‹ Exploration du Sahara: les deux missions du lieutenant-colonel FlattersChapitre 23 sur 26 · DU SOL · texte numérisé non relu

DU SOL

Reg, dunes et escarpemen très élevés.

Reg, dnnes et escarpemen très élevés.

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Terrain difficile et raviné, re sur le Hamada.

Reg, laves et basaltes, ravi nombreux.

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fier 1881, Asurarhe aravane reste à Am

Ighellachen, 30 kil ne reste à Amguid.

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Ho^ar, Tifldest et Atakhor courant sud, à droite, le Tasili très loin allant à Test à notre gauche. »

Au milieu des péripéties des dernières journées, le trayail des observations scientifiques n'avait pas chômé, et les résultats obtenus peuvent se résumer comme il suit :

Une note géologique de M- Roche complète avantageusement ces indications sommaires.

€ Un peu au sud d'Amguid, dit cet ingénieur, la vallée de righarghar se développe sur une largeur d'au moins 50 kilomètres. C'est une vaste plaine de reg (gravier quartzeux) sous lequel apparaît quelquefois un calcaire gréseux quaternaire ou peut-être même post-quaternaire. »

Il signale les escarpements du Tasili, comme appartenant à l'étage dévonien et atteignant, à 30 kilomètres au sud d'Amguid, une altitude de 7 à 800 mètres. Les escarpements du plateau de Mouydir doivent être également classés dans les terrains dévoniens.

Quant au plateau de l'Éguéré, a cette région, nous dit-il, est formée par une série de massifs ou plutôt de chaînes de montagnes, ayant jusqu'à 500 mètres de hauteur, séparées par des vallées souvent assez larges, dirigées environ nordsud. Des oueds importants les sillonnent, passant quelquefois de l'une à l'autre, entre des gorges étroites. Ainsi l'oued principal, l'Oued Tedjert, après un développement considérable dans une large vallée nord-sud, vient déboucher par une vallée étroite à travers le dernier massif, dans la plaine de l'Igharghar, à 45 kilomètres environ au sud d'Amguid. »

Toute cette région est constituée par du gneiss, avec des bancs de quartz et de calcaire intercalés ; les directions des couches sont très variées.

(( Le fond de la vallée de TOued Alouhai, affluent de l'Oued Tedjert, dit-il plus loin, est occupé sur une longueur de 20 kilomètres et sur une largeur moyenne de 1 à 2 kilomètres par une couche de basalte de 5 à 10 mètres

i26 EXPLORATION DU SAHARA.

d'épaisseur ; il parait en être de même de certaines vallées voisines. Les oueds se sont creusé leurs lits à irayers cette couche de basalte. En quelques points sur les escarpements de l'oued, le basalte se présente en colonnes prismatiques,

ayant parfois la forme pentagonale La position de ces

couches de basalte dans le fond des vallées, montre clairement que réruption basaltique a eu lieu à une époque ou le Sahara possédait déjà son système orographique et hydrographique actuel. Ces coulées de basalte proviennent naturellement de points situés plus au sud ; peut-être aurons-nous l'occasion de les voir, n

Quant aux observations astronomiques, barométriques et météorologiques, nous n'en possédons les résultats que jusqu'au 23 janvier, à 7 heures du matin, c'est-à-dire jusqu'au départ d'Àmguid.

Nous savons seulement par les correspondances déjà citées, que M. l'ingénieur Béringer place Ighellachen, le ghedir de la dune, comme il l'appelle, par 26« (V 45^ de latitude nord et environ 3 degrés de latitude est. D'autr epart, le post-scriplum de sa lettre du 29 janvier à M. H. Duveyrier nous donne la position d'Inzhelman Tikhsin, par 25® 35^ de latitude nord et 3* 30' de longitude est, à trois journées de marche de la sebkha d'Amadghôr.

A partir du jour où les documents qui viennent d'être résumés parvinrent en France, le silence se fait sur la mission Flatters; ceux qui la suivaient de loin dans son périlleux vojage, formant des vœux pour son succès, étaient confiants dans un heureux résultat; tout semblait marcher à souhait, et l'on pouvait déjà songer aux conséquences avantageuses qu'entraînerait leur arrivée dans le Soudan, quand tout à coup, le 2 avril, le bruit de leur massacre se répandit dans le public. Vingt malheureux survivants de l'expédition, parvenus à Ouarglâ à travers mille périls, y apportaient la fatale nouvelle qui fut aussitôt transmise à Paris.

