‹ Exploration du Sahara: Les Touâreg du nord;Chapitre 114 sur 139 · Mot à tnM c amà péè^^sMùt H du, aktti pays · texte numérisé non relu

Mot à tnM c amà péè^^sMùt H du, aktti pays

au besoin, et, au cas d'une guerre qui appelle tout le monde sous les armes, nobles et serfs, de prendre le commandement des serfs.

Tout travail manuel est considéré par les nobles comme indigne de leurs seigneuries; ils seraient même disposés, en leur qualité de gentilshommes, à n'apprendre ni à lire ni à écrire, si l'obligation de suppléer par la correspondance aux relations orales, que l'espace à parcourir rend souvent impossibles, n'imposait au plus grand nombre, nobles ou serfs, hommes ou femmes, la nécessité de la lecture et de l'écriture.

D'ailleurs, la vie des nobles est loin d'être inactive, car, pour remplir les devoirs qui leur incombent, ils sont toujours par voies et par chemint, par monts et par vaux. L'espace que chacun d'eux parcourt dans une année dépasse tout ce que l'imagination la plus féconde peut supposer. Chez les Touareg, une femme franchit à méhari 100 kilomètres pour aller à une soirée, et un homme sera quelquefois dans la nécessité de voyager vingt jours pour aller à un marché. L'immensité du désert dévore la vie des nobles.

Des Marabouts.

Les marabouts, inislimin, sont des nobles qui ont abdiqué tout rôle politique dans la gestion des affaires des confédérations pour conquérir une plus grande autorité religieuse, autorité nécessaire dans une société où la justice n'est représentée par aucun pouvoir et où la loi de la force est souvent la seule invoquée, où enûn l'instruction publique, civile ou religieuse, serait délaissée sans leur puissante intervention.

Les marabouts, chez les Touareg, sont donc à la fois ministres de la religion, ministres de la justice et ministres de l'instruction publique.

Prêtres, ils veillent au maintien de l'orthodoxie musulmane et prêchent la vertu et la morale par l'exemple de leur vie autant que par leurs paroles, car, chez les nomades, il n'y a ni mosquées ni lieux de réunion pour la prédication.

Juges, ils interviennent, comme amiables compositeurs, dans toutes les querelles d'individu à individu, de tribu à tribu, de confédération à confédération, de Touareg à étrangers. Souvent ils sont assez heureux pour faire entendre le langage de la saine raison , mais

ils n'ont d'autre pouvoir que celui d'hommes à l'estime desquels on tient généralement.

Professeurs, ils enseignent, suivant le degré de leur instruction, tout ce qu'ils savent eux-mêmes : la lecture, récriture, le Coran, aux enfants; l'histoire, le droit, la théologie, l'astronomie, le calcul, à ceux qui se constituent leurs disciples, telâmid, et, par ces disciples, marabouts comme eux de naissance, ils font pénétrer l'enseignement dans toutes les classes de la société.

A la différence des marabouts arabes, qui attendent leurs clients à domicile, les marabouts des Touareg, pour peu qu'ils veuillent exercer de l'influence sur leurs contribules*, sont obligés, comme des missionnaires, de se rendre partout où leur intervention est nécessaire. Un marabout, le Cheikh-'Othmàn entre autres, est souvent forcé d'être, pendant des mois, des années entières, absent de sa zàouiya.

Ne l'a-t-on pas vu venir en France chercher à établir de bons rapports entre nous et les peuplades dont il est le chef religieux I

Dans une sociiié comme celle des Touareg, sans l'intervention des marabouts dans tous les actes de la vie privée et publique, le désordi^e et l'anarchie n'auraient plus de limites. Des hommes qui remplissent ' la mission si difficile de maintenir dans les bornes du devoir un élé^ ment aussi mobile et aussi passionné méritent, au plus haut degré, la considération de toutes les personnes de cœur de toutes les reli* gions et de toutes les civilisations. Aussi le gouvernement français doitril être félicité d'avoir accueilli le Cheikh-'Othmân et ses deux disciples, avec la distinction dont il les a entourés pendant leur voyage en France, et je ne doute pas que la bienveillance dont ces marabouts ont été l'objet ne produise les meilleurs effets chez les Touareg.

Une leçon du Cheikh-'Othmân à ses disciples, à sa sortie des Tuileries, mérite d'être consignée ici :

a Chacune des religions révélées, leur dit-il, peut élever la prétt tention d'être la meilleure: ainsi, nous, musulmans, nous pouvons a soutenir que le Coran est le complément de l'Évangile et de la « Bible, mais nous ne pouvons contester que Dieu ait réservé pour (c les chrétiens toutes les qualités physiques et morales avec lesquelles « on fait les grands peuples et les grands gouvernements. »

i. Contribule , de la même tribu. Ce mot a pour les tribus la même valeur que le mot concitoyen pour les habitants de la même ville.

S3ft TOUAREG DU NOBD.

