Route de Caillié
3. Ces renseignements, tirés en partie de l'ouvrage et de la carte de M. Henri Duveyrier, ont été recueillis par les soins du Ministère des Tra- Yaux publics.
Touareg et à l'est , au nom du sultan de Gonstantinople.
De ces considérations étaient résultés deux tracés. L'un par I*est, partait d'Ouarglâ pour atteindre le Gassi et gagner righarghar près de Timassinine, où l'on supposait une rivière permanente; il remontait ensuite cet oued et son affluent TOued Tadmark, redescendait vers le Niger par rOued Inemadjen, franchissait avec lui lapasse deTimissao, et arrivant ainsi au souk de Tademeka, ancienne capitale des Touâregy ruinée au seizième siècle, il gagnait enfin par des vallées fréquentées, la limite des pluies tropicales, où Ton est assuré de l'existence de la végétation.
Un autre tracé partant d'Ouarglâ, gagnait El Goleah, le plateau de Tademaït, le Touàt et le Tanezrouft.
En résumé, les avantages résultant de la facilité du parcours semblaient donner la préférence au tracé oriental; mais les notions étaient encore trop vagues pour qu'un choix définitif fût possible sans des explorations préalables.
L'une d'elles, la plus importante, par Timassinine, l'Oued Igharghar, le col voisin de Chik-Salah, l'Oued Inemadjen, la coupure de Timissao et le souk de Tademeka, avec recueil de cotes barométriques et relèvement des reliefs, était confiée à la mission Flatters.
Son chef savait, il est vrai, que bien des circonstances pouvaient le faire dévier de la route, et déjà à Ouarglà il avait constaté les influences multiples qui tendaient à le faire appuyer vers l'est.
Mais il n'en était pas moins résolu à tenter l'impossible et c'est dans ces conditions qu'il partit de Ouarglà, le 5 mai 1880, se dirigeant vers Timassinine et campant, pour la première journée à Rouissftt, à une heure seulement de la ville*.
1. Avant de pénétrer plus profondément dans les régions sahariennes»
EXPLORATION DU SAnARA. 33
Le 6 mars, en quittant Rouissàt% la caravane traverse la plaine appelée Oued Ouarglà, laisse à droite celle que forme rOued Mia et coupe la ligne suivie en 1858 par Bouderba. Dans ces parages, le mot c oued » prend une extension nouvelle et ne signiûe plus rivière^ ni lit de rivière, ni cuvette, mais simplement plaine, plaine de forme quelconque avec végétation, reg ou nebka. Ces plaines sont généralement circonscriles par des gour allongés, qui les font ressembler à des cirques. Quelquefois d'autres gour surgissent au milieu et les divisent en bandes allongées ; de là le nom d'oued; mais il faut constater, d'après les noies mêmes du
il devient nc^cessaire de faire connaître les locutions en usage pour exprimer les principaux accidents du sol.
Gara (au pluriel Gour), mamelon rocheux ou de terrain ferme, sorte de témoin du sol primitif. Sa forme est ordinairement conique, avec ou sans chapeau à bords dépassant plus ou moins.
Argâ (au pluriel Areg), grande colline de sable meuble, comme une gara émiettée.
Sif (au pluriel Siouf), arête en long comme un tranchant de sabre, que présente Targa, par suite de TeATritement do la roche sous Taction des agents atmosphériques.
Armalh, gara d*un faible relief.
Gourdh, haute dune conique isolée, sans arête en longueur.
Nebka f sable mi-meuble, praticable malgré quelques vallonnemenis peu sensibles.
Reg, sable ferme, avec ou sans gravier, plaine unie et nue.
Houdk, dépression en forme de cuvette, dans les gour, dont le terrain est ferme.
Sahan, large dépression à fond plat, en forme d*assiette, couverte de végétation. Par extension, dans Textrême Sud, le sahan de grandes dimensions devient Toued, et réciproquement, sans qu*on se préoccupe d*une ligne de thalweg.
Haich, pâturage.
Kantra, pont, hauteur entre deux dépressions.
FeUfij bande de terrain plat, qui sert de col ou de passage.
Oudje, face d'une dune.
