SÉJOUR A PARIS
Rentrée à Paris. — Réunion de la Commission supérieure. — Compte rendu des premiers travaux. — Résumé par le lieutenantrcolonel FlaVters des résultats obtenus. — Reprise de Texploration.
Un mois après, nous relrouvons les membres de la première exploration à Paris, où ils sont venus rendre compte de leurs travaux. M. Varroy, alors Ministre des Travaux puhlicsy réunit la Commission supérieure le 16 juin, pour remercier, au nom du Gouvernement, au nom de la France, les chefs de mission et leurs collaborateurs, de l'ardeur, de rénergie et du dévouement qu'ils avaient apportés dans l'accomplissement de leur tÂche; ensuite ppur recevoir communication des résultats obtenus.
Quand son tour fut venu, le lieutenant-colonel Flattera lut une note qui résumait en quelques mots les principaux incidents de son voyage.
Puis il énuméra dans les termes suiyaQts, au point de vue technique, les travaux accomplis :
« Exploration complète de la région de l'erg ou grandes dunes, au sud d'Ouarglft; découverte d'un large passage, par lequel une voie ferrée peut franchir l'erg en ligne droite, sur un terrain ferme et plat, fond de ballast, sans avoir à surmonter un seul instant l'obstacle des sables; eau facile à trouver partout, en forant des puits dont le maximum de profondeur ne parait pas devoir dépasser 15 mètres; possibilité d'établir la voie sans aucune difQculté jusqu'à plus de 1000 kilomètres sud d'Ouarglâ, par le gassi, le Aamada (plateau rocheux) et le reg (gravier fin très ferme); ... détermination de l'ensemble des points de Tahohait, à la pointe ouest du plateau dit des Azdjer, bien que cette partie soit aux Hoggar; Tahohait commandant l'ighaighar, l'Oued Tedjert; communication de l'Igharghar avec la plaine d'Amadghôr et la voie dlnsalah à Rhât; reconnaissance du système de l'Oued Igharghar qui, grâce à l'élasticité donnée, dans le sud, au mot arabe coued» (rivière, vallée), est bien loin de représenter une vallée avec thalweg, comme on l'avait généralement supposé jusqu'ici; carte exécutée de la plus grande partie du pays des Touareg Azdjer et d'une bande de terrain d'environ 100 kilomètres de largeur moyenne, au sud d'Ouarglâ (32°) jusqu'au 26* degré; carte par renseignements précis et dûment contrôlés de nom* breuses lignes à l'ouest dans le Hoggar et vers le Touât ; géologie, hydrologie, zoologie, botanique, etc., des contrées traversées.
> Au point de vue politique : définition exacte de la situation des Touareg Azdjer et Hoggar, de celle de Rhât et des Azdjer vis-à-vis le gouvernement turc de Tripoli; statistiques de toute nature, et surtout précédent établi d'une mission française nombreuse, allant pacifiquement explorer le pays et parfaitement accueillie des indigènes mis en fête pour la recevoir; le territoire des Azdjer en quelque
sorte ouvert^ et presque certitude de pouvoir nous entendre avec un chef réellement influent du Hoggar, pour suivre tel autre itinéraire que nous désirerions vers le Soudauy en nous créant des relations définitives solides dans toutes les régions du Sahara central. »
Un éloge de tous les chefs de service de la mission et des remercîments chaleureux à tous ses collaborateurs pour leur concours dévoué^ terminaient ce résumé^ dans lequel on retrouve à chaque instant des témoignages de cette foi ardente qui l'animait et qui l'aurait conduit au succès, sans une de ces catastrophes imprévues qui déjouent souvent les plus habiles combinaisons.
Enfin il concluait à la reprise de l'exploration au mois d'octobre, sur la ligne droite du Hoggar par El Biodh, righarghar, Amguid et Tahohait, et demandait, à cet effet, un crédit double de celui de la première expédition qui avait coûté environ 155 000 francs.