Nous ne reyiendrons pas sur rémotion qu'elle produisit» ni sur le retentissement qu'elle eut en France et à l'étranger. Notre collègue M. H. Duveyrier nous a raconté en termes touchants» dans la séance du 22 avril» les péripéties du drame terrible dans lequel le lieutenantrcolonel Flatters et les principaux membres de l'exploration ont trouvé la mort. Nous les voyons victimes de la rapacité des Touareg et de la trahieson de ces mêmes guides qu'Ahitaghen leur avait envoyés, périr les armes à la main» vers le 16 février, à 7 ou 8 jours de marche sans doute au nord du pays d'Aïr» dans un ravin perdu du Tin-Tarabin.

A ce moment» des 92 hommes qui formaient la caravane» il n'en reste plus que 63; 29 ont péri dans la surprise de la première attaque. Ceux qui restent, guidés par un jeune et vaillant officier M. le lieutenant de Dianous» qui prend surle-champ sa décision, se mettent en retraite sur Ouarglâ» poursuivis par leurs assassins. Les survivants les signalent vers le 10 mars à Amguid, livrant un nouveau combat qui coûte la vie au lieutenant de Dianous, tandis que M. Tingénieur Santin mourait empoisonné.

Enfin quatre hommes décidés, partis les premiers pour chercher du secours, peuvent atteindre Ouarglà le 28 mars, où les rejoignirent plus tard seize de leurs compagnons.

Les renseignements qui nous sont parvenus de Médéah, d'Ouargl& et de Tripoli, sur cette épouvantable catastrophe» ne nous ont malheureusement laissé aucun doute sur sa réalité. Cependant les récits qui nous ont été faits» ont encore des points obscurs ; il restera à les éclaircir. A quoi faut-il attribuer cette trahison? Quels sont les auteurs de ce crime abominable? Quelles en sont les véritables causes? C'est ce que nous saurons plus tard. Le dernier mot n'est pas dit sur ce meurtre» et la vérité se fera certainement jour.

Le Gouvernement» du reste, n'a pas perdu un instant pour faire l'enquête nécessaire» et pour se mettre en mesure de

prouver, même aux sauvages habitants de ces contrées loin« laines, que la France sait, à Toccasion, récompenser et punir. Il nous faut donc attendre qu'on ait pu rapprocher, des informations recueillies au cours d'une expédition conduite par Tagha de Ouarglà, les renseignements qui sont réunis par les soins de M. le commandant supérieur de Laghouat, de notre consul général à Tripoli et de M. le générai commandant la subdivision de Médéah. Mais ici, notre devoir est tQut autre ; il consiste à montrer les importants résultats, on pourrait presque dire les découvertes que la seconde exploration du colonel Fia tiers assure dès à présent aux sciences géographiques. Nous les avons exposés dans les pages qui précèdent; il nous rest« aies résumer brièvement. Reconnaissance de la vallée de l'Oued Mia, de ses affluents de droite et de la route des caravanes entre Ouarglâ et Insalah, jusqu'au plateau de Tademaït, constatation des difficultés qu'offre cette direction pour l'établissement d'un chemin de fer; exploration du plateau de Tademaït et d'une partie de la route d'Insalah à Ghadamès; reconnaissance de la vallée du haut Igharghar et de ses affluents, d'Amguid au delà de la sebkha d'Amadghôr; exploration des plateaux riverains de Tasili, de l'Iraouen, du Mouydir et d'Eguéré, reconnaissance par renseignements de l'Oued Botha ou Âkaraba jusqu'aux abords du plateau de Tanezrouft, et des routes qui conduisent du haut Igharghar vers Cheildi Salah et Timissao ; établissement d'une carte à ^^^^^qqq, de tous les pays traversés, s'étendant par renseignements précis et contrôlés sur les contrées voisines à l'est et à l'ouest et développant nos connaissances géographiques du 32^ degré de latitude nord aux abords du 24°. FinÛn notions géologiques, hydrologiques, zoologiques, botaniques, etc., des contrées parcourues : telle est la riche moisson que récoltera la science. Au point de vue politique, il est difficile d'apprécier les résultats pratiques de l'exploration avant de connaître exactement les circonstances qui ont amené le massacre

de la missioD, et sur les mobiles qui ont fait agir ses meurtriers. Mais les renseignements qu'elle nous a laissés sur les dispositions des ksour du Tidikelt (région d'Iosalab), sur celles des Touareg Azdjer, enfin sur les objets d'échange qui alimentent le commerce des caravanes entre le Soudan d'une part, le Maroc et la Tripolitaine de l'autre^ conserveront sans doute toute leur importance.