Torbaf terre à foulon.
1. L'orthographe adoptée par le lieutenant-colonel Flatters pour les noms arabes ou touareg a été généralement conservée, malgré les divergences qu'elle présente avec celle d'auteurs compétents. Ces divergences tiennent à ce qu'il emploie d'habitude les expressions de l'arabe vulgaire. Elles seront signalées, du reste, quand il y aura lieu.
chef de la mission, qu'aucune idée de thalweg ne se rattache à cette expression.
Arrivée le 7, au campement de TOued Smihri, à travers une succession ininterrompue de gour et d'oued, la mission y trouva des pâturages abondants et un temps pluvieux, qui fut accueilli par les indigènes comme une faveur du ciel. Elle y séjourna le 8 et en profita pour recueillir d'utiles renseignements sur les routes qui relient entre eux les points principaux du pays
Elle apprit ainsi, que le chemin direct d*0uarglâàlnsalah, passe par rOuedMia, tantôt dans le lit de l'oued, tantôt coupant en ligne droite les détours, par étapes de 25 kilomètres. Ce trajet compte 34 étapes, savoir : i. El Arf. — 2. Sottour. — 3.Bou-Khenissa (eau). — 4. Bel-Kbach. — 5. El Ferdjani. — 6. Hassi Fouares (eau). — 7. Hassi Djdid (eau). — 8. Hassi el Haïcha (eau). — 9. Mdjidian. — 10. Mchaïguen (eau). — il. Hassi Djemel (puits comblé). — 12. Zmila (nom commun à plusieurs endroits, petite smala, petit camp). — 13. Garet ben Hanira. — 14. Saïba. — 15. Rehag el IteL — 16. Guettaa m'ta Troudi. — 17. Mechra el Ahsa. — 18. Moqtela. — 19. Tenif Djaerin. — 20. Zmila. — 21. Zmel el Harcha. — 22. Moqtela m'U Sîdi Mdellel. — 23. Gherid bou Lahia. — 24. Bou Aroua. — 25.Tlouki.— 26.Sobba. — 27. Fedjen Naam. — 28. Aghrid. — 29. Isakki. — 30. Diat Damran. — 31. El Malah. — 32. Hassi Erraa (eau). 33. — Hassi Mengar (eau). — 34. Zaouïa Sidi Hadj Mahmed, qui n'est autre qu'Insalah, ou plutôt la réunion des sept petits ksour dont se compose Insalah.
Pour tracer cette ligne d'étapes sur la carte, écrivait Flatters, il faut tirer une droite d'Ouarglà à Insalah et la partager en 35 parties égales, en mettant Bou Khenissa à 25 kilomètres au nord-ouest de Hassi Terfaïa.
La ligne directe de Hassi Smihri à Nefta, vers Test-nordest, peut aussi être tracée par points de 20 en 20 kilomètres, savoir : 1. Hassi ben el Atmaia (eau). — 2. Hassi el Guenami
(eau). — 3. Hassi el Feridj (eau). — 4. Hassî ben Naadj (eau). — 5. Hassi ben Taïeb (eau). — 6. Hassi oum Rous (eau). — 7. Hassi Khedraïa (eau). Avant d'atteindre ce dernier point, on coupe l'Oued Igharghar, qui est à fond plat, de nebka, avec de petites dunes et un peu de damran comme végétation. — 8. Hassi Abdelkader ben el Hadj, ou Mouilab (eau). — 9. Mouia oulad Messaoud (eau). — 10. Taïeb. — H. Mchieb. — 12. El Alem. — 13. Mouïa Rebah (eau). — 14. Messeguess. — 15. Djebali. — 16. El Bachchana (eau). — 17. Sabria, une des oasis qui entourent Nefta, comme Rouissàt, Adjadja, Chott, etc., entourent Ouarglâ.
Ce trajet comprend deux plaines et deux petites chaînes accidentées ; il se fait sur terrain nebka et fournit aux chameaux une bonne végétation. Les Chambàs y campent souvent.
S), de Smihri, l'on marche directement vers Test, sur rOued Igharghar, par LefTaya, on a un parcours de 75 kilomètres environ, mais sans eau, excepté à LefTaya.
