‹ Exploration du Sahara: les deux missions du lieutenant-colonel FlattersChapitre 11 sur 26 · SE · texte numérisé non relu

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DE TIMASSININB AU LAC MENGKHOUGH

Considérations sur l'Oued Igharghar. — La grande dune. — Premières députations des Tou&reg Ifoghas. — Rapports de Rhàt ayec Tripoli. •« Obligation de dévier vers l'est. — Exigences politiques. — Situation qui fait décider le retour.

La route de Timassinine à Mengkhough consiitue la dernière partie de l'exploration de l'année 1880, celle dont les incidents devaient décider du reste duToyage.

Elle commence le 1** avril, jour où la caravane quitte Timassinine, pour s'avancer d'abord au sud, dans un feidj qualifié de grand feidj et dont le fond est celui d'une sebkha. Le chef de la mission le considère comme venant de l'Oued Gharis, près d'Aguellach, et longeant l'Igharghar dont il n'est séparé que par un hamada de faible étendue. Il l'indique comme pouvant servir de route de Timassinine au Hoggar^ mais sans avoir en réalité sur ce sujet une affirmation précise. Laissant ensuite un peu sur sa gauche la route suivie par Bouderba en 1858, il put recueillir de la bouche d'un indigène nommé Saiah ben bou Saîd, qui avait été d'Ël Biodh au Hoggar, un itinéraire par renseignements dont voici le résumé.

La route serait de dix jours de méhari à 50 kilomètres par jour, et passerait par Mechra Agueiman, Foum Amguid, Amguid, le Hamada en deçà de l'Oued Gharis, rOued Gharis la tête nord du TiÛdest, un point en deçà de Tinnakourat, et Tikhsi à deux jours de marche d'Idelès.

Le 2 avril, la route fut continuée vers le sud^ à travers le feidj de la veille, pour entrer bientôt en plein erg.

dans des dunes confuses, d'où Ton aperçoit la crète du Khanfousa sur laquelle se dirige la caravane. Elle l'atteint en quelques heures et nous en laisse une courte description.

(( Le Khanfousa, dit le journal provisoire, est une colline isolée da grès noir, blanc à l'intérieur, au milieu des dunes; elle est fortement ravinée; les ravins courent généralement du sud-est au nord-ouest. Sa hauteur au-dessus du fond est de 230 mètres environ ; dans les ravins se trouvent plusieurs gommiers, n

On rencontra aux abords du Khanfousa des traces de campements de Touareg qui ne remontaient pas à plus de deux mois ; mais on apprit qu'on n'avait guère de chance d'en trouver d'autres avant Aïn Tebalbalet ou Aïn el Hadjadj. On put aussi recueillir quelques renseignements sur une ligne de Khanfousa à Tahohait, dans la direction du sud-ouest, et Ton découvrit sur ce point des restes curieux de l'âge de pierre.

La caravane s'engagea ensuite dans un enchevêtrement de dunes compliquées, gagna un immense gassi qui s'éten-

dait à perte de vue, et commença à prendre une direction à peu près sud-sud-est.

Le journal de route contient, dans cette partie de Titinéraire,une rectification du cours de l'Oued Ighargharen qu'il y a lieu de signaler, a Nulle part, dit-il, ne se voit, comme sur la carte de M. Duveyrier, ou sur l'itinéraire de Bouderba, une apparence de vallée de l'Oued Ighargharen, qui rejoindrait l'Oued Igharghar en longeant la dune. Notre gassi est complètement fermé au nord,aussi loin que Ton peut voir,

au point où nous y arrivons, en débouchant de la dune »

€ L'Oued Ighargharen se perd peut-être vers la dune, bien que la permanence des eaux, pendant deux ans, dans les fonds nord du gassi, tende à expliquer que c'est là où il finit. Mais il parait tout à fait improbable que l'on arrive à déterminer la continuation du lit dans la dune même, jusqu'à l'Oued

Igharghar. Dans tous les cas, il n'existe riea d'analogue au lit théorique, supposé sur la carte> ie Touskirin à righarghar. »

Après aToir dépassé la source de Touskirin, la caravane s'engagea dans un nouveau gassi, qui la conduisit à nn affluent de gauche et à la source même de l'Oued Tebalbalct, que deux palmiers et^un gommier .sigoaleat de loin. Cette région jouissait cette année, par, suite de pluies favorables, d'une végétation exceptionnelle, que )a mission eut soin de signaler, mais en faisant remarquer qu'elle était accidentelle et que les voyageurs ne pouvaient, dans ce pays, compter toujours sui: de semblable ressources.