Tels sont les titres incontestables que nos regrettés explorateurs ont acquis à notre reconnaissance, à celle des membres de la Société de Géographie, à celle du pays tout entier. Aussi la proposition faite par le GouvemenTent d'élever à Ouarglà un monument commémoratif des travaux de la mission Flatters , sera-t-elle accueillie partout comme un acte d'équité.

Mais après avoir résumé ces précieux documents, après avoir classé ces découvertes et ces observations, après avoir fait connaître au public ces généreux efforts et ces remarquables résultats, après avoir rendu à la mémoire de ces nouvelles victimes de la science, l'hommage qui leur était bien dû, notre devoir, à nous survivants, ne sera pas encore rempli. Flatters, Masson, Béringer, Roche, Guiard, Dianous, Santin ont succombé, il est vrai, dans leur noble entreprise, mais ils n'en ont pas moins soulevé le voile qui cachait à nos yeux la route du Sahara; ils n'en ont pas moins tracé une des voies que la civilisation moderne doit suivre dans son expansion; ils ont montré le chemin à leurs successeurs. Leur mort est un affreux malheur; mais dans la vie des peuples et des hommes, ce n'est après tout qu'un accident ; et loin d'arrêter dans son élan une nouvelle tentative, elle ne doit qu'exciter davantage l'ardeur de ceux qui l'entreprendront. Le châtiment même des meurtriers de Flatters nous offrira un jour une nouvelle occasion démarcher au Soudan; nous espérons bien qu'on saura la saisir dans l'intérêt de la France et des progrès de la

géographie.

Cette notice serait incomplète si, pour mieoz apprécier le mérite de nos infortunés voyageurs, nous ne la faisions suivre d*une courte biographie, qui nous montrera ce qu'ils avaient déjà été avant de se sacrifier pour leur pays.

Les renseignements qui suivent, ont été publiés en grande partie dans le Monde illustré du 4 juin dernier, par les soins d'un ami dévoué des principaux chefs de Texploration, à qui nous devons déjà une grande partie des documents qui nous ont permis de résumer leurs travaux, M. l'ingénieur en chef Fournie. Nous les reproduisons à peu prés textuellement.

Le lleatenMit-coloiiel Flatfem.

Le lieutenant-colonel Flatters était né à Laval, le i6 septembre 1832. Entré à l'école Saint-Gyr le 7 novembre 1851, il en sortait sous-lieutenant au 26' de ligne le 1*' octobre 1853 et partait aussitôt pour la Crimée. Il fut nommé lieutenant au 3* régiment de zouaves le 23 avril 1855 et décoré peu de temps après, pour avoir fait prisonnier un capitaine et deux soldats russes. Il rentra en Algérie avec son régiment en 1856, et obtint peu de temps après d'entrer dans le personnel distingué des officiers détachés aux affaires indigènes. Capitaine le 8 septembre 1861, il fut nommé chef de bataillon au 3* tirailleurs algériens le 22 juillet 1871, officier de la Légion d'honneur en 1875 et lieutenant-colonel le 3 mai 1879. Il fut choisi, en 1876, par M. le général Chanzy, comme le plus digne d'occuper le poste difficile de commandant supérieur de Laghouat, où il sut se faire remarquer et nouer parmi les tribus nomades de notre Sahara algérien d'utiles relations. Il remplissait encore ces fonctions quand il fut délégué par M. le Ministre de la Guerre pour le représenter au sein de la commission supérieure du Transsaharien, oJ!i il fit adopter son projet d'exploration du Sahara central. C'est de là qu'il partit comme chef des deux

missions sahariennes, pour accomplir les beaux et intéressants voyages que nous venons de résumer.