Dans celte séance, le lieutenant-colonel fut conduit à donner à la commission de nouveaux développements sur l'importance de la saline d'Amadghôr, sur les moyens de rétablir son exploitation, sur l'exactitude qu'on peut attribuer aux renseignements des indigènes quand ils sont contrôlés, enfin sur l'eau qu'il assurait exister au Sahara en une foule de points, où il fallait seulement savoir la trouver.
La Commission supérieure parut très satisfaite des travaux de la mission et des explications détaillées que son chef venait de lui donner. Elle lui en exprima publiquement ses remercîments, et saisit aussitôt les sous-commissions, <les rapports qui les concernaient. L'examen auquel elles se livrèrent, fut également favorable, et le lieutenant-colonel Flalters, ainsi que ses collaborateurs eurent alors, pendant leur court séjour en France, cette satisfaction intime de voir leur zèle, leurs études, leurs efforts, appréciés et encouragés par le pays tout entier. Pour des hommes généreux et dévoués, nulle récompense ne pouvait leur
être plus chère; elle devait suffire à les reposer de leurs fatigues et à ranimer leur ardeur pour de nouvelles entreprises. £n résumé, la première exploration avait démontré l'existence, & partir de Biskra, d'un passage à peu près libre de dunes, suffisamment pourvu d'eau et se prêtant par conséquent aux projets d'études entrepris par le Ministère des Travaux publics, en vue de l'établissement d'une voie ferrée. Ces considérations décidèrent la première et la troisième sous-commission à émettre l'avis que l'exploration devait être continuée. La^uatrième adopta des conclusions semblables et formula même un programme d*après lequel la nouvelle expédition devait être commencée à bref délai, autant que possible dès le mois d'octobre, les crédits nécessaires pouvant être demandés d'urgence aux Chambres.
Une seconde réunion de la Commission supérieure eut lieu le 28 juin 1880, pour la communication de ces projets. Là, ils ne rencontrèrent pas une approbation aussi formelle, et divers membres, d'une compétence éclairée, désapprouvèrent, même avec une certaine énergie, la reprise de l'exploration. Elle fut cependant décidée, et la majorité crut devoir en préciser le but spécial en engageant son chef à suivre une direction plus centrale que la première et à comprendre dans son itinéraire A mguidTahohait et le Hoggar; enfin elle devait s'efforcer d'obtenir le concours du cheikh du Hoggar, Ahitaghen, et des chefs des autres tribus.
C'était en réalité l'adoption des idées personnelles du lieutenant-colonel Flatters. Aussi, encouragé par ce succès, par l'accueil flatteur qu'il avait reçu, par le sentiment de la valeur de son œuvre, stimulé par le désir de faire mieux encore, il se remit aussitôt au travail et prépara même un avant-projet de chemin de fer sur 610 kilomètres au sud d'Ouarglâ, avec des rapports détaillés à l'appui. Il s'occupa en même temps de constituer le personnel de sa seconde mission et de rassembler tous les éléments qui lui seraient nécessaires.
SECONDE EXPLORATION. DE OUARGLÀ. A HASSI MESEGGUEM.
Départ de Paris. — Arrivée à Ouarglft. — Organisation de la seconde mission. — Départ de Ouargià. — L*Oued Mia. — Itinéraire par renseignements. — Hassi Inifel. — Correspondances des membres de la mission. — Départ d*Inifel. — L'Oued Meseddeli. — L*Oued Insokki. — Rencontre d*indigènes. — Envoi d*im émissaire à Ahitaghen. — fié* gion du Mader. — Arrivée au Hassi Mesegguem. — Rencontre d*mie caravane. — Commerce d'Insalah. ^ Note géologique. — Plateau de Tademaît.
Au mois d'octobre 1880, conformément au désir exprimé par la commission, tout était prêt, etFlatters quitta pour la seconde fois la France, avec un personnel renouvelé, pour se rendre à Laghouat, où il devait retrouver une partie de ses chameaux et attendre le matériel qu'on lai avait expédié d'Alger.