La direction de l'Oued Igharghar depuis El Goug, devait être naturellement Tobjet de recherches attentives. On apprit ainsi qu'en venant de Temacin, les gîtes ordinaires sont d'abord ceux que l'itinéraire avait suivis ; puis, Chegga Metekki, Rhedraîa, Meggarin, Oued Sioudi. L'Oued Sioudi est un afHuent de l'Oued Igharghar avec lequel on le confond souvent ; mais il n'arrive pas à l'Oued Igharghar. a C'est, dit le journal de route, un oued qui court parallèlement à righarghar jusqu'à Meggarin, suivant une direction générale sud-est. Gomme tous les oueds de la région, comme l'Oued Igharghar lui- môme — qui est pourtant mieux défini avec une pente du sud au nord, au moins jusqu'à Matmat — c'est une cuvette, une assiette à fond plat, plus ou moins allongée, sans pente appréciable.
» A partir de l'Oued Sioudi, si l'on remonte l'Oued Igharghar, on rencontre successivement : Bir et Teboul,
Bel Rlouta, Mekhanza^ au nord du point marqué par la carie de M. H. Duveyrier. C'est là que se trouve le Ras el Gassi Chergui; puis Teniaguin, débouché sud des grandes dunes, où Too rencontre de l'eau et où passent les caravanes se rendant dlnsalah à Ghadamès, par El Biodh du sud. Au delà, on ne sait pas ce que devient TOued Igharghar, quoique l'on sache qu'il vient du Hoggar; mais son lit est envahi par les dunes. »
Le 9 mars, la caravane atteignit Medjira, après avoir traversé une série de kantras très mouvementés. Ce fond constitue un oued qui communique vers Touest-nord-ouest avec rOued Alenda. Elle avait déjà pu se rendre compte que la meilleure route pour aller d'Ouargla à Aïn Taïba, est bien celle qui, laissant Medjira à l'est, passe par Terfaïa, Smihri et Hassi bon Rouba.
M. Le Ghatelier rejoignit la mission à Medjira, comme il était convenu, avec le complément de chameaux. Mais ceux-ci avaient d^autant plus besoin de se refaire, que les pâturages jusqu'à Aïn Taïba, étaient relativement maigres et que le puits de Djeribia, comblé depuis plusieurs années, obligerait à cinq jours de marche sans eau. Il fallut donc se résoudre à prolonger le séjour à Medjira.
C'est là que le chef de la mission reçut la visite de Si ben Ahmed ben Cheikh, ex-caïd des Hab er Rih, fraction des Chambâs Bon Rouba, campée en ce moment à une cinquantaine de kilomètres vers le nord-est. 11 venait voir Tancien commandant supérieur du cercle de Laghouat et lui recommander quelques-uns de ses parents qui faisaient partie de la mission. Il lui donna en outre quelques lettres pour les Ifoghas, avec lesquels il était en relations, et lui apporta d'utiles renseignements sur l'état politique du Sahara. D'après lui, les nouvelles données sur la cessation des hostilités entre les Ahaggar et les Azdjer étaient vraies. Depuis un an même, une paix plus ou moins solide, comme toutes celles qui ont précédé, avait été conclue entre eux. II
EXPLORATION DU SiHARJL. 37
ajoutait que les Idhamareiiy Azdjer d'origine, étaient passés aux Hoggar.