Flatters était blond, d'une taille un peu au-dessus de la moyenne, d'une constitution robuste et d'un caractère vigoureusement trempé. Sa nature était franche, ouverte, vive et gaie. C'est ainsi du moins que nous l'avons connu^ il y a une vingtaine d'années, au 3* [régiment de zouaves, où tout le monde l'aimait et Testimait. Il se passionnait aisément pour toutes les nobles et grandes choses, et c'est avec enthousiasme qu'il avait entreprit de pénétrer jusqu'au Soudan, par les routes sahariennes des caravanes. Dans son noble dévouement pour les intérêts de son pays , il n'a pas hésité un instant à quitter sa femme, son enfant et à se lancer dans l'inconnu. C'était un vaillant cœur, et il sufQt de l'avoir approché pour regretter sa fin prématurée .

lie capitaine lilassoii.

Pierre-René Masson est né à Rambouillet, le 13 décembre 1845. Ayant commencé son éducation dans Tinstitution Hébert (à Rambouillet), il est passé au lycée de Versailles dans la classe de seconde.

Entré à l'École militaire de Saint-Cyr en octobre 1864, avec le n» 21, il en est sorti avec le n® 9. Entré à l'École d'état-major le 1" janvier 1867, avec le n« 6, il en est sorti lieutenant d'état-major le 1" janvier 1869, avec le n* 4.

11 a fait son stage de cavalerie au 10* chasseurs à cheval, àTarbes, puis à Versailles, d'où il partit au mois de juillet 1870, avec son régiment, pour l'armée du Rhin.

Nommé aide de camp du général de brigade Sanglé-Ferrière, il assista aux batailles de Borny, Gravelotte et Saint- Privât, et aux combats à peu près journaliers que la brigade, qui faisait partie du 3* corps, commandé par le maréchal Lebœuf, livrait sous Metz.

Prisonnier de guerre et revenu de captivité en avril 1871 ,

il a été nommé, à cette époque, capitaine d'état-major, pour prendre rang du 8 décembre 1870, et aide de camp do général Daguerre, aveclequelil est entré à Paris.

Il a fait son stage d'infanterie au 1*' zouaves, à Alger, de septembre 1871 à septembre 1873, son stage d'artillerie au 7* d'artillerie, à Rennes, d'octobre 1873 à octobre 1874. Eq novembre 1874, il fut attaché à la division du général Osmont, à Oran.

Nommé aide de camp du général Carteret Trécourt, à Constantine, il fut blessé au combat d*El-Amri livré aux Arabes révoltés, et décoré de la Légion d'honneur.

Il suivit le général Carteret à Amiens et c'est là qu'il rencontra le lieutenant-colonel Flatters, qui l'associa à son exploration.

La vie du capitaine Masson, employée tout entière au service de son pays, s'est terminée de la triste façon que l'on sait; ce brave officier est mort victime de son amour pour la science.

Lors de l'attaque des Touareg près du pays d'Air, le capitaine MassoQ qui avait mis pied à terre, n'a pu atteindre sa monture. Cerné, il se défendit vaillamment; mais un coup de sabre lui fendit la tête, un deuxième lui coupa les jambes, et le fit tomber sous les coups de ses assassins.

H. Béringcr.

Le savant et sympathique ingénieur Béringer, qui vient de disparaître dans le terrible désastre de la mission Flatters, ne devait qu'à lui-môme la situation pleine de promesses à laquelle il était parvenu par les seuls efforts de son travail et de sa remarquable intelligence. Né le 19 janvier 1840, à Strasbourg, M. Emile Béringer y fit ses études au gymnase, où il laissa le souvenir de brillants succès, et, dès le 29 septembre 1857, il était nommé, dans cette même ville, agent secondaire de 2* classe des ponts et chaussées.

