ORIGINE DES TOUAREG
A quel peuple primitif, à quelle langue primordiale rattacher les Touareg et le dialecte qu'ils parlent ? Comment établir leur filiation ?
L'opinion des Touareg sur ces diverses questions a l'avantage d'être unanime.
u Nous sommes Imôhagh, disent les Azdjer ; Imôcharh, disent les Ahaggàr et les Aouélimmiden; Imâjirhen, disent les Touareg d'Aïr.
« La langue que nous parlons s'appelle temâhaq ou temâcheq , suivant les dialectes.
« Les Arabes ont donné à nos tribus le nom de Touareg et à notre langue celui de târguïa, du participe arabe târeh, au pluriel tou®,
qui signifie \qs abandonnés a de Dieu, » sous-entendu, parce que nous avons, pendant longtemps, refusé d'adopter la religion que les Arabes nous apportaient, et parce que, après l'avoir embrassée, nos pères ont souvent renié la foi nouvelle. Mais ce nom, qui rappelle une situation ancienne dont le souvenir est aujourd'hui injurieux pour nous , n'a jamais été celui de notre race.
« Les cinq mots, Imôhagh, Imôcharh, imajirhen, temàhaq, temâcheq, qui sont les noms de notre race et de notre langue, dérivent de la même racine, le verbe iôhagh, qui signifie : il est libre, il est fraiic, il est indépendant, il pille. »
La signification historique de cette racine sera ultérieurement précisée.
Quant à la filiation des Touareg du Nord, elle a été dreseée, pour chaque tribu noble, par le Cheikh-Brahîm-Ould-Sîdi, réputé l'homme le plus instruit parmi les Touareg, ses contemporains, dans une Note adressée à Sîdi-Mohammed-el-'Aïd, le grand maître de Ja confrérie des Tedjàdjna, note qui m'a été remise en original et qui est acceptée par les Touareg comme étant l'expression de leurs communes opinions.
Voici l'analyse de cette pièce :
« Tu nous demandes des renseignements sur notre origine. Je réponds : Notre descendance la plus générale est celle des Êdrisides de Fez; quelques-uns viennent d'Ech-CMngult, entre Timbouktou et l'Océan ; d'autres sont des gens de l'Adghagh, entre le Niger et nos montagnes.
« Nous descendons des Êdrisides par un chérîf qui fut tué par le roi Ourmîn, et ce çhérîf est à la fois l'ancêtre commun des chorfa d'Azdjer, des chorfa de Kerzâz* et des chorfa d'Ouazzân*.
« Ainsi nos chorfa Ifôghas et Imanân sont de la même lignée que les plus grandes familles du Maghreb.
i. Les chorfa de Kerzâz existent encore à TabalbfUet, entre le Touàt et le Tafîlelt Us y possèdent une iâouiya qui jouît de la plus grande réputation.
Ceux qui y entrent ignorants, malades, affamés, nus, attristés, en sortBtttiBfttruits, guéris, rassasiés, habillés, coosolés. 0u moins, c'est ce qu'^n disent les indi-
2. Les chorfa d'Ouazzân habitent une ville du Maroc , entre Fez et Tanger. Ils sont les chefs de la grande confrérie des Mouley-Ti^eb, et, à ce tidne, ils consacrent l'ioTestHure des empereurs du Maroc à chaque changement de réigne.
ORIGINE. 5t^
« Si tta nous demande» de ihre^i caractériser les origines de chaque tribu et de distinguer les nobles des serfs , nous te dirons que Botre ensemble est mélangé et entrelacé comme le tissu d'une tente dàffô lequel entre le poil du chameau avec la laine du mouton. 11 faut être habile pour établir ane distinction entre le poil et la laine. Cependant nous savons que t:hacune de nos nombreuses tribus est sortie d'tin pays différent. »
Après ces considérations générales, te Cheikh -Brahîm-Ould - SMi passe en revue cha<|ue tribu d'origine noble, en commençant par les Aidj^t* et en unissant par les Âhaggàr. Il continue en ces termes :
lOWâfifw des tf%us du pays éCÂzdjtr.