Ce ne fut pas le seul profit que la caravane retira de son séjour à Medjira. Elle recueillit, en outre, des indications sur un trajet de Medjira à Insalah, et apprit qu'en le partageant en étapes espacées de 30 kilomètres environ et en suivant une direction générale sud-ouest, on rencontrait les points suivants : 1. Hassi Sidi Kaddour (eau). — 2. Gourdat £1 Djelfa. — 3. Gourd oulad Aîch Hassi (eau). — 4. Gourd Aïssa. — 5. Drâ el Atchan. — 6. Toukoumsit. — 7. Lemsied (r^dtr, plein quand il a plu). — 8. Tinkettarin (redirs). — 9. Insokki (eau). Insokki est un des nombreux affluents de l'Oued Mia. — 10. Oudiat Damran. — H. Ghebka. — 12. Aguelman (eau). — 13. Raha. — 14. Chbika. — 15. Hassi el Mengar (eau). — 16. Insalah. a Sur cette ligne, écrivait Flalters, on ne coupe pas TOued Mia luimfime, mais un très grand nombre de ses affluents de droite, qui comptent des quantités de sources. Oued Mia signifie la « rivière aux cent sources. »
L'Oued Mia est séparé de Medjira par une centaine de kilomètres, dont les points principaux sont : Oued Meguerba (eau), Boukhira (hassi) et Saîba. Cependant la plaine qui s'étend le long de sa rive droite, s'appelle aussi Oued, ce qui permet de le considérer comme venant assez près de la ligne Ouargla-Aïn Taïba.
On apprit aussi à Medjira qu'il était possible de se rendre d'Ouargla à El Biodh, en évitant les grandes dunes d'Aïn Taïba, et qu'à 80 kilomètres au sud-est de Medjira, commençait le Gassi de Mokhanza, passage droit comme une rue entre les dunes, sur un parcours de 300 kilomètres, jusqu'à El Mouilah, et s'élargissant seulement dans quelques parties, surtout vers le sud. Les Chambàs le suivent à grandes journées de méharis quand ils sont en chasse; mais les caravanes qui marchent plus lentement, ne peuvent agir de môme, faute de points d'eau.
Ce gassi ou fond à terrain ferme, appelé Gassi Chergui, n'est pas suivi par l'Oued Igharghar, qui se dirige plus à Test et est envahi par les dunes. Il reparaît au sud des duneSy à Teniaguin, sur la ligne d'Insalah à Gbadamés.
Le 12 mars, la mission quitta Medjira pour se rendre à Djeribia. Elle rencontra en route, les traces encore visibles d'une ghazia exécutée en 1878, par des Touareg du sudouest du Djebel Hoggar (région du Taïtok), sur les Oulad Saiah de Tougourt, à plus de 100 journées de marche. Les chameaux furent repris quelques jours plus tard à AJn Taïba, par leurs propriétaires aidés de plusieurs Chambâs d*Ouarglâ, et après un combat meurtrier. Ou voit que l'état de paix qui règne dans le pays, est absolument relatif et n'empêche ni les coups de main, ni les meurtres.
C'est dans cette journée, à Hassi el Malah, qu'on entra dans la région des grandes dunes, dont quelques-unes atteignent 80 mètres au-dessus des terrains environnants. « En ligne générale, dit le journal de route, nous avons suivi l'extrémité ouest d'un immense cap formé au nord par les grandes dunes et s'étendant jusqu'au Souf. C'est ce même cap, dont il a été parlé à Hassi ould Miloud dans l'Igharghar. Ici, à Djeribia, nous approchons de sa naissance dans le massif principal du sud et nous en longeons le bord occidental en franchissant des chaînes ou caps secondaires parallèles, dont l'orientation générale est sud-est, nord-ouest. Les reliefs de 35 et 40 mètres se montrent assez souvent; il y a des gour de 70 à 80 mètres...» <( Ce Sahara n'est pas partout un pays absolument plat, comme certaines personnes ont pu se le figurer; le relief général est peu sensible, il est vrai ; mais il y a un très grand nombre de dénivellations de 30 à 35 mètres. Un examen superficiel contribue du reste, à entretenir l'illusion. Quand on regarde le terrain du haut d'une dune, môme avec l'aide d'une lunette, on a l'impression d'une immense plaine ; les mouvements signalés
ne sont presque jamais sensibles, à moins d'être éclairés d'une manière particulière. »
Les Jours suivants, la route fut continuée sans incidents, à travers cette môme succession de dunes et de terrains plats.
A Feidj Damran, le 14, on obtint quelques indications sur la topographie des régions voisines, en particulier sur le massif principal de la grande dune qui finit à l'ouest, à El Nader des Oulad BahamouS près d'El Msied, au sudsud-est de rOued Mia et de Goleah, à 150 kilomètres environ d'Aïn Taïba.
