‹ Exploration du Sahara: les deux missions du lieutenant-colonel FlattersChapitre 21 sur 26 · mètres d'après l'itinéraire · texte numérisé non relu

mètres d'après l'itinéraire

« En résumé^ dit M. Roche, la contrée, depuis Inifel, est formée par un plateau crétacé, légèrement incliné vers le nord-nord-est, c'est4-dire vers le centre de la grande cuvette dont rOuedRbir etOuarglà représentent le fond. Ce plateau ou hamada est très déchiqueté et raviné par des oueds dirigés aussi à peu près vers le nord-Dord-est. La hamada est absolument nue, stérile et sans eau. Les oueds présentent un peu de végétation; mais ils ne renferment de l'eau qu'accidentellement, soit dans des ghedirs, pendant un certain temps après les pluies, soit dans des cuvettes souterraines, au milieu des sables d'alluvions des vallées, comme à Hassi lusokki, Tilmes Cédrat et Hassi Aoulouggui. »

Enfin, un extrait du registre des observations de M. l'ingénieur Béringer, achèvera de nous donner sur le pays parcouru, des notions désormais précises^ que nous résumons dans le tableau ci-dessus.

De mesegguem a amguib

Oued Haddja. — Plateau de Tinghert. — Oued el Hadjadj. — Rencontre, de Sliman el Hartanin. — Envoi de deux guides en avant. — Khangat el Udid. — Oued Botha. — Roules d'insalah. — Massif de Tlraouen. — Arrivée sur l'Igharghar. — L*Oued Gharis et le Kheneg. — Oued Tahohaît. — Arrivée à Amguid. — Graves sujets de préoccupation. — Résumé des observations.

Après Mesegguem, une marche de treize jours conduisit les membres de la mission à Amhuid, qui fut aussi pour eux un point d'arrêt important, peut-être le plus important, car il décida de la nouvelle direction à suivre, celle où ils devaient trouver une mort inattendue et terrible.

On quitta Mesegguem le 7 janvier 1881. Bêtes et gens étaient reposés; chacun avait repris une nouvelle ardeur pour la continuation du voyage. Cependant le chef de l'entreprise et ses collaborateurs se rendirent compte qu'ils étaient déjà forcés d'obéir aux exigences que ce pays désolé

impose aux voyageurs, en leur refusant sur certains points, un des éléments les plus nécessaires à la vie, l'eau. C'est ainsi que l'aridité absolue de la plaine d'Adjemor leur fermait la direction du sud et les forçait à marcher au sudest vers Tiounkinin, appelé aussi Drà ou Khangat el Hdid. Nous verrons du reste des circonstances analogues se reproduire plus tard.

Bref, le 7 janvier, la caravane se déploya de nouveau dans le ghedir d'embouchure de l'Aoulouggui, pour gagner rOued Uaddja, affluent de la Sebkha de Mesegguem, qu'elle devait remonter jusqu'à son origine. Le même jour, elle parvint au pied des gour du Tinghert et continuant à suivre l'Oued Haddja, rencontra à Argoub es Séniat, un passage difficile oii il fallut s'avancer un par un. Au delà, elle atteignit le sommet du Tinghert, dont le journal de route nous décrit ainsi la topographie :

« L'ensemble du système ne constitue pas à vrai dire un plateau continu; le nom de Tinghert lui-môme, n'est réellement appliqué qu'à la chaîne sur laquelle nous sommes, bien qu'on l'étende quelquefois à toute la région, jusqu'au delà de l'Igharghar. Ce sont des chaînes de gour épaissies à leurs deux extrémités et séparant des vallées de reg, qui vont au versant sud. Ces vallées larges et plates dans leur partie moyenne, ont pour tête des ravins, formés par les épaississements des chaînes de gour et elles débouchent entre les épaississements nord. »

Elles présentent néanmoins des passages praticables qui sont utilisés pour mettre en communication les plaines de l'Igharghar et d'Adjemor.