Le 5 avril, le camp fut installé au pied.de. la dune que la la caravane suivait en la laissant sur sa gauche, et dans un coude fait au sud-est par TOued Ighargharen. A cet endroit, rOued devient assez confus, ou plutôt le Djebel Samani que Ton avait à droite, se dédouble pour former .une île au milieu du gassi, laissant à l'est l'Oued Tanefokh, et à Touest, l'Oued Ighargharen proprement dit. ? Du camp, la mission voyait le Samani comme une immense ligne noire allant du nord au sud et se perdant à son extrémité sud, derrière une chaîne secondaire ou plutôt une série de chaînons allant du nord-nord-ouest au sud<-sud.-est. Le relief de la chaîne principale au-dessus du gassi, varie de 350 mètres à 450 mètres.

Le lendemain 6, on chemina dans l'Oued Tanefokh, jusqu'à la source de Kinaouin; d'oi!i, après avoir traversé une sorte de bois de tolhy on entra dans une riche vallée, à laquelle succéda un plateau de cailloux roulés puis rOued Lemenou, qui, venant du sud«ouest, franchit le Samani par une coupure étroite; on arriva ensuite à Aîn el Hadjadj.

C'est le môme jour que le chef delà mission vit veniràlui, à une faible distance du campement de la veille, deux Touâ-

reg Ifoghasj doB* Tua Aokha ben Chaouhî, était, panûl-il un des principaux personnages des Nouquiran ; l'autre était un de ses parents* Il raconta quOi parti de ses campements dllisi à te recherche de chameaux égarés, il avait rencontré par hasard Geghir qui lui avait indiqué la caravane. Le lieutenant-colonel Flatters lui fit rendre les chameaux qu'on avait en effet trouvés à Tebalbalet, et chercha à obtenir des renseignements. Quoique très réservé, il parut animé de bonnes dispositions et apprit au chef de la mission, que Ceghir avait continué sa route sur Ilisi et l'Oued Tah* malet, d'où de notables Ifoghas viendraient à sa rencontre* Quant aux chefs des Azdjer> ils étaient k Rhàt. Le chef de la mission ne voulait pas obliquer à Test jusque-là, sans avoir vu Aguellach et la Sebkhà d'Amadghôr, ni sans avoir essayé de nouer quelque négociation avec Ahitaghen, le chef des Hoggar. Malheureusement celui-ci était campé très loin dans le sud-ouest. Cette impossibilité d'aller à Rhât, et d'attendre trop longtemps dans TOued Ighargharen une réponse incertaine, mit le colonel dans une perplexité qui lui fit regretter de ne pas avoir sous ses ordres une troupe indigène de 150à 300 hommes et des chameliers soldats, comme ceux de la smala de Laghouat. Il estime, dans son journal, qu'une <2aravane ainsi organisée, pourrait avoir un caractère tout aussi pacifique, et de plus, une indépendance qui lui permettrait d'aller où elle voudrait. « Cela coûterait méoie, dit*il, relativement moins cher; la crainle que nous inspirerions, devant suppléer pour une bonne part aux dépenses en cadeaux.. ..« Ce que je viens de dire n'a d'autre but que de montrer dans quelles limites nous pouvons nous trouver renfermés par la force même des oboseS) en agissant avec la prudence nécessaire pour aboutir à un résultat sérieux, tout en conservant à la mission un caractère essentiellement pacifique et diplomatique.