La ligne droite d*AIn TaSba à El Goleah fut signalée comme n'offrant pas de ressources en eau. Ses points de ^te sont : Gourd el Aîch, Oued Mia, Zouabi, Aghrid Laroui, Mech Karda et Goleah. Elle se développe sur un ter* rain hamada.
D'El Goleah à El Biodh, le sol est ferme, sans dunes; on passe par Meksa Inifel (eau), El Msied, Mesegguem (eau) ; entre ces deux derniers points s'étend la plaine, la prairie de Mader, arrosée par de vrais ruisseaux qui, dans les années pluvieuses, coulent vers l'ouest, venant de la dune. £1 Mader, qui longe la dune à l'ouest, possède d'excellents pâturages appartenant aux Oulad ba Hamra. De Mesegguem, on gagne Daiat Ben Abbou, Mekhfog Retem, Menkab Allai et El Biodh.
Ce fut le 16 mars que la mission entra, au départ de Teniet el Oudje, dans l'erg ou massif principal des grandes dunes, c L'erg, dit le journal de route, représente exactement un massif montagneux très accidenté, où tout le terrain est en sable meuble. On est obligé pour passer, de franchir des siauf ou bancs de sable allongés, à talus presque verticaux. Mais, à part ces sortes de barrages, il y a des vallées assez nettement accusées, quoique tellement enche-
1. Tribu arabe qui occupe les abords du plateau de Tademayt et dont le nom, d'après M. Duveyrier, 8*écrit : Bà-hammou
vôlrées, que Toa a de la peine à y découvrir un système général, si tant esl qu*il y ait môme un système. Les talus les plus raides des hautes dunes, pentes à 32 degrés, sont tournés le plus souvent à Touest et au nord-ouest ; ceux des siouf transversaux barrant les vallées, sont plus généralement au sud. Les altitudes absolues ne sont pas très considérables et les plus hautes dunes ne dépassent guère 120 mè très au-dessus du chemin que nous suivons; mais elles paraissent beaucoup plus élevées au premier aspect. »
Le même jour, on atteignit A!n Taîba (« la bonne source »). Le récit de la mission la représente comme une mare circulaire de 100 mètres de diamètre, au fond d'un cratère d'effondrement à pentes de 30 à 35 degrés, dont la profondeur jusqu'au niveau de l'eau, est de 15 mètres. A 200 mètres environ au nord, séparé de la source par un sif, on trouve un cratère semblable, mais à sec et en partie comblé par le sable.
La description qui nous a été laissée de ce point, y signale quelques rares palmiers, une ceinture de roseaux autour du bassin et des eaux d'excellente qualité, que la négligence des indigènes et les débris organiques finissent par rendre infectes.
Un Chambà d'Iusalah, parent d'un des guides de la caravane, la rejoignit à Aïu Taïba et lui donna sur l'état des esprits dans le pays, des renseignements satisfaisants, analogues à ceux qu'on avait déjà recueillis.
On ne fit à Aïn Taïba qu'un court séjour et, après avoir renouvelé la provision d'eau, seule ressource sur laquelle on devait compter jusqu'à El Biodh, on repartit le 19, marchant droit au sud magnétique, et pénétrant pour plusieurs jours, dans la région des gassi et des feidj, obstrués par les dunes. La première vallée dans laquelle s'avança la caravane est celle de Feidj Alenda, bordée par des dunes de 120 mètres de haut, sillonnées de siouf en zigzag qui varient avec le vent. C'est dans celte contrée que l'orientation uniforme des dunes du nord-ouest au sud-est, tournant
peu à peu au sud ou au sud-sud-ouest^ doit être attribuée à une direction persistante des courants aériens.