En suivant son itinéraire, la caravane releva la Daïa ben Abbou, déjà signalée par M. Duveyrier, et en ce moment à sec, gagna l'Oued el Hadjadj, qu'elle commença à descendre le 9, en passant près du sentier qui relieTimassinineàlnsalah. Dans cette partie, l'Oued Hadjadj a ses deux rives nettement accusées par un ressaut de reg, au-dessus duquel

s'élèvent des gour qui s'agglomèrent en chaînes de plus en plus compactes. En sorte que l'ensemble de la vallée, oued et affluents, parait comme un reg parsemé de gour ; ce qui la différencie nettement de la vallée de l'Oued ben Abboa qui est sensiblement plus étalée.

La caravane atteignit ensuite l'Oued Oglat Hamian, affluent de rOued Hadjadj qui vient du sud, et dont le lit renfermait une végétation abondante. La contrée, souvent visitée par des coupeurs de route, a une mauvaise réputation et l'on y voyait encore les tombes de quinze pèlerins assassinés par les Chambâs, il y a plusieurs années. L'Oued el Hadjadj coule, paraît- il, en moyenne tous les trois ans pendant 4 ou 5 jours sur une étendue de 7 à 8 kilomètres, le plus souvent en automne ou en hiver. Dans son bassin, c'est le vent du sud qui amène ordinairement la pluie; le vent d'est, le sable; celui du nord, le froid; et celui du sudouest ou de l'ouest, appelé Chiheli^ la chaleur; c'est le sirocco. D'après les indigènes, une année ne se passe guère sans pluie. Le fait est assez rare pour être signalé.

C'est au Hassi Oued el Hadjadj, qu'on rencontra une connaissance du premier voyage, Sliman el Hartani, le gardien de la zaouia de Timassinine, qui revenait d'insalah avec deux nègres. Là, Tobligation d'abreuver les chameaux exigea une journée de repos; le lieutenant-colonel l'utilisa, en faisant prendre les devants au guide Zoui Mohamed ben Radja et à Jamma des Ifoghas. Us devaient se rendre à Khangat el Hdid, pour le cas oti Cheikh Boudjema et les envoyés d'Ahitaghen attendraient la mission. A ce moment déjà, on prévoyait que le manque d'eau et de pâturages obligerait peut-être la caravane à se rendre directement de i'Iraouen à Amguid.

En attendant, elle commença, le 1 1 , à remonter l'Oued Oglat Hamian, et se rapprochant du point où passe le sentier de Timassinine à Insalah, elle atteignit les escarpements ravinés qui sont à son origine, gagna l'Oudian el Gadem, puis la

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ligne de séparation de l'Oued Foula et de TOued Tilmas el Hra, autre affluent sud-nord de FOued Hadjadj, dans lequel elle dut s'engager, pour le quitter le 13, et entrer dans k bassin de TOued Malah. Ce dernier est indiqué comme trte large; ses extrémités, soit en amont, soit en aval, ne •ont pas resserrées par des gour, comme celles de TOued ben Abbou et de l'Oued Hadjadj et le passage de son reg d'amont à la plaine d'Adjemor, offre des pentes peu sensibles, sans aucun escarpement. Cette vqie a été signalée par la mission, comme étant la plus facile et la plus large, pour aller du flanc de l'erg à l'Adjemor, en passant parElBiodh. On gagna ensuite Chabet Laroui, affluent de droite de rOued Adjerem; on le remonta le 14, en laissant sur la gauche la daîa Talhaiat où se trouve de l'eau, et on aperçut bientôt dans la direction suivie, les sommets du Djebel Iraouen, qui commençaient i se dessiner à l'horizon. On les voyait déjà prendre l'aspect d'une chaîne allant du sudsud-ouest au nord-nord-est et composée de plusieurs contreforts à peu près parallèles, qui naissaient dans un massif situé au sud-sud-ouest Une erreur d'un guide retarda un moment la marche, mais n'empêcha pas d'atteindre le gtte indiqué, à l'embouchure de l'Oued Iraouen. Le lendemain, on remonta son lit à travers une végétation abondante, se rapprochant de l'Oued Sidi Moussa, tète de rOued Inela, que la carte de M. Duveyrier indique comme séparation entre l'Iraouen et le Mouydir; on campa dans le haut de sa vallée, oh Mohamed ben Radja et Jamma rejoignirent sans avoir trouvé aucune trace.