Tels furent les débuts modestes de cette carrière, qu'il serait sans doute fort intéressant de suivre et d'étudier dans son développement rapide et presque exceptionnel, mais que nous ne pouvons malheureusement qu'esquisser à grands traits. En octobre 1861, le jeune agent est nommé conducteur auxiliaire à Yitry-le-Français, où il fait remarquer ses aptitudes à l'occasion de l'exécution des ouvrages métalliques du canal de la Haute-Marne. Ces ouvrageSy plusieurs fois copiés depuis, attirèrent l'attention sur le futur ingénieur, qui, mis, sur sa demande, en congé illimité, entrait, le 3 mai 1866, dans la Compagnie de l'isthme de Suez. Adjoint à M. LarochCi ingéniear en chef de Port-Saïd, il fut attaché aux travaux du port de Port- Saïd et du canal dans la traversée de la Menzaleh. Il mérita d'être proposé, dès cette époque, pour la décoration par M. Ferdinand de Lesseps. Nous le retrouvons en 1869, à sa sortie de Suez, rentré momentanément dans le service des ponts et chaussées pour les études du chemin de fer de Garcassonne à Quillan. Puis la triste guerre de 1870 éclate, la France troublée et meurtrie fait appel à tous les dévouements, et M. Béringer part comme lieutenant de génie auxiliaire au 25^ corps. Cette campagne terminée, il entre à la Compagnie des chemins de fer du Midi, oti il reste près de quatre années comme sous-chef de bureau du secrétariat de l'ingénieur en chef de la construction. Mais cette vie calme et aux horizons trop limités ne pouvait convenir à une nature aussi active, et il accepte avec empressement, en décembre 1874, d'être attaché à la province de Pernambuco (Brésil) comme ingénieur principal, chef du service topographique. Revenu du Brésil en mai 1877, ce jeune ingénieur, mûri déjà par un travail opiniâtre et une vie accidentée, se révélant tout à coup sous un autre aspect, montra qu'il avait su mettre à profit son voyage pour produire en dehors de ses travaux techniques des documents d'une réelle valeur. Il laisse ainsi un mémoire remarquable inti-

13i EXPLORATION DU SAHARA.

tulé : Recherches sur le climat etla mortalité du Récife publié dans V Annuaire de la Société météorologique (1878), et un autre non moins intéressant, mais encore sous presse : Topographie comparée de la ville et du port du Récife au XYii* et XIX* siècles {Rulletin de la Société néerlandaise de géographie) ; enfin une très belle carte, malheureusement inédite, de la province de Pemambuco. Ces œuvres, qui montrent toutes un savoir étendu et un rare esprit d'obse^ ▼ation, sont celles d'un véritable savant.

M.Béringer fut ensuite chargé, par la Compagnie du chemin de farde l'Est, des études et travaux d'une importante section de chemin de fer, à Yittel, où il resta jusqu'au jour de sa nomination d'ingénieur du cadre auxiliaire des travaux de l'État, attaché à la mission transsaharienne du lieutenant-colonel Flatters. Là encore ses travaux furent rema^ qués, et, au retour de la première mission, partie en janvier 1880, et revenue vers le mois de juin, il fournit au Ministère des Travaux publics de nombreux et importants documents parmi lesquels je citerai un avant-projet de chemin de fer sur 600 kilomètres de longueur, la carte du pays exploré, la détermination de coordonnées géographiques, les obseiTations météorologiques, de nouvelles et intéressantes théories sur le régime des dunes du Sahara. Le 14 juillet dernier, l'ingénieur Béringer devait à ses services exceptionnels d'être promu au grade de chevalier de la Légion d'honneur. En novembre suivant^ il repartait avec le colonel Flatters pour continuer l'exploration du désert et tâcher de parvenir au Soudan; le but allait être atteint, lorsqu'une mort glorieuse est venue briser cette carrière déjà si remplie et si belle d'avenir. Mais ce qui nous fait surtout pleurer la perte de cet infortuné savant, c'est le souvenir de cette personnalité si complète qui joignait aux plus riches dons de l'intelligence les qualités plus rares et plus précieuses encore de raffection et du dévouement. Ayant beaucoup vu, mais surtout beaucoup observé et possédant une merveilleuse

souplesse d'esprit, qui, jointe à des connaissances fort étendues, lui permettait d'aborder les sujets les plus divers, c'était un causeur charmant dont les récits, les théories ou les discussions portaient toujours l'empreinte de sa fine originalité, quand ils ne révélaient pas un esprit d'analyse et une largeur de vues véritablement remarquables.

Nous voudrions pouvoir dire ici comment cette vie, qui paraissait à tous exclusivement consacrée à l'amour de la science, était aussi et plus entièrement encore consacrée à l'amour de la famille et au dévouement. M. Béringer joignait à une énergie peu commune un profond sentiment du devoir et une si grande bonté, qu'elle a été même, dans certains cas, jusqu'à l'abnégation. C'est pourquoi nous pleurons non seulement l'homme de science, mais encore et surtout l'honnête homme, l'homme de bien et de cœur qui a disparu pour toujours du milieu de nous.

lie dcietevr Gnlard.

