‹ Exploration du Sahara: les deux missions du lieutenant-colonel FlattersChapitre 8 sur 26 · IS · texte numérisé non relu

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Les coordonnées géographiques ci-dessus, obtenues par le calcul, ne concordent pas absolument, au moins pour les longitudes, avec celles que l'itinéraire a fait ressortir. Aussi, d'après M. l'ingénieur Béringer lui-môme, elles étaient destinées à subir une modification ultérieure.

A Ouarglâ, l'exploration n'était encore que commencée; il fallait maintenant procéder à son organisation définitive et se préparer à la véritable traversée du Sahara, dans des directions à peu près inconnues et au milieu d'une région dont les difficultés exigeaient à l'avance les soins les plus attentifs. Le séjour à Ouarglâ ne devait pas avoir d'autre but.

Séjour à Ouarglâ. — Organisation définitive de la caravane. — Difficultés

pratiques. — Prix de locations.

Dès l'arrivée à Ouarglâ, le lieutenant-colonel Flatters s'occupa des mesures propres à faciliter son excursion vers les régions du sud. Ce qui lui importait le plus, c'étaient les guides et les moyens de transport. Ni les uns, ni les autres ne lui faisaient défaut; il s'agissait seulement de bien choisir les premiers et d'obtenir les seconds à un prix raisonnable.

« L'idée qui semblait dominer chez lesGhambâs, écrivaitil à ce sujet, c'était de nous conduire, leur caïd entête, et de former exclusivement à eux seuls notre caravane. Il est certain qu'ils sont à même de nous bien guider, en raison de leur connaissance du pays des Touareg, jusqu'à la latitude de Rhât. Cependant, il y a bien des réserves à faire en ce qui concerne l'exclusion d'autres indigènes, et il ne convient d'ailleurs, en aucune manière,

de transformer Texploration en une sorte de réquisition de tribu. »

Un fait à noter, c'est que peu d'entre eux s'offraient pour guider la mission au delà de Rhàt. « Nous ne connaissons pas le pays au sud de cette ville, disaient-ils. En allant ayec vous, nous voulons pouvoir répondre de vous et vous conduire en toute sécurité. Nous répondons de tout jusqu'à Rhàt. Les Touareg Azdjer sont nos amis; sur leur territoire , nous sommes certains d'arriver. Avec les Hoggar, nous sommes bien; mais il nous faut tàter le terrain. >

Ces réticences montraient déjà que le danger ou l'obstacle devait venir des Hoggar ^ Mais à cet égard, il n'y avait encore rien de précis.

Les Ghambàs offraient à Flatters de le conduire par Timassinine et lui conseillaient d'envoyer de ce point, cinq ou six d'entre eux, avec le mokhaddem de Sidi Tidjani, à deux ou trois jours en avant, pour préparer les voies. Si la négociation avec les Hoggar réussissait, ils assuraient qu'il pourrait traverser leur territoire et qu'ils l'accompagneraient. Sinon ils inclineraient vers l'est, dans le pays des Azdjer, et, comme il exprimait le désir de s'écarter des routes déjà suivies, ils lui promettaient de le mener par un autre chemin que celui de Si Ismaïl Bouderba.

Bien que 40 jours suffisent pour aller d'Ouarglà à Rhàt, ils s'engageaient à faire durer ce voyage une centaine de jours, pour lui permettre d'explorer à son aise. < C'est à Rhàt seulement, qui est comme une sorte de port dans le Sahara, disaient-ils, que vous trouverez à vous organiser pour le Soudan. Y Ils lui indiquaient les Tynilkoum comme faisant métier de ces sortes d'opérations et lui offraient enfin de le ramener avec eux, s'il ne réussissait pas à s'entendre avec ces indigènes. Ils lui citaient la mission Barth et

i . Ahaggar, des Touftref .

Richardson, qui, partie de Mourzouk en juin 1860, avec l'intention de passer à Test de Rhftt, fut obligée de s'y rendre et d'avoir recours aux Tynilkoum.

Il était donc évident que la difficulté devait venir des Hoggar; et, soit intérêt, soit nécessité politique ou pratique, il y avait une tendance marquée à diriger l'exploration vers Rhftt. On se trouvait donc en présence d'une de ces indications dont la persistance est le principal caractère et que la sagesse conseille souvent aux voyageurs d'écouter, alors môme qu'ils n'en saisissent pas la véritable raison. Flatters ne pouvait se dissimuler le fait; mais n'ayant pas d'intérêt à visiter Rbât,il jugea prudent de ne prendre à ce sujet aucun engagement et de voir plus tard s'il ne pourrait pas faire autrement.

