Voy. la carte ci-jointc
derniers moments, un drame sans précédents, qui suffirait à perpétuer leurs noms, si leurs vaillants efforts et leurs travaux n'étaient restés comme les témoins de leur courage, et comme un titre à l'immortalité.
Dans l'œuvre qu'ils poursuivaient, une partie, la plus intéressante peut-être, appartient aux sciences géographiques.
Pionniers avancés de la civilisation et des intérêts de la France, ils marchaient vers le Soudan, cette source de richesses du continent africain, à la recherche des anciennes routes commerciales qui le reliaient à l'Algérie, étudiant à la fois les ressources du sol, la configuration do sa surf ace, et les conditions de la vie dans ces lointaines et difficiles régions. C'est cette œuvre qu'il importe de connaître aujourd'hui. Si elle a été arrêtée par des mains meurtrières, elle n'en a pas moins été presque achevée par nos généreux explorateurs et les résultats qu'ils ont obtenus nous montrent que, malgré la désolation de ces contrées, malgré la sauvage cruauté de ses habitants, il y a de ce c6té une mission qui est dévolue à notre pays et, à un point de vue même purement scientifique, un honneur à conquérir. Les noms de Flatters et de ses compagnons grossiront désormais, il est vrai, la liste, hélas ! trop longue, des victimes que la science et le progrès comptent déjà sur le sol africain; mais à l'avenir la route est indiquée et, quoique leurs ossements en marquent les étapes, on sait que le succès est possible. Les hommes que la passion du bien et l'amour de la gloire entraînent vers les grandes entreprises, ne se laisseront pas arrêter par un malheur, dont les causes premières, le fanatisme et les circonstances politiques, sont destinées à s'effacer ou à disparaître.
Il appartenait à la Société do Géographie de faire connaître les résultats scientifiques déjà considérables, que la double exploration du colonel Flatters a rapportés. En entreprenant cette tâche, elle a lent in e nt d e vulgariser des notions encore ignorées du public et de contribuer à
rendre aux hommes vaillants qui se sont sacrifiés pour l'honneur de la France et des sciences géographiques» Fhommage éclatant que réclame leur mémoire.
Premiers projets pour la mise en communication , par voie ferrée, de TAlgérie et du Sénégal avec l'intérieur de la Migritie. — Création de la Commission supérieure. — - Projets de ligne. — Missions d'exploration.
Dans ces dernières années, les récits des nombreux voyageurs qui ont parcouru le continent africain, avaient fait naître en France un courant d'opinion favorable à de nou velles explorations et à l'étude de futures voies ferrées. Déjà depuis 1875, on s'était préoccupé des ressources du Soudan et des moyens de leur ouvrir des débouchés vers nos possessions. Frappé de ces tendances et poussé par cet esprit d'initiative qui a si souvent conduit les hommes aux grandes découvertes, un ministre distingué, alors à la tète de nos travaux publics, M. de Freycinct, crut devoir, au commencement du mois de mai 1879, charger une commission d'ingénieurs, d'examiner les moyens de relier l'Algérie au Soudan par un chemin de fer. Un mois après, cette commission lui remettait son rapport. Elle concluait à l'étude immédiate d'un avant-projet de chemin de fer entre Biskra et Ouarglâ, sur un parcours de 300 kilomètres et à des explorations individuelles au delà d'Ouarglâ, vers le Niger^ en suivant les directions possibles.
Son avis, corroboré par l'opinion extrêmement favorable de deux commissions parlementaires, fut l'objet d'un rapport du Ministre au Président de la République et amena la nomination d'une Commission supérieure. Des personnalités choisies dans les deux Chambres, dans les ministères compétents, en Algérie et dans le sein de la Société de Géographie, furent chargés de la composer, et dix jours, après la signature du rapport, le 21 juillet 1879| elle entrait
on séance. Parmi ses membres, se trouvait notre collègue M. Duveyrier, dont la compélcnce sur toutes les questions sahariennes exerça, dès le début, une influence justement remarquée. — Le lieutenant-colonel Flatters, que son long séjour en Algérie, son titre d'ancien commandant supérieur de Lagbouat et ses relations personnelles avec les tribus du Sahara, désignaient tout d'abord, fut également appelé à en faire partie, comme délégué du Ministère de la Guerre.
Il est curieux de constater aujourd'hui la faveur dont jouit dès la première séance, au sein de la Commission supérieure, l'idée d'une exploration dans le Sahara central. Cette observation ne servira qu'à rehausser le mérite des voyageurs que nous avons perdus et h montrer que la question, après avoir lait, grâce à eux, un pas considérable, reste encore entière avec son intérêt, ses espérances et son avenir.
