DISTANCES
RESSOURCES EN lAU
Rejr
18 nov.
15 kilom.
Pas d'eau. * Pas d'eau (eau à Ksar el
Hiran.)
Pas d'eau (puits de Med-
daguin i sec.)
Pas d'eau.
Ghedir ayant de l'eau.
Pas d'eau.
Ksar du Mzab (eau).
Pas d'eau.
Eau.
ElMetbira
Oued Moassa bcn Aman
Oued Mrarèfl
Oued Frah el Hamâ.
Oudcï Seder
Daïat Haddax
Guérara
Zerazi Gucblet Gu4^ rara
Targai
Oued Mzab
Ngoussa.
Ouargift
Total 310 kil. environ jusqu'à Ngoussa.
Le séjour à Ouarglâ fut consacré à Tachai des chameaux qui deyaient remplacer ceux qu'on avait loués à Laghouat et à compléter les approvisionnements. Tout ayant été commandé à l'avance, ces préparatifs marchèrent vite et le 3 décembre, la caravane se trouva prête à se mettre en route, en exploration définitive par l'Oued Mia, se dirigeant vers le fiud-ouest, pour tourner ensuite directement au sud, vers le Hoggar.
Des modifications survenues depuis le premier voyage avaient réduit le personnel des membres de la mission à sept, dont deux nouveaux, et leurs attributions avaient été réparties comme il suit :
1<» Lieutenant-colonel Flatters, chef démission. Direction générale des divers services, rédaction du journal de route et de la correspondance officielle ; soin de collationner les résultats, service des relations politiques, histoire et géographie générales, ethnographie, linguistique, etc.
2^ M. Masson, capitaine du service d'état- major, commandant en second de la mission, chargé des détails de Torganisation et de la marche, de la rédaction de la carte par renseignements, des recherches des documents et des levés expédiés destinés à l'extension de la carte topographique générale, en collaboration avec M. Béringer.
3"* M. Béringer, ingénieur des travaux de l'État, chef du service des observations astronomiques, géodésiques et météorologiques; rédaction des cartes topographiques et des projets.
4"^ M. Roche, ingénieur des mines. Chef du service géolo* gique et minéralogique ; rédaction de la carte géologique et collaboration avec M. Béringer, pour les observations astronomiques.
h^ M. Guiard, médecin aide-major de 1"* classe, au 2* zouaves, service médical, anthropologie, zoologie, botanique et photographie*
C'étaient les seuls membres de la première mission qui
eussent accompagné de nouveau Flatters. Les autres, pour des raisons indépendantes deleurvolontéy avaient dû rester en France. Ils étaient remplacés, par :
6*" M. de Dianous, lieutenant au 14* régiment d'infanterie, adjoint au capitaine Masson pour les détails d'organisation de marche et pour la topographie par levés expédiés.
7<» M. Santin, ingénieur civil, adjoint à M. Béringer pour les observations, et la rédaction des itinéraires, plans,
tracés, etc.
En outre, deux sous-offlciers, MM. Dennery, maréchaldes-logis au 3* chasseurs de France et Pobéguin« maréchaldes-logis au 3* spahis, accompagnaient l'expédition, comme adjoints pour les détails des divers services.
Le lieutenant-colonel Flatters n'avait plus d'escorte proprement dite, mais seulement des ordonnances et des cha* meliers armés, savoir :
2 ordonnances français, dont l'un Louis Brame, était affecté à son service personnel;
12 ordonnances indigènes;
66 chameliers indigènes.
Le chef de la mission n'avait eu, à Laghouat, que l'embarras du choix pour le recrutement des hommes dans les diverses tribus du sud de l'Algérie. Il s'en était présenté plus de 500, des Ouled Nayl de Djelfa, des Larba de Laghouat et des Ghambàs d'Ouarglà. Dans le nombre, il avait surtout repris ceux qui avaient fait partie du premier voyage. Il y ajouta 7 guides chambâs, et un mokhaddem de Tordre de Tidjani. La caravane comptait ainsi 97 personnes, en sus des 4 Touareg qui l'accompagnèrent à partir d'Ouarglà et auxquels 5 ou 6 autres s'adjoignirent pendant le reste du voyage.
Tous étant montés sur des méhari, on avait 97 chameaux de monture.
Les quatre mois de vivres^ les huit jours de provisions d'eau, les bagages, instruments et autres objets exigeaient
180 chameaux de charge. C'était un total de 280 chameaux. Ce chiffre, énorme en apparence est encore au-dessous de la proportion ordinairement admise de 3 chameaux par homme. Sur les li8 chameaux de vivres, 12 portaient des rations carrées, c'est-à-dire des rations assorties en farine, biscuit, rizy viandes de conserve, etc., et ainsi nommées, pour les distinguer des rations simples qui ne contiennent qu'une seule espèce de denrée. Ces rations carrées se prennent surtout en prévision d'un détachement momentané. On donne à ce dernier un ou deux chameaux à rations carrées et il se trouve de suite appovisionné pour plusieurs jours. Enfin chaque chameau porteur avait une charge de 120 kilogrammes et une outre d'eau en surplus.