Du Feidj Alenda, la caravane passe dans le Feidj Beîda, vallée relativement étroite, d'une largeur de 700 mètres, à fond ferme, dur et d'une longueur de 25 kilomètres ; elle débouche ensuite dans un passage difQcile de 4 kilomètres et pénètre dans le gassi Ghessal, ainsi nommé du nom d'une plante qui y abonde. Le journal de route nous fait remarquer à cette occasion, qu'il ne faut pas, dans la région des dunes, attacher trop d'importance aux noms, c La plupart des points, d'après le journal, n'ont pas de désignation fixe. Un individu passe et remarque quelque chose ; il donne un nom. Un autre remarque une chose différente ; il donne un autre nom. Tout dépend du guide qui conduit. > En résumé, depuis c Âïn Taïba, écrit le lieutenant-colonel Flatters le 20 mars, nous avons suivi une ligne de gassi plus ou moins barrés. Par Feidj Alenda et Feidj Beîda, nous débouchons dans un gassi vrai ; et, à l'est sont deux autres gassi, dont le plus oriental est cel ui de Mokhanza. A notre gauche, à l'ouest, on compte cinq gassi ou plutôt cinq feidj; car ils sont relativement étroits et tous barrés de distance en distance. Tout ce système est en ligne parallèle nord-sud; ce qui confirme ce qui a été dit de la forme générale de la région de l'erg. Chaînes et vallées parallèles nord-ouest au sud-est et nord au sud, avec seuils et barrages çà et là, sans préjudice des communications transversales par les dépressions des chaînes. Mais il faut constater que celles de ces communications qui peuvent être classées comme
réellement faciles, paraissent être en nombre excessivement restreint. »
Le lendemain, la caravane se développa dans un gassi de 3 kilomètres de largeur, plat, s'étendant au sud à perte de vue, comme une immense route entre deux chaînes de tlunes dont les plus élevées ont 150 mètres de hauteur. Elle atteignit ainsi une sorte de presqu'île appelée Gheridat-
ti EXPLORATION DU SAHARA.
el-Biodhy qui avait été poussée de Touest à Test par les dunes de la chaîne de droite, et qui constituait une dune nouvelle. Des indigènes se rappelaient avoir vu à cette place le sol du gassi. On distinguait, en effet, des traces de caravane qui étaient interrompues par la presqu'île. € Là, dit le journal de route, se trouvent des dunes de 50 mètres. C'est, dans l'ouest de l'erg, le seul cas remarqué par les indigènes de la marche d'une dune de quelque relief; ils s'accordent à dire que dans cette région, sauf les siouf et les talus à pentes raides qui varient selon la puissance des vents, la dune est immobile. Pour l'est, c'est autre chose; ils disent que de ce côté^ la dune est en formation et que des vieillards se rappellent avoir vu le Hamada, entre Ouarglâ et Ghadamés, à la môme place où, aujourd'hui, il faut circuler pendant dix jours à travers l'erg. »
La roule suivie par la caravane la conduisit de là au Teniet el Begra, puis dans le Gassi el Adham (u gassi des ossements »), ainsi nommé d'un amas d'ossements de chameaux provenant d'une ghazia faite en 1849, par les Touareg sur les Ghambàs et reprise peu après par les seconds. C'était le temps de la guerre entre les Chambâs et les Touareg Azdjer.
Le 24, nos explorateurs étaient encore dans le Gassi el Adham, d'où ils passèrent dans un dédale de siouf enchevêtrés, et au delà, dans un immense gassi venant du nordnord-est et se prolongeant à perte de vue au sud-sud-ouest. C'était le Gassi Mokhanza qu'ils devaient franchir obliquement et que le chef de la mission signale comme ayant, au point de vue des communications sahariennes, une importance particulière. € Tout, dit-il, concourt à démontrer que sur cette ligne, depuis Ouarglâ, on ne rencontrerait aucun passage difficile à travers le massif de l'erg et par conséquent, sous réserve d'une vérification, qui devrait être l'objet d'une étude spéciale, ce serait sans doute le meilleur tracé à adopter pour une voie ferrée. » Il en indique ensuite la
direction jusqu'à El Biodh du sud, par Terfala, Hassi Leffaya, Ben Nemel, Bel Ghesal, Mokhanza ; ou moins directement par Bou Rouba, Feidj Damran et Mokhanza. Il place Mokhanza plus au nord que la carte de M. Duveyrier et fait observer qu'il y a deux points appelés El Mouilah : l'un, donné par la carte de M.Duyeyrier, sur la ligne Insalah-Ghadamès, à 40 kilomètres environ à Test-nord-est d'El Biodh, l'autre, qu'il appelle El Mouilah Matallah, qui est celui du Gassi de Mokhanza, et qu'il faudrait placer à 40 kilomètres nordnord-ouest d'El Biodh, au milieu du gassi.