Dans une note remise à la Commission par M. de Lesseps, M. Henri Duveyrier s'exprimait ainsi :
(( Ce sera une excellente chose que la France fasse un chemin de fer d'Alger à Ouarglâ. Ouarglâ était, il y a deux ou trois cents ans, le grand entrepôt des marchandises de laNigritie, et les événements politiques qui ont détourné vers Tripoli et Tanger, le commerce des caravanes des pays Haousa et de Timbouktou, n'ont plus aujourd'hui l'influence qui fut préjudiciable à la prospérité de Ouarglâ. Les Turcs ne peuvent plus rançonner les marchands en Algérie, où nous maintenons au contraire la sécurité des routes. La révolution qui a eu pour résultat la scission du royaume des Touareg du nord, en deux confédérations, celle des Azdjer à l'est, et celle des Ahaggar ^ à l'ouest, est depuis longtemps un fait accompli, et les guerres civiles qui ont bouleversé le pays des Azdjer pendant ces dernières années, ont cessé, espérons-le, dételle sorte qu'il me parait possible de com-
1. Azdjer et Ahaggar sont les noms Touareg, auxquels correspondent en arabe les noms Azgar et Hoggar.
mencer ane campagae, pour rendre à l'Algérie sa part du commerce de l'Afrique intérieure.
> Avant de tracer un chemin de fer dans le Sahara^ au sud de Ouarglà, il y a, pour nous, une œuvre à entreprendre et cette œuvre doit être à la fois commerciale et politique.
» Son but sera de rétablir le courant des caravanes marchandes du vieux temps : sur les lignes de Ouarglâà Zinder^ Kano et Katsena (pays Haousa) et de Ouarglà à Timbouktou, vers le Dhioli-ba ou Niger. Ces deux lignes sont indi* quées sur ma carte du Sahara central, publiée en 1864, dans les Toudreg du nord. Elles courent ensemble de Ouarglà à Aghellàchem, où elles se bifurquent ; la route du Niger, qui passait par Timissaoet qui aboutissait autrefois à la ville de G6gô, devrait maintenant aller sur Timbouktou; l'ancienne route des pays Haousa ou du Soudan proprement dit, passait par la ville d'Agadez et la sebkha d'Amadghôr, mine inépuisable de sel gemme que j'ai tracée sur ma carte à l'est du Ahaggar. »
M. Louis Say, qui avait fait depuis peu une intéressante exploration au sud de Ouarglà, disait à son tour : a L'Oued Rir est destiné à faire pénétrer la civilisation dans le désert. Les Touareg viennent amener à Tougourt des autruches et deviennent chasseurs. Tougourt, au centre des trois aghalick du sud, prend une importance considérable. Ouarglà est la base de tous les travaux dans le sud, etc. » £n résumé, dès la première séance, on nomma quatre souscommissions, qui se mirent aussitôt à l'œuvre :
La première était chargée de Tétude du Soudan et du Sahara, aux points de vue géologique, orographique, commercial, économique, etc.
La deuxième était chargée des questions techniques.
La troisième dontM.Flatters fit partie, devait étudier les explorations; et la quatrième, les questions internationales.
Dix jours après, M. l'ingénieur en chef Fournie, alors directeur de la construction des chemins de fer au Ministère
des Travaux publics, nommé rapporteur de la première souscommission, rendait compte à la commission supérieure, des conclusions adoptées par son groupe. Elles comprenaient cinq projets de lignes ferrées, savoir :
1* Une ligne se soudant à Magenta, au réseau algérien (ligne de Tlélat à Sidi-bel-Abbès et à Magenta, par la vallée de la Mékerra). Elle devait remonter la vallée de la Mékerra jusqu'à Ras-el-Ma, passer entre les chotts de Touest et de l'est, et, longeant du c6té algérien la frontière du Maroc, rejoindre l'Oued Guir, en un point qui restait à déterminer. Elle suivrait la ligne des oasis du Gourara et du Tonât;
^o Une ligne se soudant à Tiaret, au réseau algérien classé (ligne de Relizane à Tiaret). Elle devait passer à l'est du cbott El-Chergui vers Ketifa, laisser Géryville à l'ouest, gagner El-Mala, l'Oued Zergoun, l'Oued Loua, Goléah et enfin les oasis du Touât ;
S"" Une ligne, allant d'Affreville au Touftt par Boghar, Lagbouat, El-Maïaet Goléah;
4« Une ligne de Biskra à Tougourt et Ouarglâ, gagnant ensuite Goléah et le Touât ;
5* Une ligne passant par Biskra, Tougourt, OuargU et Timassinine.