1 A un autre point de vue, il n'est pas sans intérêt de

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pressentir les choses et de temporiser, avant d'aborder le sujet môme qui nous conduit dans le pays. »

Ici se placent, dans le journal de roule, des considérations politiques qui ont, au sujet de nos tentatives vers le Soudan, un intérêt trop grand, pour qu'il soit possible de ne pas les citer en entier.

«D'après ce que j'aipuapprendre jusqu'ici de la situation actuelle des Touareg, la Porte Ottomane, qui n'est sans doute pas seule en compte, aurait singulièrement étendu son action. La ville de Rhàt serait occupée mililairement avec beaucoup de soin, à la demande môme des habitants, fatigués des éternels combats livrés jusque daos les rues entre Azdjer et Hoggar pendant la dernière guerre. Le gouvernement de Tnpoli aurait joué, dans cette guerre, le rôle de médiateur à la satisfaction de tous, et il lui en serait resté une grande influence, surtout sur les Azdjer qui fréquentent plus particulièrement Rhàt, et qui, ajoute-t-on sous toutes réserves, auraient môme envoyé, il y a environ un an, quelques délégués de tribus à Tripoli.

)) Dans ces conditions, il est indispensable avant tout, de vérifier exactement Tétai des choses, pour savoir sur quel terrain nous devons marcher. S'il est vrai que la concurrence anglaise ait fait autant de progrès qu'on le dit, par Tripoli et Rhàt, sous le couvert du gouvernement turc, la question du rétablissement de la ligne commerciale d'Amadghôr et celle de la construction d'un chemin de fer, deviennent beaucoup plus complexes qu'on ne le supposait. Dans tous les cas, elles sont beaucoup plus difficiles à aborder avec les Touareg, sans risquer d'échouer à la première ouverture. En effet, les avantages qu'ils en retireront ne sont pas aussi évidents qu'autrefois et ils necompensent peut-être plus les inconvénients d'une sorte de prise de possession directe de notre part 11 est donc indispensable de recueillir tous les renseignements qui peuvent être de nature

à nous éclairer rapidement et définitivement sur ce qu'il convient de faire La question parait devoir se subordonner à rapprécfation de la politique turque vis-à-vis des Touareg. C'est du côté de Rhât qu'il faut aller la chercher, car jusqu'ici rien ne paraît en avoir transpiré ailleurs. Ce n'est que maintenant que j'ai pu en concevoir quelque idée «n causant avec les indigènes et particulièrement avec le Targui Aokha. »

Aïn el Hadjadj, la c source des pèlerins », où la mission s'était arrêtée le 6 avril pour s'y livrer aux réflexions qui précèdent, est un campement fréquenté par les caravanes du Touàt qui vont à la Mecque tous les ans, en passant par Tripoli et l'Egypte. L'eau cependant n'y est pas d'une abondance extrême, mais sa qualité est excellente, et les abords offrent aux chameaux fatigués, une végétation réconfortante. Il est notoire d'après fiouderba, que les Hoggar et les tribus du voisinage y pillent quelquefois les pèlerins.

Le 7 avril, tandis que la caravane se refaisait à Aïn el Hadjadj, le chef de la mission fit de nouvelles tentatives pour obtenir du Targui Aokha des indications plus explicites au sujet du droit de passage à travers les territoires touareg. Mais» en dépit de ses bonnes dispositions, il n'en tira qu'une chose, c'est qu'il fallait réserver* la question jusqu'à parfaite entente avec les tribus ; que du reste la route de Rhàt était libre. D'après lui, il y aurait déjà longtemps que les Ifoghas passaient pour être les amis des Français, et on s*en était ému à Tripoli. En résumé, Aokha était un indigène prudent, désireux de servir la mission pour les profits qu'il en espérait, mais craignant de se compromettre, en prenant des engagements avant d'avoir consulté les siens.

Pendant son séjour à Aïn el Hadjadj, la mission put jouir d'une de ces sérénités atmosphériques déjà signalées par les voyageurs sahariens, comme ayant presque Timpor-

56 ÏXPLÔRATtON DU SAHARA.

tance d'un phénomène météorologiqûe, et qui a pour effet ordinaire de rapprocher coiisidérafblement ïés distances. Le 7 avril, en effets la tub semblait s'étendre jusqu'à des distances de 100 kilomètres, perÉaettant de distinguer la chaîne d'Àmadghftr, le Tifidest du Hoggar, le mont Iraouen et le mont Ifettessen.