A 4 kilomètres environ au delà du Gassi Mokhanza, nos voyageurs débouchèrent, le 24 mars, daos la Sebkha d'El Biodh, longue dépression de 5 kilomètres environ, s'étendant le long du gassi, au pied de la chaîne des dunes de gauche. C'est une saline, au sel amer et peu utilisable, que la caravane traversa obliquement, pour aller camper au puits même d'El Biodh. C'est là qu'elle rencontra, pour la première fois, une plante verte appelée El Bethind par les Arabes, désignée par le journal de route sous le nom de El Bothima^ espèce de jusquiame qui devait, un an plus tard, jouer un rôle si funeste dans la ruine des débris de la seconde mission. Quoi qu'on en ait dit aux explorateurs, cette plante est signalée par M. Duveyrier comme extrêmement vénéneuse, sous le nom d'Hyoscyamus Falezlez. Notre célèbre voyageur Saharien la connaissait par expérience, ayant eu un cheval qui mourut en quelques heures pour en avoir mangé, et s'étant trouvé lui-même fortement indisposé, pour avoir simplement goûté une feuille de cette herbe maudite.
La mission resta à El Biodh les 25 et 26 mars, qu'elle employa surtout à recueillir des renseignements sur les environs et sur les itinéraires qui l'intéressaient. D'après les indications qui lui furent données, la ligne directe d'El Biodh au Hoggar, conduirait à Amguid, sur le haut Igharghar, par la voie duhamada, en terrain pierreux, sans pente.
et seulement ayec quelques ravins insignifiants. Ce serait un trajet de 250 kilomètres que des méhari feraient en quatre jours. Au delày les données communiquées au lieutenantcolonel Flatters concordaient à peu près avec l'itinéraire qu'il devait étudier lui-même l'année suivante, mais en restant dans un certain vague. Les Chambâs ne lui parlaient du haut Igharghar que par ouï-dire et s'excusaient de l'imperfection de leurs connaissances, sur ce que les Touareg ne voulaient pas laisser pénétrer les étrangers dans leur pays. Ceux d'entre eux qui s'étaient rendus à Idelès, avaient suivi la voie d'Insalah et les chemins de l'ouest. Les restrictions constatées dans leurs récits s'étendaient à la ligne de Timassinine à Idelès, qu'ils indiquaient comme devant passer par Tahohait sur l'Oued Igharghar, au pied du tombeau de Cheikh Othman; puis par l'oued lui-même, par Tenelakh, Amguid et le bas Gharis; ils la faisaient ensuite tourner vers le sud-ouest, pour aller vers la ligne dlnsalah et le Tiûdest par Ras Tifidest, l'Oued Abiodh et Taourirt Quant au chemin direct de Timassinine au Hoggar, on apprit qu'il passait par Tlghargharen et l'Oued Samen, où se trouvent l'eau et les pâturages.
Le séjour fait à El Biodh fut assez court; la mission n'avait qu'à reconstituer sa provision d'eau. Elle repartit le 27 mars pour Timassinine et le lac Menkhough.