Le chef de la mission avait partagé son convoi en six sections, correspondant chacune à un ou deux membres de la mission et portant assez de matériel pour former au besoin une caravane complète. Il y avait de la sorte six caravanes distinctes. Les 13 jours de route de Laghouat à Ouarglâ l'avaient convaincu que ce système présentait de grands avantages pour la bonne exécution des services de marche, de sûreté, de bivouac, etc.
Cette organisation paraissait aussi bonne, aussi complète en ressources qu'on pouvait le désirer et de nature; à faire concevoir les meilleures espérances pour le succès de l'entreprise.
Au moment de quitter Ouargift, cependant, le colonel reçut du gouverneur général de l'Algérie, une communication gui dût quelquefois plus tard le faire réfléchir et à laquelle on ne peut s'empêcher de songer avec tristesse, depuis le cruel désastre qui a si subitement interrompu cette courageuse exploration.
M. Féraud, notre consul général à Tripoli, prévenait à la date du 18 novembre, que d'après une lettre du gouverneur de Rhàt, le chef des Touareg Hoggar, AhiUghen, auquel le
colonel avait écrite se montrait fort mal disposé ; il s'était rendu auprès du vieil Ikhenoukhen, chef des Touareg Azdjer, et lui avait vivement reproché d'avoir engagé la mission à revenir.
D'autres renseignements faisaient présager à M. Féraud des troubles prochains chez les Touareg.
Sans se dissimuler la gravité de ces bruits, le lieutenantcolonel ne crut pas devoir s'en préoccuper; ils ne concordaient ni avec ses informations personnelles, ni avec les lettres qu'il avait reçues d'Ahitaghen. Il ne fut pas éloigné de les attribuer à quelques intrigues des marchands du Touât; peut-être à celles des marchands de Rhât et de Ghadamès, qu'il savait hostiles à nos projets d'extension commerciale et il résolut de passer outre, tout en prenant bonne note de ces renseignements.
Le 4 décembre, la caravane quitte Ouarglâ et commence cette seconde exploration qui devait lui être si fatale, en suivant dès le dépari, une route qui n'avait pas encore été relevée par les Européens. Le même jour elle entrait dans le lit de l'Oued Mia.
Les nouvelles reçues depuis cette époque, de nos vaillants explorateurs ont été datées, comme les documents qui les accompagnaient, des gîtes où ils ont fait séjour, savoir :
D'Hassi Inifel, le 17 décembre 1880; d'Hassi Mesegguem, le 6 janvier 1881 ; d'Amguid, dans l'Oued Igharghar, le 19 janvier, par 26 degrés latitude nord et 3 degrés longitude est; enfin d'Inzelman Tikhsin, près de la sebkha ou saline d'Amadghôr, le 29 janvier par 25<>,30' de latitude nord. Ce sont leurs principales étapes et celles qui nous serviront de divisions naturelles pour le récit de leurs excursions.
Une circonstance défavorable, affecta leur départ. Il n'avait pas plu l'automne précédent et le territoire à parcourir n'avait pas reçu une goutte d'eau depuis deux ans. Ce fait météorologique dont il est diflScile de se rendre compte
dans nos climats tempérés, exerce sur les voyages au Sahara une influence considérable, qu'on ne saurait jamais négliger.
De Ouarglâ à Hassi Inifel, la caravane, suivant à peu près la direction sud-sud-OHCst, qui conduite Insalah, ne s'écarta guère de l'Oued Hia, plaine sablonneuse, assez vaste, aux contours souvent indéterminés et bordée à de grandes dislances par des gours. Dès le 6 décembre, elle put confirmer un renseignement que les indigènes lui avaient déjà donné à Ouarglâ. Depuis cette ville, elle n'avait remonté qu'une branche de l'Oued Mia, la principale, qui finit au chott d'Ouarglâ. Une autre branche, qui finit à Hassi el Hadjar, bifurque avec la première à Hassi ben Djedian. a II parait assez vraisemblable, écrit le chef de la mission, qu'on peut considérer comme un delta d'embouchure, le secteur dont le centre serait à Ben Djedian et dont l'arc passerait à Hassi el Hadjar et Ouai^lft. Toutefois les deux branches dont il vient d'être parlé, sont nettement déterminées et les indigènes les distinguent fort bien. »
Les jours suivants, le thalweg de l'oued leur parut encore plus indécis; mais ce qui leur manquait le plus, c'était Veau. Le 9, en eifet, àHassi Djemel, limite extrême de l'excursion de M. Largeau, il fallait faire un court séjour pour renouveler celle des outres, en prévision de six à sept jours de marche sans eau. Selon l'expression arabe, « les puits étaient morts > dans toute la partie de l'Oued Mia, entre Hassi Djemel et Hassi Inifel.
