d'assez bonnes vessies ; dans les vessies douloureuses nous n'avons pu . appliquer l'appareil. Pour comprendre la raison des échecs fréquents de cet appareil, il faut se rendre bien compte du mécanisme suivant lequel se fait la séparation. On croyait, avec I Harris, que la pièce rectale ou vaginale déterminait un soulève- : ment de la paroi postérieure de la vessie, créant ainsi deux ; poches droite et gauche, dans lesquelles les sondes de la pièce ' vésicale recueillaient les urines. Nous avons démontré *, par des : recherches cadavériques, que la pièce recto-vaginale ne fait que • soutenir, sans la soulever, la paroi vésicale, et que ce sont les
1. Nicoucii. Sur le diviseur vcsical, Associalion française cViirologie, p. 631, 1902, et communication orale, octobre 1904.