Le lendemain, on crut dévoir' rester encore à Ain el Hadjadj. Âokha partit pour rejoindre sa tribu; il Rêvait revenir avec Ceghir et engageait le lieutenant-colonel à pousser de l'avant vers Rhât. C'était évidemment pour le faire pénétrer au centre du pays des Azdjer. Mais le chef de la mission hésitait; il sentait qu'il lui serait plus difficile ensuite de revenir vers l'ouest, pour se rendre à Tahohait et Àguellach, comme il le désirait. D'un autre côté il ne pouvait prendre cette nouvelle direction sans en avoir conféré d'abord avec les chefs touareg, car les Azdjer y verraient peutêtre une hésitation ; et les chameliers ou €bambâ& qni l'accompagnaient, trouvant cette voie dangereuse taïit qu'elle n'aurait pas été garantie, seraient sans doute disposés à l'abandonner. Enfin, dernière considération, il n'était pas possible de faire un plus long séjour à Aïn el Hadjadj sans s'exposer aussi à des commentaires désavan* tageux.

Il résolut donc d'attendre jusqu'au 10 , délai suffisant pour le retour de Ceghir, et, disposé, dans le cas où il n'aurait pas rejoint, à continuer sa route vers Rh&t. La situation on le voit^ commençait à prendre une tournure délicate.

Le 11, suivant ce programme, on partit dans la direction du sud-est, longeant à gauche la grande dune qu'on n'avait pas quittée depuis Touskîrrn, et marchant vers le débouché de rOued Samen, oîi Ton campa, a A partir de ce point, dit le journal de route, TOued Ighargharen proprement dit n'existe plus; il ne forme plus qu'une série de cuvettes séparées par des seuils de sable ; c^est comme un chapelet

EXPLORATION DU SÂnARA. 57

d'embouchures au pied de la dune de TesU o Toute la contt^e^ dû restée offre, pour les hommes et les auimaux des ressources remarquables, au point que Le 12, la caravane dut s'avancer dans une véritable prairie, qui la conduisit à une da!a couverte d'une splendide végétation ; puis elle atteignit une région de ravins compliqués, formant un des angles du plateau des Azdjer, passa à Tharkar Neraba, cimetière dans le plateau, où elle remcontra des Ifoghas gardiens de troupeaux de chèvres et vint camper i rOaed Tigat, dans une région qui porte le nom de Nboukhia.

Une première députaiion (miad) de Touareg Ifoghas et de Magasalen vint au camp, le i% conduite par Geghir qui avait remis ses lettres. En tête marchaient les notables de chaque tribu, entre autres Abdel Hakem et Ahendeboul des Ifoghas; Mohammed Dadda des Magaisa(en; Aokha ben Chahoui était aussi revenu. Il y avait en tout iSO pejrsonne^, dont 20 se disant d'un rang élevé, sans compter Si ben el lamma, originaire du Souf, mokhaddem de Tordre de

Tidjani.

Après les formalités de rigueur, l'entrevue devint très cordiale et les affaires, suivant Tusage, furent rémoises au lendemain. Le 13, on partit ensemble, pour passer à l'Oued Ihan et de là à TOued Aguit, d'où l'on distinguait au sud-ouest le Djebel Takhemalet, un peu plus à l'est, le Djebel Intersi et à l'est*nord-est, la chaîne de Timenis. Le camp fût établi dans la daya Tibabiti, où rien ne manquait.