Fils d'un professeur distingué de l'Université, Guiard (Robert-Nicolas-Jules) était né à Paris le 5 février 1851. Élève du lycée de Tours, il y fit les plus brillantes études.

En 1869, il entrait le septième sur cent dix à l'École de santé militaire de Strasbourg. Il se trouvait dans cette ville, lorsqu'au mois de juillet 1870 elle fut investie par les armées allemandes, et il se dévoua pendant le siège, comme ses jeunes camarades, au traitement des blessés. L'Ecole de santé militaire fut reconstituée après la guerre, à Montpellier d'abord, puis définitivement à Paris, où Guiard soutint, en 1874, sa thèse de docteur.

Peu de temps après il fut attaché comme aide-major de seconde classe à l'hôpital militaire Saint-Martin.

Nommé aide-major de première classe en 1876, il fut envoyé au 87* régiment de ligne^ en garnison à Saint-Quentin, où il sut s'attirer l'estime, non seulement de ses chefs

hiérarchiqaes qui lui portaient une affection toute particulière, mais encore de tous les médecins de la ville. Guiard continuait à travailler et envoyait plusieurs mémoires au conseil de santé des armées.

Lorsqu'au mois d'octobre 1879^ le lieutenant-colonel Fiatters fut chargé par M. deFreycinetde se choisir des collaborateurs pour sa première expédition au pays des Touareg, Guiard lui fut indiqué comme admirablement préparé par de fortes études à remplir la tâche qui lui serait confiée de médecin et de naturaliste de la mission, en même temps qu'on le lui signalait comme un compagnon énergique et dévoué.

€ Voulez-vous venir avec moi à Tombouctou ?» lui télégraphia le colonel.

€ Je suis à vos ordres, » répondit Guiard, qui avait eu douze heures pour réfléchir.

Ce fut toute la correspondance échangée entre eux.

On a pu lire dans les pages qui précèdent, l'historique de ce premier voyage, au cours duquel la mission Flatters s'avança jusqu'à 1500 kilomètres au sud d'Alger. Pendant qu'on était redevable à ses collègues d'une carte du pays parcouru, Guiard apportait au Muséum un magnifique herbier et une collection complète d'insectes et de reptiles trouvés dans le désert.

Rentré en France le 15 juin 1880, Guiard repartit le 15 octobre pour ce second voyage, où il devait trouver la plus terrible des morts* Ses dernières lettres sont du 29 janvier. Elles étaient, hélas ! pleines de confiance dans le succès, et il songeait déjà aux joies du retour définitif auprès d'une mère qu'il adorait et qui perdait en lui le plus tendre des fils. A cette même date, la commission des grades le portait au tableau d'avancement pour le grade de médecin-major. Il a eu la consolation de le savoir.

Voici d'après M. le D' Bonnet, du Muséum, le résumé, d'ailleurs très succinct, des travaux de Guiard dans le Sahara.

L'herbier rapporté par le D' Guiard, se compose d'environ 130 espèces. Quoiqu'il contienne peu de nouveautés, il offre un vif intérêt, parce qu'il donne une idée nette de la végétation des localités traversées par l'expédition, puis parce qu'il fait connaître d'une façon plus exacte, l'aire de dispersion de certaines plantes peu connues.

La plupart des espèces caractérisent la région désertique, sauf celles qui croissent dans les oasis et dont quelquesunes, commes les Solanum nigrunij les Sonchus oleracem^ les Fumaria Bastardiy Spergula pentandra, Portulaca oleraceaj Anagallis phœniceaj etc., sont assez communes sous le climat de Paris.

Parmi les plantes plus spécialement intéressantes, parce qu'elles n'avaient encore été trouvées qu'à de rares intervalles, il convient de citer: Randonia africanaCoss., Acacia tortilis Hayne (gommier), Schouwia arabica D. G.^ Renda villosa Coss., Zygophyllum simplex L., Caylosea canescens S^ Hil.^ Punicum turgidum, Lotus trigonelloïdes Welb., Pancratium Saharœ Goss., etc.

Les plantes usitées dans la thérapeutique indigène sont représentées par les Salvadora persica L., Cassia obovata Goss., et Solenostemma Cerghel Hayn. Cette dernière espèce sert généralement à falsifier le séné.