îmawé^: « Les !manân ou Es^Solatin (les sultans) î^ont de vrais chorfa , moitié Édrisiens de la famille régnante de Pez , moitii^ 'Alou^iettSs descendant de Stdna-Aly, peiit-fils du Prophète, h
Ûrâghtri : « Ils sont lUs de sultans par leurs pères, mais vilains ]f»r leurs mères, car elles ne sont pas .toutes de nobïe origine. >>
Imanghasâten: « Ils sont issus des Arabes de l'Est fArab-ech^ Cheiig). Ni leur roture, ni Jeur noblesse n'est bien démontrée. S'il y a parmi eux des ûls de sultans, ils ne sont pas bie» nombreux. »
ffôghas: « Dans l'origine, les Ifôghas we faisaient qu'une seciie tribu avec les louadàJen, tes f gaouaddàren , les Idaoara'a et tes AheU ë^oôki et toutes ces fractions constituaient la population de la viUe d'ËS-Soûk. 1»
t( Es-Soûk, ajoute un commentateur, -était mie ville trè&^g^aDde et trè&-peâplée, située à moitié chemin entre *n-Sâlato et Gôgio, sur la m&{JB qui relie ces deux points, à peu près à i" ancienne limite de k race blanche et de la race noire.
u Les Noirs ont bâti E&^ùk;
*« bftS Touareg l'ont conquise, occapée, agrandie, ejnbe^ie ;
h Elle ^ 'été àémiite à trois iTgprisftB différentes :
A Une première fois par r^vie;
« Une seconde fois par des plantes épineuses, tellement épaisscB qu'on ne pouvait trouver une place pour prier Dieu (probablement l'hérésie)^
(( Une troisième Ibis par rennômi ;
Tâïtoq : « Partie de cette tribu est de la race des Imanân d'Azdjer, c^est-à-dire de la descendance des Édrisiens; partie est originaire des Ahel-Fadày, du pays d'Aïr, où la souche de leur tribu existe encore.» (Ce sont les Kêl-Fadày de M. le docteur Barth.)
tt Mais tous sont d'origine noble; on le reconnaît à leur science et à leur manière de vivre.
« Cependant, parmi eux, a côté des Aheè-Bît'êl-Bîdh (gens de maison blanche ou de sang blanc), il y a des Àhel-BihâS'So&d (gens de maison noire ou de sang noir). »
Kèl^Rhelà : u Ce sont des Ebna-^ld, c'est-à-<tire des /Us d« kurs pères , qui tous avaient pour aïeul le sultan £l^'Alouî.
« Parmi eux sont des fils de Hatîta ;
« D'autres sont des fils d'Kl-Mahoûk, targui, ayant du sang de chorfa. »
Ikadèen : u Ils sont originaires d^Bs-Softk, mais de famiRes blanches. »
Irhechchoùmen : « Aussi originaires d'Es-Soûk.
« Une partie de la tribu descend des Édrisiens et une autre partie a pour pères des Ikadéen.
« Je ne sais si cette dernière partie est un essaim détaché de la tribu paternelle ou bien si elle est née de la prostitution de leurs mères. »
Tèdjèhè-n-oU'Sxdi : « Ceux qui restent des Oulâd-Aoused ont des pères sultans, et ils ne font qu'une même tribu avec les Imanân des Azdjer. Leur séparation n'indique qu'une bifurcation du même arbre.»
Tédjélié-MeUen ou Oalâd-Meçaoud : «Ce sont des nobles; huit d'entre eux, les Ouggoûg, ont trace du sang de chorfa. »
Le commentateur ajoute : « Ils sont très-forts et très-hauts de stature*. »
Autres tribus : « Elles sont originaires de Es-Soûk, mais de familles Bîl-esSoùd, c'est-à-dire mulâtres. »
Celte Note^ 9^e j'ai ^n^lysée^, pour qq pa$ fatiguer te lecteur, aY^He un grand mélange de sang, et assigne comme dernière station à la presque totalité des Azdjer et dtes Ahaggâr, avaint leur fixation dans les montagnes dont ils ont pris le nom, une ligne circulaire de l'Ouest au
1. Les Ghorfe du Tafllelt (Maroc) sont aussi remarquables par leur tiôlle élevée.