Après avoir examiné ces projets, la Commission se réunit de nouveau le 27 octobre, pour délibérer sur un commencement d'exécution. Le rapport adressé au Ministre des Travaux publics sur les propositions des diverses commissions, démontrait la nécessité d'organiser dès ce moment, une série d'études et d'explorations divisées en trois catégories. La troisième catégorie comprenait c une exploration avec escorte indigène, d'Ouarglâ vers Timassinine, le haut Igbarghar jusqu'à Idelès et au delà, s'il était possible. Cette caravane se mettrait en relations avec les chefs des Touftreg, et chercherait à obtenir leur appui ».
C'était, en germe, le programme de la première mission Flatters.
Ce fut en effet, dans cette séance, que M. le Ministre des Travaux publics fit connaître le projet présenté à la troisième sous-commission, par le lieutenant-colonel Flatters. Modifié une première fois, il se résumait définitivement en une exploration d'un caractère entièrement pacifique, qu'il s'offrait à diriger de l'Algérie vers le sud, entre le Niger et le lac Tchad, aussi loin que possible. Le Ministre le signala à l'attention particulière de la Commission, ajoutant qu'en tout cas, la mission ne se mettrait en route que lorsque le département des Affaires étrangères se serait concerté, dans la mesure du possible, avec les chefs touareg, de manière à les prévenir de son caractère pacifique.
Dès ce moment, la mission du regretté colonel était décidée. Lui-même en fit valoir les avantages, avec cette conviction ardente qui fut toujours le cachet de sa généreuse nature.
€ Étant commandant supérieur du cercle de Laghouat, disait-il alors, j'ai eu à établir des mémoires officiels sur les relations du Sahara et du Soudan avec l'Algérie. Â la suite des études auxquelles j'ai dû me livrer à ce sujet, j'ai acquis la conviction que le mode d'exploration que je propose, présente des chances sérieuses de réussite.... Lors de mon dernier voyage à Ouarglâ, au mois de janvier dernier, étant encore commandant supérieur, des Chambâs qui ont une grande influence dans le pajrs, m'ont proposé de me conduire chez les Touflreg, et ma personnalité ne leur a paru soulever aucune objection particulière. »
Plus loin, afin de donner à la Commission toutes les garanties possibles sur ses intentions pacifiques, il s'exprimait ainsi :
ce Je ferai tout au monde pour ne pas être attaqué ; je ne prendrai simplement que des mesures de sécurité et de défense. Il ne s'agit que de se défendre « contre des pillards touareg qui, en bandes d'une centaine d'hommes, s'en vont en harkalf comme on dit dans le pays. Cela ne nous em-
pécherait pas de nous présenter pacifiquement, de faire des cadeaux aux chefs touareg; d'acheter le concours des uns, la neutralité des autres; de tâcher de faire naître l'intérêt pour le chemin de fer en démontrant ses avantages; de bien préciser que nous n'entendons pas nous annexer le pays; de rétrécir notre zone d'action, plutôt que de nous exposer à une résistance insurmontable, quand nous ne pourrons obtenir le passage de bon gré. »
Telle était la pensée simple, pratique et avant tout humanitaire, qui précisait, dans Tesprit de Flatters, le programme de son entreprise. Il réussit à faire partager sa conviction à ses collègues et l'organisation de son voyage fut votée séance tenante.
Quelques jours plus tard, le 7 novembre, M. le Ministre des Travaux publics, en lui confiant sa mission, la définissait en ces termes :
« J'ai l'honneur de vous informer 'que, conformément à l'avis de la Commission supérieure instituée pour l'étude des questions relatives à la mise en communication par voie ferrée, de l'Algérie avec l'intérieur du Soudan, je vous charge de diriger une exploration avec escorte indigène, pour rechercher un tracé devant aboutir dans le Soudan, entre le Niger et le lac Tchad.
» Vous aurez à vous mettre en relation avec les chefs des Touareg et à chercher à obtenir leur appui.