Du reste, le zèle même des Chambfts devenait pour lui, dans son excès, une sorte d'embarras. Le caïd avait fait une véritable levée de boucliers ; en se laissant accompagner par eux, la mission pourrait avoir aux yeux des Touftreg, l'aspect d'une expédition; son caractère pacifique se trouverait modifié, et de plus, elle serait à la merci de son escorte. Ces considérations conduisirent le lieutenant-colonel à réduire le nombre des Chambâs qui se présentaient et à leur adjoindre des hommes d'autres tribus, par exemple, des Mekadmas et des Béni Thour. Le caïd fut invité à modérer son zèle, et on lui fit comprendre que sa présence n'était pas nécessaire. Le chef de la mission déclara qu'il lui suffirait de 40 chameliers à pied et de 20 hommes d'escorte à méhari : les premiers, payés à raison de 2 francs par jour, les seconds, à raison de 4 francs ; les vivres devaient être à leur charge, sans entrée en campagne, mais avec avance sur la solde au départ, pour achat de trois mois de vivres, et le complément payable au retour. Il se réserva la faculté de donner des gratifications après service fait et renvoya ceux qui ne tenaient pas à partir dans ces conditions.

Après d'assez longues conférences, et grâce à un cadeaa offert au caïd, ces propositions furent acceptées et plusieurs Chambâs furent engagés.

Restait la question des chameaux. Une commission nommée le 26y pour procéder aux achats nécessaires et dont le khalifa de Tagha faisait partie, s'était trouvée en présence de prétentions exorbitantes. On savait qu'il en fallait près de 200, qu'on était pressé et que l'État payait. Gela suffisait pour élever les prix. Dès le 27 cependant, après de longs pourparlers, la commission avait pu en acheter 35, au prix moyen de 180 francs. Il fallut songer à se munir également de bâts, de cordes, de tellis pour les charges; et les ressources locales étant insuffisantes, il fallut en commander.

A cette cause de retard, s'en ajouta une autre. Les campements des tribus de l'aghalik d'Ouarglâ étaient très dispersés, quelques-uns à six journées de marche. On dut, par conséquent, attendre assez longtemps pour l'arrivée des chameaux. Peu à peu cependant, les achats se terminèrent, et le 3 mai, il ne manquait plus que cinquante de ces animaux.

Le lendemain, les indigènes engagés ayant été rassemblés, reçurent, par-devant le cadhi, les avances promises ; les sections de bagages furent formées et les charges réparties pour l'arrimage. Ce jour-là, 4 mai, la caravane se trouva définitivement constituée; composée de 30 hommes d'escorte, guides et chefs chameliers, plus 50 chameliers, elle se trouvait en mesure de quitter Ouarglâ le 5 mars, dans les délais prévus au départ de Paris. Le chef de la mission, en se félicitant de ce résultat, crut devoir en attribuer le mérite au concours empressé de Tagha d'Ouarglâ, Abdel- Kader Ben Amar, lieutenant de spahis et à l'intelligence de M. le sous-lieutenant Le Chatelier.

Au point de vue des dépenses, il dut reconnaître que les prévisions seraient dépassées. Gela tenait à diverses causes. D'abord l'arrivée de la mission avait produit une hausse des

denrées ; puis, le récent passage de la colonne du général de La Tour d'Auvergne, commandant la subdivision de Médéah, avait fait le vide sur la place. Voici du reste quel était, à cette date, Tétat des finances de l'exploration. Le 4 mars, les avances et les achats étant terminés et les 250 chameaux rassemblés, les frais depuis Paris s'élevaient à 166 434 fr. 90, non compris ce qui devrait être remboursé aux Ministères de la Guerre et de la Marine, pour instruments, chevaux, pharmacie^ etc. L'encaisse étant au départ de 233 496 fr. 25, il ne restait donc pour les dépenses ultérieures que 67 061 fr. 35. C'était peu, car on n'était encore qu'au début de Texploration ; mais les avances étaient faites pour deux mois et en fin de compte, s'il y avait à prévoir sur les frais à venir une augmentation proportionnelle à celle qui avait déjà été constatée, on pouvait espérer qu'elle ne dépasserait pas 50000 francs. C'était du reste, à peu de chose près^ le crédit qui avait été demandé par le chef de la mission, dans son projet primitif.