Khangat el Hdid, d'où ils revenaient, est un défilé de 2 kilomètres de long sur 100 mètres de large, avec des rochers de 200 mètres de hauteur de chaque côté. Il est orienté de l'est-sud-est à l'ouest-nord-ouest. Il contient toujours de l'eau vive, qui court à l'ouest sur toute la longueur, pour se perdre au débouché, dans une dune dite Algant. A cette dune se trouve la tête du Botha ou Akaraba dont le thaï-

weg se dirige vers l'ouest , coupé par une dune pendant 40 kilomètres environ, bordé par une chaîne du Mouydir à gauche et une de Flnzaz à droite^ et avec un lit relativement étroit. De l'autre côté du khangat, on descend dans le bassin de Hgharghar, par les tètes de l'Oued Gharis et de rOued Taghezal.

Dans ces parages, la mission put relever par renseignements, deux itinéraires du khahgat à Insalah : l'un par le Botha, l'autre, par Foggaret et Arab, et le cours du Botha ou Akaraba, qui se dirige vers le Tanjzerouft. Vers son embouchure, le chef de la mission a signalé, comme une erreur probable, la désignation des marais d'Ezziza, qu'on aurait confondu avec Inzizè , point beaucoup plus au sudest, vers rOued Tighidjert. Le journal de route nous indique encore au Khangat el Hdid, deux itinéraires intéressants, l'un dlnsalah au Hoggar, par le Khangat, et l'autre, plus direct, réunissant les deux mêmes contrées par TOued Botha, jusqu'à Mekam Sidi el Bekri (des Ifoghas, père de Cheikh Othman).

Le 16 janvier, nous trouvons la caravane remontant rOued Iraouen et un de ses affluents de droite, jusqu'aux premiers contreforts de l'Iraouen, où l'on put se rendre un compte plus exact de la topographie de ce massif montagneux. D'après la description de nos voyageurs, il comprend trois chaînes à peu près parallèles : celle du nord peu compacte avec un intervalle assez large, qui est le lit principal de l'oued du même nom ; celle du milieu, à travers laquelle passe l'Oued Adjelman Arghem ; celle du sud, que la mission dut longer, en remontant l'Oued Adjelman. Les deux chaînes entre lesquelles elle eut à cheminer, sont assez rapprochées et s'élèventjusqu'à 180 mètres et 200 mètres au-dessus du fond de la vallée. Au nord-est, on voit les chaînes'finiretla vallée rejoindreinsensiblementrigharghar. C'est en les traversant que la caravane arriva au puitSj alors desséché, de Tilmas Fersig, constata qu'une ligne

nord-est de 120 kilomètres, le met en communication avec Tanelagh, par l'extrémité nord de Tlraouen et l'Igharghar, et qu'une caravane d'Ifoghas revenant d'Insalah, venait justement de passer par ce point.

En continuant sa route, la mission parvint dans une région pierreuse d'accès difficile, où se trouvait une sobba («cascade )>) formée par un cirque de rochers et où elle put goûter dans des rhedirs une eau excellente; elle atteignit ensuite la tête de l'Oued Adjelmam Arghem et déboucha bientôt, le 17 janvier, sur Tlgharghar. Le Djebel Iraouen était franchi, lé reg s'étendait de nouveau sous les yeux des explorateurs, jusqu'à Amguid, qu'ils voyaient former un cap sur la rive droite de l'oued.