Les circonstances lui imposèrent un séjour assez long dans ce poste avancé, où malgré les impatiences que lui causèrent des retards forcés, nous le voyons à cette époque, plein d'ardeur et de foi dans le succès de sa future exploration* Une lettre qu'il écrivit le 4 novembre au regretté président de la Société de Géographie, M. l'amiral de La Roncière le Noury, et que nous devons à la gracieuse obligeance de madame l'amiraie de La Roncière, nous peint fidèlement, avec une sorte de « d'humour » et d'enthousiasme, les sentiments qui l'agitaient :
c J'ai dû partir presque subitement pour Alger, ob arrivait une députation^de Touareg qui venait me chercher. C'est vous dire que les résultats de notre premier voyage se confirment complètement, et que sauf incident, le pays nous est ouvert pour le passage de la mission. J'ai reçu, d'autre part, des lettres très favorables du chef des Hoggar, Ahitagben et du chef des Azgars, Ikhenoukhen : et nous
ms pleins de confiance, comptant qae jusqu'au troe au moins, nous n'aurons pas d'autres difficultés à lonter que celles de la fatigue du voyage.
Lu-delày chez les TouAreg du sud, tout dépendra des nstances. Je n'ai que des renseignements assez es; mais malgré quelques batailles que me signale ighen entre les tribus limitrophes du Soudan, j'espère Qous trouverons où passer sans encombre. Dans tous îs, il ne dépendra pas de nous que la carte se raccourdans un sens ou dans l'autre. Je compte au départ arglâ, pousser au sud-ouest, atteindre le méridien iental, et le suivre droit au sud, par le haut Igharghar ihohait, sur la saline d'Amadghôr. Si les bonnes )sitions des Touareg se maintiennent, comme je crois oir l'espérer, j'explorerai sur plusieurs lignes : le gros caravane allant lentement par l'une, une exploration « que je dirigerai le plus souvent moi*même, allant lement en voltes, par les autres. Notre itinéraire prinau départ d'Ouarglâ a le mérite de n'avoir jamais été 3uru par aucun voyageur européen ; nous ne risquons lettre le pied sur une trace d'explorateur, qu'en franant vers Mesegguem, la ligne d'Insalah à Ghadamès, 3urue par Gérard Rohlfs, perpendiculairement à celle nous suivons.
?our compléter le réseau des études, je pense à faire volte à l'ouest, qui reliera Goleah à notre itinéraire par gguem et une autre beaucoup plus loin à l'est pour relos lignes du premier voyage. Sans pouvoir affirmer que ne laisserons rien en doute d'un côté ou de l'autre, je d néanmoins arriver à établir des documents également essants, pour les partisans des tracés sur le centre du
lan et pour ceux de la voie sur le coude du Niger
( faisons de la géographie en suivant le terrain de près le du chemin de fer, et, de cette manière, nous arrivepeut-être à satisfaire tout le monde. »
Ici se place une demande pour faire partie de la Société de géographie de Paris, à laquelle le chef de la mission € aurait été heureux de pouvoir envoyer, en qualité de membre, des communications qui pourront l'intéresser. >» (( Je vous serai bien reconnaissant, dit-il & l'amiral, de l'honneur que vous voudrez me faire en m'admettant. Je compte partir de Laghouat, du 12 au 15 de ce mois; nos bagages venant de France, sont restés en détresse sur l'abominable route d'Alger; mais ils vont enfin arriver, et de là, la cause de notre retard qui est d'environ 15 jours. Les routes d'Algérie sont affreuses dès que l'on sort du Tell. Les Algériens feraient mieux de les améliorer que de perdre leur temps à se disputer, pour savoir quelle province aura la tète du chemin de fer transsaharien. Il est certainement plus facile d'aller à chameau de Laghouat à Timbouktou, qu'en voiture de Médéah à Laghouat »
Quinze jours après, le 18 novembre, le convoi étant enfin à peu près au complet et les membres de l'exploration rassemblés, on put se mettre en route sur Ouarglâ, en suivant la voie ordinaire, indiquée sur le tableau ci-après.
GITES