Les conversations du chef de la mission avec les Tou^eg qui raccompagnaient, lui montrèrent qu'ils comprenaient fort bien Fintérèl qu'aurait pour eux l'établissement de relations commerciales entre le Soudan et l'Algérie à travers le Sahara. Leurs dispositi<His paraissaient excellentes ; mais nul ne voulait conclure d'arrangement avant une entrevue avec Ikhenoukhen. Chacun tenait à passer pour un person-

nage quand il s'agissait de recevoir, et déclinait toute influence quand il fallait promettre. Dans Tentrevue solennelle qui eut lieu à Tibabiti, la cordialité des rapports fat bien établie ; mais il fallut s'occuper de régler le don d'hospitalité, sur lequel ils comptaient. Ils demandaient une somme de 5000 francs et un fusil de chasse pour chaque membre de la députation. On dût marchander et réduire cette prétention à 3000 francs et à huit fusils; on y ajouta des cadeaux particuliers pour les principaux chefs et une conTcntion de bonne amitié fut aussitôt conclue. La députation s'en retourna, laissant au chef de la mission quatre de ses membres, à raison de 5 francs par jour chacun, et lui promettant des chameliers à i francs par jour; on convint que la mission irait an lac Menkhough.

Le 15, en effet, elle partit de Tibabiti et s'engagea dans rOued Tidjoudjilt, qu'elle remonta dans la direction estsud-est. Cet oued lui parut former la suite de l'Oued Ighargbaren qui n existe plus en cet endroit. Elle atteignit un col où Ceghir avait campé l'hiver précédent avec Abdelhakem, puis une vaste daïa plate formée par l'Oued Tidjoudjilt, couverte de végétation et'nommée Tehentlemoun.

On y établit le campement le 16 avril. Ce devait être le dernier de la première exploration.

Le lac Mengkhough, situé par environ 26*25' de latitude nord et 6 degrés de longitude est, affecte une forme allongée dans la direction du sud -est. Sa surface équivaut à celle d'un étang carré de 500 mètres de côté. Il forme comme un cratère d'effondrement dans les dunes, avec communication du côté ouest vers l'Oued Tidjoudjilt. Les sources qui l'alimentent paraissent être au centre, et sa profondeur varie de 3 mètres à 7 mètres. Son eau est excellente; il contient de beaux et bons poissons ; enfin des arbres élevés ombragent ses bords.

Le séjour de la mission dans ce campement dura jusqu'au 21 avril et les incidents, d'ailleurs pacifiques, qui se déroulèrent, eurent assez d'importance pour mettre un terme à ses travaux.

Tandis que les ingénieurs et leurs adjoints, particulièrement MM. Béringer, Roche et Le Ghatelier faisaient dans les environs d'utiles reconnaissances, le camp devint peu à peu le rendez-vous des visites intéressées des Touareg. Ce furent d'abord des amis de Geghir, avec lesquels il se rendit peu après au campement où se trouvait sa femme; puis vinrent les dames Ifoghas montées sur leurs mehara; le f 9 avril, ce fut une nouvelle députation de Magasaten ; elle n'apprit rien de neuf, mais emporta des cadeaux. Le lendemain, la même tribu envoya encore des représentants. Ceux-ci prétendirent qu'avant de répondre, Ikhenoukhen attendrait une lettre de Tripoli ; ce qui signifiait que la mission avait été signalée à Tripoli par le gouverneur de Rhât et qu'Ikhenoukhen répondrait suivant les instructions qu'on lui enverrait. Tout cela prêtait à réflexion. D*abord le nombre des importuns croissait à chaque instant; les provisions de la caravane s'épuisaient, et au milieu de ces atermoiements, les propositions pour continuer le voyage semblaient ne pouvoir aboutir.

Ensuite, le lieutenant -colonel apprenait pour la première fois qu'Ikhenoukhen était soumis de fait à l'influence turque, exercée par Safi, le khalifa de Rhât, gouverneur de la place, au nom de Tripoli, avec une garnison régulière. Pour lui, par conséquent, aller à Rhât sans attendre la réponse d'Ikhenoukhen, c'était peut-être soulever une question diplomatique que les instructions officielles n'avaient pu prévoir, puisque la situation des Azdjer et de Rhât par rapport au gouvernement turc, pouvait être une nouveauté dont la chancellerie du consulat de Tripoli n'avait pas eu, d'après lui, connaissance jusqu'à ce jour.