Les cryptogames ne sont représentées dans la collection du D' Guiard que par une seule plante, un champignon charnu de la tribu des Podaxinées, que M. le D" Bonnet rapporte avecquelques doutes diuPodaxenœgyptiacusUoni.

Roche (Jules) est né à Eyguières (Bouches-du-Rhône), le U février 1854. Il a fait ses premières études au collège de Tarascon et les a terminées au lycée de Marseille. En 1872,

1. Cette notice biographique est due à M. Rolland, ingénieur des mines, un des amis de H. Roche.

dès sa première année de mathématiques spéciides, il fut reçu à la fois à l'École polytechnique et à l'École normale. Il opta pour l'École polytechnique, d'où il sortit le troisième de sa promotion. Il choisit la carrière des mines. La même année, il passa sa licence es sciences mathématiques.

Roche visita, comme élève ingénieur des mines, les bassins de la Loire et du Gard> puis l'Italie, l'Autriche et la Hongrie, enfin le sud-ouest de la France, l'Espagne et

l'Algérie.

Le 11 avril 181(8, Roche fut nommé ingénieur ordinaire de 3* classe, et bientôt apr^s, chargé du service du sousarrondissement minéralogiquede Besançon. Lé 16 mai 1879, il fut envoyé à Nice.

Tous^ ceux qui ont connu Roche ont apprécié sa valeur, son intelligence distinguée^ la variété de ses aptitudes, son esprit fin et critique, son sens (iroit, et, à l'occasion, son activité et sa force de volonté. Tous ont été attirés par sa physionomie sympathique, l'excessive modestie de son caractère^ l'aménité et la douceur extrême de sa nature. Ses amis savent quel cœur loyal et dévoué était le sien.

Roche avait le goût des voyages. L'Algérie l'avait séduit, et dès qu'il sut que le Ministre des Travaux publics organisait les missions d'étude du chemin de fer transsaharien, il s'offrit avec ardeur. Le programme était tentant : il s'agissait d'explorer le Sahara et d'en pénétrer les mystères. L'idée était grande : on allait préparer à notre commerce des débouchés nouveaux et ouvrir à notre civilisation l'Afrique occidentale.

Roche fut attaché comme géologue à la mission du lieutenant-colonel Flatters, et s'avança avec lui jusqu'au 26* degré de latitude.

Rentré en France au mois de juin 1880, il rendit compte, dans un rapport au Ministre, de la géologie et de l'hydro* logie des régions parcourues. Il a consigné les principaux résultats de ses travaux dans une note à l'Académie des

sciences (novembre 1880), et dans un article de la Revue scientifique (numéro du 27 novembre 1880) K

n signale « l'existence, au milieu du massif des grandes dunes de sable, au sud de Ouarglâ, entre Aïn Mokhanza et El Beyyodhy d'une large région plane de 250 kilomètres de longueur, recouverte seulement de dunes isolées, parallèles^ allongées dans la direction du méridien magnétique, et distantes les unes des autres de plusieurs kilomètres» C'est dans la partie orientale de cette région que se trouve, dirigé aussi nord-sud magnétique^ le lit de l'Oued Ighar» ghar, lit sans berges, » etc. Cette découverte est aussi importante au point de vue pratique du chemin de fer transsaharien qu'au point de vue théorique^ du régime des dunes» Elle prouve qu'on peut aller de Ouarglà à El Beyyodh sans avoir une seule dune à traverser.

Entre El Beyyodh et Timassinine, Roche a retrouvé les deux étages crétacés que M. l'ingénieur Rolland venait luimême de constater dans la région d'El Goléa. Ces deux étages forment deux plateaux calcaires successifs, qui couronnent respectivement deux séries d'escarpements marneux et gypseux. L'escarpement inférieur s'est montré fossilifère à Timassinine ainsi qu'auprès d'El Goléa; il est nettement cénomanien.

Bientôt, une seconde exploration fut confiée au lieute» nant-colonel Flatters.

Roche n'hésita pas à repartir, plus résolu que jamais, fort de l'expérience acquise et plein de confiance dans le succès. On sait comment une odieuse trahison mit fin k cette nouvelle entreprise. Avec son ami Béringer, Roche fut une des premières victimes* Il toniba vaillamment et nous a laissé le souvenir d'un noble cœur, d'une de ces intelligences d'élite qu'on ne saurait trop regretter. Son nom, tristement célèbre désormais, n'en sera pas moins glorieux

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