Elle parcourut d'abord un terrain à fond de sebkha qui n'était autre que celui de la sebkha même d'El Biodh, et atteignit bientôt le sentier ou medjebed de Ghadamès à Insalah, qui se développe sur une vaste plaine parsemée de tamarins; elle la traversa, en prenant désormais sa direction à l'est-sud-est. La route passe, en cet endroit, au col le plus voisin de l'extrémité ouest du gour situé en avant de Gourd Khelal, col que la caravane dut également franchir. La végétation de cette contrée était extrêmement abondante. On gagna ensuite un plateau, hamada couvert de cailloux irréguliers, et au delà le ravin de Safia,
que la carie de M. DuTeyrier indique près d'EI Mouilah du hamada. En continuant sa marche, la caravane se retrouva dans le lit de TOued Igharghar qui, à 5 kilomètres de Safia, vient du sud-ouest, fait un coude à Test et reprend ensuitela direction nord-nord-est; elle passa au sommet de Tangle formé par le coude sud-est-ouest C'est dans cette partie de leur itinéraire, que les membres de la mission rencontrèrent leur premier gommier et les premiers échantillons de la lave du Hoggar, pierre légère, noire, poreuse, que les Touareg avaient indiquée comme pouvant brûler, ce qui fit croire à l'existence du charbon de terre dans leur pays. On sut plus tard qu'ils utilisent les qualités poreuses de cette pierre, en la trempant dans l'huile et l'allumant ensuite. La mission traversa le lit de l'Oued Igharghar, en regrettant de ne pouvoir en faire la reconnaissance, en amont et en aval. Mais il devenait indispensable de s'entendre d'abord avec les Touareg et le succès des opérations ultérieures pouvait être compromis, si, au lieu de régler d'abord cette question politique, on s'occupait du levé de la carte. Il fallut donc se contenter de l'exploration topographique de la ligne suivie par l'ilinéraire.
Sur la rive droite de l'Oued Igharghar, on atteignit un plateau qui porte, comme le massif central du Sahara, le nom de Tanezrouft, et d'où Ton descendit dans un fond de sebkha, pour aboutir enfin aux ravins de la zaouïa de Timassinine et à la zaouïa elle-même. C'était le 29 mars et, dans son journal provisoire, le chef de la mission résume ainsi l'aspect des dernières régions traversées, u Depuis Safia, dit-il, nous traversons une série de hamadas, dont une coupe faite sur notre itinéraire, représenterait assez bien une succession de gradins en crémaillère, une sorte d'escalier immense avec des marches inclinées en largeur, dans le sens sud-est, nord-ouest et d'une longueur indéfinie dans le sens nord-est, sud-ouest sans préjudice de la vaste coupure de TOued Igharghar et des sillons
el dépressions secondaires, de forme plus ou moins irrégulière. »
La zaouîa deTimassinine construite en l'honneur de Sidi Moussa dont la tombe est à côté, sous la coupole d'une Kouba, est entourée de 150 à 200 palmiers et gardée par un hartani (nègre sang mêlé, libre, né hors du Soudan) du Touat, nommé Sliman ben Abderrhaman, qui l'habite depuis dix ans environ, vivant de son jardin et des aumônes des voyageurs; ce qui ne l'empêche pas d'être à son tour rançonné par les maraudeurs.
La mission resta àTimassinine jusqu'au i^' avril, étudiant la situation et faisant aux environs d'utiles reconnaissances. Son chef* cherchait alors les moyens d'aborder le Hoggar et de s'aboucher avec les gens du pays. Mais voyant qu'il n'y avait, dans le voisinage, aucun campement de Touareg, il résolut de leur envoyer un émissaire. Par une fatalité dont nous aurons sans doute l'explication un jour, il choisit Ceghir ben Ghikh, un de ses Ghambâs, marié à une femme des Ifoghâs, qui devait moins d'un an plus tard être le premier à le trahir, à lui voler sa jument et à le frapper d'un coup mortel. Cet homme qui connaissait bien le pays, devait partir en avant, avec des lettres du lieutenant-colonel et des marabouts de Tidjani, pour Abdelhakem,son parent, chef des Ifoghâs, dont le territoire comprenait Timassinine. Il avait aussi des lettres qu'il devait expédier au vieil £1 Hadj Ikhenoukhen et aux chefs des Ouraghen et des Maghasaten.
Ces dispositions prises et la provision d'eau renouvelée, la caravane se trouva prête à continuer son voyage. Mais avant de la suivre, il sera utile de jeter un coup d'œil en arrière sur les observations qu'elle avait recueillies, depuis Ouargla.
Les données sur les ressources du sol, quoique assez uniformes et assez pauvres en indications utiles, au moins dans la région des gassi, peuvent se résumer comme suit :
e ce
mais % 100 më r 5 mëtn
Ç.tf
Abondante, tionnelle.
Eau assez bo dante, pu
Eau bonne, mare de profondeu
es >•
es
es
6fi