Les détails que contient le journal de route sur la région de righarghar où la mission débouchait, donnent une idée très nette de sa topographie.

« Notre chaîne de Tlraouen, dit le colonel, continue en bordure gauche de l'Igharghar, à notre droite, limitée à environ 5 kilomètres par l'Oued Taghezal, qui vient de Khangat el Hdid, et qui, avec l'Oued Sidi Moussa, marque séparation avec le Mouydir. On voit les chaînes du Mouydir continuer l'Iraouen à l'ouest, avec plusieurs caps au sud et entre autres, à l'horizon de ce côté, un cap double issu du Khangat el Hdid. Les tôtes de ce cap sont séparées par un col très bas où débouche l'Oued Gharis, qui nous arrive par le travers, dans la plaine de l'Igharghar. L'Oued Gharis va joindre l'Igharghar à notre est, en un point dit Kheneg, qui est un resserrement sensible de l'oued, passage d'environ 2000 mètres de largeur, à fond de reg plat. Dans le kheneg, en deçà et au delà, l'Igharghar forme plaine de reg, comme celle que nous avons vue au premier voyage. La plaine en deçà, par rapporta nous, est appelée indistinctement Amguid, Gharis ou Igharghar. L'Oued Igharghar proprement dit, qui a ici un lit distinct marqué par de la végétation, court sud-nord, au pied des roches élevées du

Tasili des Azdjer. Le point d'eau d'Amguid est au sud, au pied de ces mêmes roches, formant cap au nord. Des dunes en chaîne très haute à notre droite, plus basses en avant et à gauche, courent au pied de l'Iraouen, comme une dernière bordure de la rive gauche de la vallée de Tlgharghar. L'Oued Taghezal s'y arrête en débouchant de Tlraouen à notre droite. »

Au sortir du Khencg on atteignit l'Oued Tahohaît ou Tahihout.

(( Toute cette région du Tasili, écrit le chef de mission, s'appelle souvent Tahohaît d'une façon générale ; mais c'est en réalité, l'oued dont il vient d'être parlé, avec Iskaouen, Tinhias, etc., auxquels cette dénomination s'applique plus particulièrement. Amguid, qui est un point déterminé, précise plus exactement l'extrémité occidentale du Tasili. »

On était au 18 janvier. Ce jour-là la mission vint camper à Amguid, après avoir longé le Tasili, aii pied d'un escarpement formant une muraille à pic de 250 mètres à 300 mètres de hauteur. Elle devait y faire un nouveau séjour de quelque durée, marquant ainsi la seconde grande étape de son nouvel itinéraire. Diverses raisons l'y obligeaient. D'abord Cheikh Boudjema, qui était parti d'insokki pour al* 1er porter des lettres à Ahitaghen, n'était pas de retour. Aller à sa rencontre d'un côté ou de l'autre, c'était risquer de le manquer, d'autant plus que les guides disaient ne plus connaître les directions du Hoggar ou du Haut Ighai^har, vers Idelès et Amadghôr. Le lieutenant-colonel prit donc la résolution de rester cinq jours à Amguid, délai nécessaire pour retrouver Cheikh Boudjema, et de pousser, pendant ce temps, une reconnaissance de deux jours vers le sud.

La direction suivie par la caravane depuis Mesegguem, tout en l'écartant du Sahara central et du sud, pour la rejeter vers l'est, était en résumé la conséquence des faits eux-mêmes. Le désert imposant sa volonté, élevait devant nos vaillants pionniers, cette barrière d'aridité qui depuis

tant de siècles a arrêté la civilisation. Il fallait s'incliner ; et c'était pour ainsi dire la première déception un peu sensible que l'exploration eût rencontrée.

Le lieutenant-colonel Flatters la sentit vivement, et la lettre à sa femme, datée d'Amguid, nous montre quelles furent, à ce moment, ses préoccupations.