Dans cette région, les gour présentent des arêtes moins vives que dans l'est ; ils forment des ondulations et de vastes vallonnements ; le reg lui-même é^t légèrement ondulé, en sorte qu'au lieu d'être représenté par une plaine sans thalweg apparent, l'Oued Mia peut être figuré par un ensemble de vallées à peu près parallèles^peu sensibles, se confondant parfois, mais assez apparentes pour avoir des noms
distincts. C'est ainsi qu'à 20 kilomètres de Hassi Djemel, à
9t BtfLOlUTlOll mj SlHARà.
Hassi Zmilay ot se trouyent comme le nom Tiodique, de» amas de sable {2mout)f on rencontre deux tallées : la principale, le long du Gour el Anek; l'autre, secondaire, i'Oued Zmila, qui est une sorte d'affluent ; et, entre les deux, formant séparation, une continuation des zmooi pendant 10 ki* lomètres environ, formant cm ikNk6(« dos d'ftne») dereg, dit Gouirat Kahal. Cet Oued Zmila fut remonté le iO décembre jusqu'à la dépression Sebkha Terfala, où il cesse de former un vallonnement distinct.
Sur ce point, la mission put relever par renseignements quelques directions intéressantes.
Celle de Sebkha Terfaïa au point dît Hahboula,à 70 kilomètres au nord-est ;
Celle qui passe à Boukira, à 25 kilomètres environ à l'est et avec une plus forte inclination vers l'est, à Tamesguida;
Celle qui passe à Gharet GhezaI, à 30 kilomètres environ àl'est-sud-est;
Ces renseignements étaient, en outre, contrôlés par des visées queles topographes faisaient vers Test, sur les principaux points de leur voyage, qu'ils apercevaient encore de temps à autre.
AMelagat es Siab, le 11, la mission recueillit sur les directions de l'ouest, des indications, qui méritent aussi d'être signalées. Elle sut qu'à 60 kilomètres vers l'ouest, on rencontrait dans le Hamada Oudian Cheheb, une sebkha dite Malah, qui contient du sel et de l'eau saumàtre. De ce point on se rend en ligne droite à Goleah, par le hamada, en passant à Dhmirat Meriem, Dhmirat el hanna, Areg Gbanem, Mechkarden, et GourOuarglà.
On peut encore se rendre directement de Sebkha Malah à Hassi Zirara, par Areg Talemout, El Begrat, Er Hich, Zmila Berkaoui, Bou-ali, Saadan, Zirara.
De Zirara à Goleah, on indique comme ttinérahre : Areg Mezrag, Gar el belda, Amoud, Gada, Bouksikis, Anteg et Goleah.
EXPLORATION DU SAHAtlA. 83
Peu à peu, à mesure qu'elle s'avançait vers le sud, la mission voyait se transformer l'Oued Mia, qui était en réalité l'objet de ses études. D'abord indéterminée, présentant plus tard sur un seul de ses bords des contours appréciables, la plaine finit par offrir, au delà de Recbag el Itel, l'aspect d'un véritable lit de rivière, marqué, il est vrai, par des dunes de sable confuses et assez difficiles, mais à berges bien accentuées, comme cela n'avait pas encore eu lieu.
Il résulte des observations faites sur la topographie de cet oued, que pour se rendre d'Ouarglâ à Insalab, on rencontre dans son thalweg, sur une centaine de kilomètres, au sud de Recbag el Itel, des difficultés réelles. Ainsi, au confluent de la branche du Khechaba, que la caravane atteignit le 12 décembre, l'Oued Mia est, paratt-il, tout à fait barré, non seulement par l'amoncellement des dunes qui encombrent son lit, mais encore par une chaîne qui suit la rive droite du Kechaba et par une autre qui suit la rive gauche du Tinef Djaouin. C'est un passage que Flatters a indiqué comme difficile et confus, ne pouvant être tourné qu'à grande distance, soit au nord -ouest par Hassi Malah, à 30 kilomètres environ; soit au sud-est un peu avant Tinef Djaouin, qui est à 40 kilomètres environ. Du reste, les indigènes eux-mêmes signalaient la région entre Rechag el Itel et Sedjerat Touila, comme la plus déshéritée de l'Oued Mia. C'est à 15 kilomètres de Sedjerat Touila que le colonel place le bouquet de trembles (safsaf) déjà sigtialé par M. H. Duveyrier, comme formant la ceinture d'un ghedir permanent de plusieurs mois, après les pluies.