» Je vous invite à me faire connaître dans le plus bref délai, les bases d'organisation de Texpédition dont il s'agit, de manière à lui conserver un caractère essentiellement pacifique, ce qui est la condition sine qua non^ de la mission. ))
Des instructions avaient été préparées par les soins de la troisième sous-commission. Mais M. de Freycinet ne voulant pas lier l'explorateur par un texte impératif, lui écrivit le 13 décembre :
€ J'ai l'honneur de vous adresser, à titre de renseigne-
EXPLORATION DU SAHARA. il
ments, les instructions rédigées par la troisième sous-commission. L'incertitude oh l'on est jusqu'à présent au sujet des régions à explorer, et qui justifie précisément la mission qui vous est confiée, ne permet pas d'apprécier exactement dès à présent, la valeur des indications géographiques ou techniques, contenues dans ce document.
» II vous appartiendra de discerner, au cours de votre voyage, le parti qu'il vous sera possible de tirer des conseils donnés par la troisième sous-commission, d'après les hjrpothèses les plus vraisemblables. »
Cette largeur de vues du Ministre qui avait eu l'initiative de l'entreprise, était pour le colonel Flalters un nouveau sujet d'encouragement. Ayant reçu d'autre part l'approbation officielle de son chef direct, le Ministre de la Guerre, il ne lui restait plus qu'à choisir ses collaborateurs et à attendre le vote parlementaire des crédits qu'exigeait sa mission.
Ctfinposition de la première mission d'exploration du lieutcnant>colonel Flatters. — Répartition des services. — Mise en route du personnel. — Voyage de Paris à Tougourt.
A la fin de décembre 1879, tout était prêt et la première mission d'exploration du Sahara était constituée, sous le rapport du personnel et de la répartition des services, de la façon suivante :
4* Chef de la mission : M. le lieutenant-colonel Flatters.
2*^ Commandant en second, service de marche, relations politiques, cartes par renseignements : M. Masson, capitaine du service d'état-major, auquel étaient adjoints :
MM. Bernard, capitaine d'artillerie;
Le Chatelier, sous-lieu tenant au i" régiment de tirailleurs algériens, adjoint au bureau arabe de Bousâada; Brosselardy sous-lieutenant au 4* de ligne.
Ces trois derniers officiers ne firent pas partie, plus tard, de la seconde exploration.
S"" Service géodésique, météorologique, recherche d'un tracé de Toie ferrée :
M. Béringer^ ingénieur au cadre auxiliaire des travaux de rÉtat. Il avait pour adjoints :
MM. Cabaillot, conducteur des ponts et chaussées; Rabourdin^ chef de section du cadre auxiliaire des travaux de l'État
Tous deux ne devaient pas non plus faire partie de la seconde mission.
4« Service géologique et hydrologique :
M. Roche^ ingénieur au corps des mines.
5** Service médical, zoologie, botanique :
M. le docteur Guiard, médecin aide-major de première classe au 2* régiment de zouaves.
En tout, dix membres choisis dans le personnel des employés de rÉtat et comptant :
5 officiers,
2 ingénieurs,
2 agents des travaux publics,
1 médecin militaire.
Pendant toute cette période de préparation, dans laquelle Flatters eut d'abord à faire triompher ses idées, à déterminer son programme, à fixer la limite de ses itinéraires, à achever enfin l'organisation de son expédition, il fut puissamment aidé par l'administration centrale des travaux publics. Elle avait alors à la tête du service de la construction des chemins de fer, un homme généreux, à Tesprit distingué, aux conceptions larges, au travail intelligent et facile, M. Fournie, ingénieur en chef des ponts et chaussées, aujourd'hui en retraite, dont le sympathique concours fut acquis dès le début aux efforts du chef de la mission. Plus particulièrement chargé de veiller à la réalisation des décisions du Ministre, en tout oe qui concernait l'explora-
lion saharienne, il eut riniiiatiye de la plupart des instructions transmises au lieutenant-colonel Flatters et des mesures de détail qui l'intéressaient. Déjà lié avec quelques-uns des membres de la mission, il devint bientôt leur ami, et, dans les heures de découragement qui marquèrent certains moments de ces périlleux voyages, il sut être leur appui et leur soutien. Une large part doit donc lui revenir dans le mérite des conceptions, dans l'accomplissement des deux explorations et dans les résultats que la géographie enregistre aujourd'hui.
Grâce à lui et à l'activité de Flatters, dès les premiers jours de janvier 1880, le personnel de la première mission ayant complété son matériel, était prêt à se mettre en route.
Nos explorateurs quittèrent Paris, pleins d'entrain et d'espoir, le 7 du même mois.