€ Je profite, dit-il, du retour d'un indigène avec une caravane de rencontre, pour envoyer un courrier sommaire. Tout a été bien jusqu'ici et nous sommes arrivés au 26* degré de latitude, après avoir fait 1000 kilomètres depuis Ouarglâ. Mais je vais sans doute être obligé de me dé* tourner par l'est et de perdre mon avance au sud direct, pour aller du côté de Rhât, attendu que nous sommes au point extrême de la route connue des guides et qu'en suivant toujours notre direction primitive, nous tombons dans une immense plaine, absolument dépourvue de végétation et d'eau, tout à fait infranchissable pour une caravane. Si j'avais ici des gens du Hoggar, ils pourraient sans doute nous mener par quelque chemin abordable, dans la montagne de bordure à l'ouest ; mais mon envoyé aux Hoggar n'est pas revenu ; je fais séjour ici pour l'attendre, tout en proûtant du séjour pour explorer, en volte rapide, à une soixantaine de kilomètres en avant; et s*il ne revient pas d'ici à 4 jours, ce qui lui donne un délai raisonnable, je prendrai par la montagne à l'est, suivant un chemin plus long, mais connu des gens que nous avons avec nous. Ce sera bien encore une ligne qui n'a jamais été parcourue par aucun Européen, et l'exploration en tirera grand profit. Mais ce n'est pas l'exploration du Hoggar par le massif central, et je considère cela presque comme un échec, en raison de ce que j'avais espéré. Ce ne sera pas dû à l'hostilité des gens, ni au mauvais vouloir de qui que ce soit; nous n'avons eu à nous plaindre de personne, nous n'avons pas soulevé la moindre hostilité. C'est ce chien de pays qui n'est pas abordable par le bout oîi nous voulions aller. Enfin peut-être

notre envoyé arrivera-t-il et aurons-nous par lui le moyen de réparer cela.

» Tout le monde va bien dans la mission, quoique la fatigue soit grande ; mais nous supportons la fatigue. La température monte; nous avons des journées de 25 et 26 degrés de chaleur; les nuits ne descendent pas au-dessous de 10 à 12 degrés. Cela nous change de ces jours derniers, où nous avons eu de la gelée blanche le matin. Nous sommes, pour le moment^au pied d'une montagne de rochers énormes, avec une coupure dans laquelle coule un ruisseau, la première eau vive que nous ayons rencontrée dans le Saharal il y a des poissons dans le ruisseau I II paraît qu'il y a un lac sur la route par l'esté

» Je suis très ennuyé du contretemps que nous éprouvons en ce moment; mais en somme, ce n'est qu'un contretemps ; nous trouverons peut-être un guide qui nous rabattra sur le centre du Hoggar et la lacune sera comblée avec un double détour. En tout cas, nous aboutirons toujours à Rbàt, je l'espère, et le tracé du chemin de fer n'en sera pas moins déterminable dans la plaine même qui nous barre ici le passage; surtout si, comme tout le fait espérer, nous retrouvons l'autre extrémité de cette maudite plaine, après avoir c zigzagué » dans la montagne... .Une double ligne d'exploration est une chance exceptionnelle, et il faut se contenter de ce qui est possible.

» Je pars demain matin en volte de quatre jours, avec les ingénieurs, pour reconnaître une soixantaine de kilomètres au sud et voir si notre envoyé n'apparaît pas à l'horizon. Masson reste au camp à nous attendre; nous rentrerons dans quatre jours, et nous partirons tous ensemble le lendemain. »

Cette lettre d'un caractère si net, d'une inspiration si franche, nous montre bien la noble ardeur qui animait notre courageux ofBcier et ses amis. En la lisant, on voit

i. Sans cloute, le lac Iskaonen.

que ni les difficultés du voyage, ni la désolation de la contrée, ne pouvaient donner accès dans leurs âmes à une pensée de découragement. La vue de l'obstacle semble leur inspirer un mouvement de colère; mais c'est tout; la soif des découvertes les soutient et les pousse en avant quand même. Dans sa lettre adressée d^Amguid au Ministre des Travaux publics, Flatters exprime les mêmes sentiments, sous une forme moins vive et en y ajoutant, sur les directions du sud, 4es notions géographiques d'un vif intérêt.