C'est encore dans ce trajet que la mission eut l'occasion de recueillir un itinéraire par renseignements entre Rechag el Itel, Mesegguem El Biodh.
Pour le premier, de Rechag el Itel à Mesegguem, la route indiquée passe par Hamad el Achan, Tinedjaouin, Gherid el agreb, Zmal el Archa, Mogtela, Gherid bou Lahia, Takoumsit, Msied {tilmas ou petits ghedirs où l'eau reste
jusqu'à trois ans après les pluies), Tinkount(tilmas), Dayat en Nadja, Dayat ef feras, Dayat chieb, Dayat bon Lekhal, Roknàt ed diba, Oued Tinersal (ghedir), Djeraîrtn, Oued Djokran (oued large, ghedir), Oudei Oubardi, Oued Ghalga, Oued Itlou, Oued Hassani, Oued Imgharghar (large oued), Oudian Sebbat (affluent du précédent), Oued Sodf, Oued Alenda (affluent du précédent), Oued Aou louggui (eau à peu près permanente), Mesegguem.
Tous ces oueds vieunent du sud-ouest et finissent dans Terg, à TOudje ouest.
De Mesegguem à El Biodb, on se trouve sur la route d'Insalah à Ghadamès, à l'ouest de l'Oued Souf ; on passe à Oudian chouikh, Oued el Abed, Oued ed Daïat ben Abbou, Menkeb retem, Feidj El moghania, Dra Allai et El Biodb.
Le 16 décembre, après un voyage des plus pénibles dans cette plaine aride où les puits morts sont plus nombreux que les points d'eau, la caravane vint camper dans l'Oued Mia, au Hassi Inifel, à côté de la Kouba Sidi Abdelhakem, nom d'un marabout renommé qui y mourut il y a près de quatre-vingts ans.
Inifel^ où la mission séjourna, est le point de croisement de plusieurs directions. Celle de l'ouest conduit à Dra Saret, bande de dunes qui marque la place d'un lit d'oued, l'Oued Saret, à 15 kilomètres environ.
L'Oued Mia proprement dit continue, parait-il, en amont, dans la direction de l'ouest-sud-ouest par Tilmas el beguem, Mechra Ennsa, Mechra el abiodh, Mecbra el aten, Metlag Chebaba, Tildjeraat, Metlag Aoulo Fuggui, Djelguem, Miatnekhal Ferkna, Nziman, Hamdi, Broughen, Gouirat ed diab, Hassi Mongar, El Djeddiad et Zaouïa Kahla, qui n'est autre qu'Insalah.
C'est à Hassi Inifel, que la direction d'In salah quitte l'Oued Mia pour aller droit au sud-ouest, en passant par Mekiem el Gfoul, qui marque à 4 kilomètres, le confluent encombré de gour et de dunes de l'Oued Meseddeli, avec l'Oued Mia.
Gel Oued Meseddeli n'est que la continuation de i'Oued Insokki * ; il est suivi par les voyageurs qui vont à Insalah en s'arrêtant à une série de gîtes, que la mission eul également soin de noter.
Elle releva de môme, par renseignements, les itinéraires de Insokki à Mesegguem; de Inifel à Goleah, qui est à 120 kilomètres sud-sud-est ; et de Goleah à Insalah, en ligne directe.
En somme, le voyage depuis Ouarglà s'était effectué dans une région aride, sans ressources, d'un parcours souvent facile peut-être, mais offrant de sérieuses difficultés pratiques et ayant enfin le défaut d'avoir très peu d'eau. Rien ne saurait en donner une idée plus juste que l'extrait suivant d'une lettre écrite d'Inifel, le 17 décembre, par le chef de la mission, à madame Flatters :
Je vous écris d'Hassi Inifel, à 120 kilomètres au sud de Goleah, à 330 kilomètres au sud-ouest d'Ouarglâ, sur l'Oued Mia, soit à mi-chemin d'Ouarglâ à Insalah. Nous avons fait 650 kilomètres en caravane depuis Laghouat et nous sommes à la limite extrême sud de l'Algérie, si même nous ne l'avons pas dépassée ; car, dans le Sahara, il est bien difficile de déterminer des limites à 100 kilomètres près. L'exploration marche bien et elle s'exerce, depuis 200 kilomètres environ, sur un pays qui n'a encore été visité par aucun Européen. Mais quel affreux pays! Sept et huit jours consécutifs sans eaul Et, quand on arrive à un puits, il faut le déboucher et y travailler pendant des heures, pour parvenir à faire boire bêtes et gens I La nécessité de trouver des points d'eau, nous entraîne plus à l'ouest que je ne supposais ; mais c'est plutôt un bien qu'un mal, car nous complétons ainsi la carte, restée absolument inconnue de ce côté ; et la recherche du chemin de fer gagne beaucoup aux zigzags auxquels nous sommes obligés.