Bref, tout était prêt pour la traversée des nouvelles contrées que nos compatriotes allaient explorer, et le lendemain 5 mars, ils devaient se mettre en route. Les 50 chameaux qui manquaient encore, rejoindraient la caravane à Medjira, sous la conduite de M. Le Chatelier qui restait à Ouarglà pour les attendre.

Considérations géographiques qui ont fait décider la direction suivie par la mission. — Départ de Ouarglà. — Nature du sol. — Arrivée des derniers chameaux. — Renseignements sur Tétat politique du Sud. — Indications sur les routes du Sahara. — Importance d'Aïn Taïba. — Aspect général de la région des gassi. — Hauteur des dunes. — Fond d*£l Biodh. — Traversée du Hamada. — Zaouia de Timassinine. — Situation politique.

Avant de suivre nos explorateurs dans le cours de leurs pérégrinations, il ne sera pas sans intérêt de résumer d'à-

bord les considérations géographiques qui avaient fait choisir, au début, les directions nouvelles où ils allaient s'engager.

La bande de dunes qui limite le sud de nos possessions algériennes et qui couvre le lit de l'Igharghar sur une étendue de 360 kilomètres environ, offre deux points d'étranglement. L'un à l'est, correspond à une bande de terre dure, dite El Gassi, ayant près de 12 kilomètres de largeur,, sur 120 de longueur, et réduit la traversée des sables à moins de 60 kilomètres. C'est un chemin de caravanes; Bouderba le prit en 1858 et il peut être suivi en partant de Ouarglâ.

L'autre par El Goléah, correspond comme point de départ, à Laghonat.

Des avantages, résultant d'une discussion approfondie, avaient fait donner la préférence à l'étude d'un tracé par Biskra jusqu'à Ouarglà. Mais c'est au delà de ce point surtout que la question prenait un caractère nouveau, dont les difficultés n'échappaient à personne. Il y aurait à franchir 14 degrés géographiques, soit probablement les 1800 kilomètres qui séparent Ouarglâ du Niger, et il fallait réunir d'abord tous les renseignements déjà connus sur l'orographie de cette partie du Sahara.

A l'est, on savait que le massif du plateau des Hoggar, placé vers le 24* parallèle, lance vers le nord l'Oued Igharghar,dans la direction de Ouarglâ, et vers le sud, divers afQuents du Niger. Au nord du Hoggar, s'allongent entre rOued Igbarghar et le Touat, deux plateaux, qui laissent entre eux une plaine assez large.

Le plateau nord donne naissance à l'Oued Mia qui passe à Ouarglâ.

Celui du sud ou plateau de Mouydir est traversé par les caravanes et parait offrir quelques ressources ^

1. Itinéraire d'une caravane au pays des Nègres, par le général Daumas .

Ces deux plateaux donnent naissance, comme l'ouest du Hoggar, à divers oueds qui vont dans le Touftt, rejoindre rOued Guir. D'après Barth et Duyeyrier, ces affluents vont ensuite se perdre dans des dunes vers l'ouest et atteindre peut-être les salines de rAdrar;mais cette assertion n'est encore qu'une hypothèse.

Au centre du Sahara, le plateau de Tanezrouft semble former une ligne de partage entre l'Oued Guir et le Niger. Sa vaste étendue et les pertes d'hommes et d'animaux qu'y éprouvent les caravanes, ont largement contribué à la réputation redoutable que s'est acquise le Sahara. Aussi les indigènes préfèrent-ils le tourner par l'est, pour atteindre le HaoussaS ou par l'ouest', pour se rendre du Maroc à Timbouktou. C'est une difficulté de premier ordre et le passage le plus inhospitalier que Ton connaisse ; c'est lui qui a fait dire que la traversée du désert était impossible.

Il se prolonge à l'est par des plateaux de nature semblable, constituant un ensemble de sols élevés, rocheux, inhabitables, traversant normalement les directions à suivre. Au milieu, cependant, on signale sous le nom de Timissao, une coupure, qui a servi de passage à l'invasion musulmane; elle est traversée par une vallée, affluent du Niger, qui descend d'un col situé entre les plateaux de Mouydir et du Hoggar. C'est par là qu'on pourrait se rendre de Timassinine au Niger sans trouver de sables et en suivant des vallées'.

Au point de vue politique, on doit se borner à des appréciations d'influence religieuse. Au Touât et à l'ouest, on fait la prière au nom du sultan du Maroc; chez les

1. Itinéraire d'une caravane aupay^ des Nègres, par le général Daumas.

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