€ L'aridité de la plaine immense qui s'étend au sud d'Amguidrend bien difficile, sinon impossible, l'accès direct du massif du Djebel Hoggar, situé au delà, et je pense que nous devrons tourner par le Tasili à l'est, en suivant la ligne des caravanes, Oued Toummourt, Tahohaît, etc. Je le regretterai, car cela nous conduira vers les Azdjer et Rhât, et il nous faudra vraisemblablement renoncer tout à fait h l'exploration à Touest. Mais c'est la nature même du pays qui nous aura valu ce mécompte, et il n'était pas possible de le prévoir.

» Dans tous les cas, le tracé de la voie transsaharienne que nous recherchons, n'en sera pas moins déterminé, même dans les parties que nous n'avons pas pu parcourir, puisque l'obstacle qui nous force à nous détourner est la plaine de reg, unie et aride, oh un chemin de fer peut toujours être établi avec la plus grande facilité. L'entrée du re^ d'Amadghôr étant déjà reconnue et son extrémité sud devant l'être bientôt par la reconnaissance du changement de pente des oueds allant au Soudan, si la ligne de faite est réellement peu sensible comme tout porte à le croire, la question se trouvera résolue.

» Quant au tracé au sud-ouest, en coupant llgharghar pour aller, par Timissao, sur le coude du Niger, le reg existe, et uni, à n'en pas douter, jusqu'à Tin Akeli, près de Cheikh Salah. Là, sont quelques gour isolés et des têtes d'oueds en pente au sud-ouest, dans TAhenet. Il restera la

question de la hauteur de ce faîte de l'Abenet ; mais les caravanes y passent sans difficulté, allant du reg de Cheikh Salah au reg de Tahela Ohat et du Tarhit. Il ne peut donc y avoir grand doute à cet égard. »

Les graves préoccupations qui agitaient à cet instant l'esprit de nos explorateurs devaient bientôt faire place à l'espérance et à une nouvelle foi dans le succès; les détails qui précèdent en ont donné une idée suffisante. Ce qui est certain, c'est qu'elles n'ont pas un instant ralenti leur ardeur au travail.

Les observations recueillies deMesegguem à Amguid nous permettent en effet de rétablir cette partie de l'itinéraire^ d'après des notions aussi exactes que les précédentes. On les trouvera résumées ci-après, en ce qui concerne les ressources et les distances.

D'une façon générale, dans ce trajet du mois de janvier, la caravane avait longé et traversé le plateau de Tinghert, pour se porter au pied de celui du Tasili. D'après les notes . géologiques de M* Roche, le premier appartient aux étages turonien et cénomanien; on y rencontre quelques rares fossiles et des couches qui, au lieu d'être horizontales, sont quelquefois ondulées et inclinées. L'eau s'y trouve dans les alluvions des oueds. Dans le Djebel Iraouen, les chaînes de collines sont constituées par des bancs de grès dirigés,comme les vallées,du nord-sud au nord 30*est; celles-ci sont inclinées en outre de 5 à 10 degrés vers l'ouest. Ces grès sont généralement noirs, durs et cassants. Dans le lit de llgharghar et duGharis, M. l'ingénieur Roche a également constaté de nombreux fragments de lave roulés ; et plus loin, il nous indique les bords du Tasili ou plateau des Azdjer, comme formés par des bancs de grès quartzeux, durs, parfois inclinés vers l'est, mais le plus souvent horizontaux.

Pour compléter ces indications, il faut citer les observa* lions de M. l'ingénieur Béringer, qui nous donnent les chiffres ci-après :

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