11 sentait qu'un voyage à Rhât dans ces conditions pour-

rait le compromettre sans lui laisser d'aatre chance que de prendre la route ordinaire pour se rendra au Soudan. Les Azdjer ne voulaient pas évidemment aborder le Hoggar; ils le recevaient bien, mais surtout dans Tespoir d'un profit. Ahitaghen, à son tour^ s'engagerait difficilement à le conduire s'il le voyait venir du pays de ses voisins, plutôt que de TAlgérie. Enfin, attendre sur place était impossible, car les provisions s-épuisaient et les Azdjer ne voulaient rien fournir avant la fameuse réponse- dlkhe-^ noukhen.

Ces considérations avaient une gravité incontestable, et de fait, on ne pouvait plus avancer sans s'exposer à des complications. Il devenait urgent de se concerter. Le lieutenant-colonel réunit doneles membres de la mission,. leur exposa les faits et leur demanda leur avis. Ils furent- unanimes à conseiller un retour sur Ouarglà et Laghouat| pour s*y ravitailler et attendre le moment de recommencer l'excursion.

Ce fut donc le parti auquel on s'arrêta; les circonstances et les difficultés du moment en faisaient vraiment une loi au chef de la mission. Il écrivit seulement à Ahitaghen pour lui demander s'il consentirait à le conduire à travers son pays par Amguid et Amadghôr, comptant que ^a réponse lui parviendrait dans un moiSj à Ouarglâ. Il se décida ainsi, comme il l'écrivit d'El Biodh, le 3 mai, à M. le ministre des Travaux publics, « non à un renoncement de l'entreprise^ pas même à un ajournement, mais à une pause nécessaire entre deux phases distinctes. » , ...

Cette résolution une fois prise, la mission reprit le 21 avril le chemin d'Ouarglà.

Elle eut soin, avant de s'éloigner, de noter sur l'état politique des Touareg quelques renseignements que le journal de route nous a transmis sous une forme succincte ^.11 nous

1. Ces indications très lOBimaires, surtout si oa les . rapproche des

apprend que parmi les tribus noblëâ de$ Azdjer, a les ifoghas comptent actuellement 40 tentes nobles (d;oua(f); ^eurs notables (kebars) sont : Abdel Hakem, Bassa, Ahend£boul et Aokha el Bakhay.

» La tribu des marabouts Quled Sidi Moussa, compte 45 tentes. Ses notables sont : Afenaout, Mabommed Dadda, Mahorned ben Brabim.

» Enfin les Azdjer ou Azgar proprements dits, pris d'une façon générale, ont pour notables : El Hadj Ikbenoukhen qui a autorité sur tous les Azdjer; Akhi, Asman, Nakrouf, Iahia,Moulaî ould Rheddadj et Si Mobamed, fils d'ikbenoukhen. On compte 400 tentes AHmrhdds^ ou tribus serves placées sous la dépendance des nobles.

» Les Hoggar n'auraient que 130 tentes djouad; mais dans leurs guerres avec les Azdjer, ils ont toujours pour eux plusieurs de leurs tribus, par exemple une grande partie des Magasaten, les Idbanaouen, etc. Leur chef réel est Ahitaghen que Ton appelle aussi Itaghel chez les Arabes. Il est fils de Biska. Les autres principaux notables sont : Khiari son neveu par son frère, Ngaït, Sidi ould Gueradji, autre neveu d' Ahitaghen par le frère, Altissi ould Chikkat, neveu d'Ahitaghen par la sœur, et par suite héritier désigné du pouvoir, Anaba frère d'AUissi. Il est à noter que Chikkat et ses deux fils sont des Ouled Messaoud avec lesquels les Ghambâs entretiennent de bonnes relations. >

Malgré les préoccupations politiques qui les avaient absorbés depuis Timassinine, les membres de la mission avaient continué leurs travaux, profitant même des séjours forcés pour exécuter des reconnaissances aux alentours du camp. Leurs notes nous ont laissé sur les ressources du sol, les indications suivantes :

études si approfondies de M. U. Daveyrier sur les Touftreg, auraient sans doute été complétées plus tard. Leur principal mérite est de nous donner des chiffres et des noms offrant an intérêt d'actualité.

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