A Marseille, deux jours après, ils reçurent de M. le général Saussier, alors commandant du 19^ corps d'armée, l'accueil le plus sympathique et arrivèrent le 12 à Alger, où M. le gouverneur général et M. le secrétaire général du gouvernement, voulurent leur témoigner à leur tour les meilleurs encouragements.
Cependant, ils ne firent que passer; leur temps était compté; le 14, ils s'embarquaient pour Philippeville, et arrivaient le 20 à Constantine, où M. le général commandant la division mettait à leur disposition, tous les moyens dont il disposait. Après avoir complété quelques achats de matériel, ils forment leur convoi de marche qui part le 25 pour Biskra, sous la conduite du capitaine Masson. Les bagages étaient chargés sur des voitures du train des équipages et sur des voitures louées ; une escorte de 8 chasseurs d'Afrique accompagnait le convoi. Le colonel Flatters et les chefs de service prirent la voiture publique, qui les débarqua à Biskra, le 31. Le convoi les rejoignit le lendemain.
C'est dans cette ville, située sur la limite nord des régions sahariennes, que devait commencer l'organisation de la caravane. Il fallut, pour le transport du matériel, louer des chameaux qui devaient aller jusqu'à Tougourt. Là, il était convenu qu'on les remplacerait par d'autres qui se rendraient à Ouarglâ, oîi Ton se procurerait enfin par voie d'achat ou de location, les bêtes de somme destinées à suivre définitivement l'expédition.
Le personnel subalterne fut également choisi. Le chef de la mission lit mettre à sa disposition : 12 soldats du 3* bataillon d'infanterie légère d'Afrique, qui devaient servir d'ordonnances pendant la durée du voyage, et 10 spahis d'escorte, qui devaient être remplacés en route. Il s'adjoignit en outre :
Un employé civil, comme cuisinier, et 7 indigènes, Arabes du Sud, comme hommes de service.
Le 7 février 1880, jour de son départ de Biskra pour Tougourt, la mission comprenait un total de quarante per-» sonnes, et son itinéraire fut fixé comme il suit :
Le 7 à Saada.
Le 8 — Ghcgga.
Le 9 — Oum el ThiouU
Le 10 — Mraicr.
Le 1 1 — Nza ben Rzig.
Le 12 — Tamcrna.
Le 13 — Chaînera*
Le 14 — Tougourt.
Le levé de Titinéraire et les observations furent immédiatement commencés; c'était une préparation au travail de l'exploration proprement dite.
A Tougourt, l'expérience acquise pendant les huit premiers jours de marche, conseilla quelques changements dans la constitution de la caravane. Il fallut louer d'autres chameaux, renvoyer 3 hommes du bataillon d'Afrique qui étaient insuffisants et un indigène qui n'étiiit propre à rien ;
vendre 3 chevaux hors d'état de marcher et recruter huit nouyeaux indigènes, à titre de cliameliers. Pour être au complet, il manquait encore à la mission son escorte définitive, quelques chameliers à prendre à Ouarglà et les derniers chameaux destinés à l'exploration dans le Sud.
Les ressources locales laissèrent aussi à désirer. Les Juifs avaient accaparé les bêtes de somme dans Tespoir de réaliser un bénéfice ; ce qui ne permit pas d'acheter plus de
huit chameaux et quelques tellis ^ Cependant la mission fut aidée par le commandant supérieur de Biskra qui était en tournée, et par l'agha de Tougourt, Si Ismaïl, qui lui donnèrent tous deux leur concours le plus dévoué.
Avant de quitter ce poste avancé, le lieutenant-colonel reçut une visite qui eut sur les résultats de son voyage, et sur le prestige dont il devait jouir aux yeux des Sahariens, une heureuse infiuence.
Si Mohammed Sghir, chef de Tordre religieux deTidjani, et Si Maammar ben Hadj Ali, son frère, tous deux marabouts célèbres et vénérés de la zaouïa de Temacin, se rendirent près de lui. Très puissants comme chefs religieux dans tout le sud de l'Algérie, ces deux indigènes exercent une suprématie qui s'étend jusqu'au Sahara. Leur appui devait être une force pour l'expédition, et à la suite d'une lettre que leur avait écrite le général commandant la division de Constantine, ils s'empressèrent de le mettre au service de nos explorateurs.
Dans un dîner donné par l'agha Si Maammar, le chef des affaires temporelles de l'ordre de Tidjani et son maître de fait, porta un toast au succès de la mission. Cet incident insignifiant en lui-môme, avait cependant une portée dont Flatters se rendit compte et qu'il a signalée depuis, dans son journal de route. C'était, de la part de Si Maammar, une