Cette Femargue. dans ia bouche d'ua oif^abauti oms^vd^, révèle une haute philosophie en même temps qu'une instruction solide: ear les fanatiques n'admettent, pour les chrétiens, de supériorité que par rintervention du diable, et seulement pour égarer les mMSulmans.

Des Tribus mixtes.

Je donne ce nom, à défaut d'autre, à des tribus qui ae sont ni nobles, ni serves, mais qvii achètent cependant la liberté en payant un impôt aux nobles.

Cet impôt est celui de la gharâma, qui existait autrefois ea Algérie sous la domination des Turcs.

Cette classe correspond à celle des ra'aya de l'Orient.

Dês Serp.

J'ai longtemps hésité à traduire le mot amrhid, pi. imrhâd, par le mot français serf, par la raison que les Touàrçg, à défaut d'un laot spécial, traduisent le mot temàhaq amrhid^ par oelui de ra*0Ufa en arabe, lequel correspond au mot sujei de aotr^ langue : mais V\^^ ' tation a cessé a partir du moment où j'ai su que les tribus mixtes représentaient les vrais ra'aya et que la religion musulmane défendait aux marabouts d'avoir des imrhâd.

Le ra'aya des Arabes et des Turcs est un sujet, plus ou moins corvéable, plus ou moins contribuable, mais ce n'est qu'un ra'aya politique, tandis que ramrhîd est un ra'aya social, c'est-rà-dire un serf dans la pire acception du mot, serf duquel on peut exiger non-seuler ment des corvées et des contributions, mais encore Tabandoii aJi^Iii de tout ce qu'il possède.

En droit, l'amrhîd plaidant devant u^ kâdhi contre son maître ne lui doit rien, parce que la loi musulmane, qui admet l'esclavage, repousse l'inféodation de l'homme à l'homme : mais^ en fait, chez les Touôreg, l'amrhîd doit tout, parce que, dans ce pays, l'autorité du sabre remplace souvent celle de la Icii.

Cependant, avec le droit de la force, comme avec tous les autres droits, il y a des accommodements.

Dans la pratique ordinaire, le droit du maître restant absolu sur les biens du serf, le maî|r^ aime guç! le §ç^f soit riçh^ ^ a^g^m, ep

DIVISIONS FÎT CONSTITUTION SOCIALE. âlfl

troupeaux, en eficlaves, en jnobilier, et il lui laisse toute liberté pour arriver à la fortune, parce qu'il sait devoir trouver )à, en cas de besoin, des ressources qui ne lui seront pas refusées, mais dont il n'usera qu'aveo discrétion pour ne pas décourager le serf, pour ne pas tuer la poule aux œufs d'or.

Le noble, je l'ai déjà dit, ne se livre à aucun travail manuel ; sa grande occupation est d^assorer la séeurité des routes au proQl du commerce.

 répoque des récoltes, il se rapproebe des eaais habitée^ par les commerçants doat il protège le$ intérêts) là, ses clients lui font une part sur les produits de leurs jardins, et il vit temporairement dç cette Ame.

A l^poque où les caravanes marcbenl, il oampe sur tes routes et il se nourrit des dMfa que lui offrent les voyageurs.

Entre temps, il vieat s'^installer ches ses serfs, et oeux-^çi Talir mentent.

F^r ces demierii, exolosivemeal oeoupés de pourvoir à leurs propres besoins, et d^ailleurs beaucoup plus nombreux que les nobles, la charge est lourde, sans doute, car le pays est pauvre, mais eUe n^exoède pas leurs forces.

Parfois t quand le noble a perdu ses chameaux, soit par excès ëe fatigue, soit par manque de nourriture, il se remontera chez ses serilB, et ces derniers trouveront cet impôt presque légitime: car., si les nobles usent des chameasx pour assurer la séourité du pays, les serfs n'ont guère d'autre besogne sérieuse que d*en élever, et , pour eela, l'espace leur est abandonné en pacc^ge, et ils savent toujours ehoîsh*, pour y conduire leurs troupeaux, les vall^ les plus ptantit^ reuses.

Les redevances ordinaires ées imrbàd envers leurs miû^res ooDsis» tent à leur donner annuellement un chameau , une botta ou pot de beurre, à leur réserver le lait de dix brebis ou chèvres et à garder leurs troupeaux. De cette fonction spéciale leur esc venu le surnom de kilrêéUh gens de bétail.

Il feut bien que les nobles n^abusent pas trop de leurs serb, car il en est qnelque-uns plus riches que leurs maîtres. De ce non^bre est un nommé Ël-Hàdj -Mohammed, die la tribu des Iworworen, serf de r^mîr Ikbenoûkhen, dont la fortune est égale à celle de son nM^tre, incontestablement le plus riobe des Touareg du Nord. Ce

Hâdj-. Mohammed, qui doit sa position à^son kiteUigence, est trèscoDsidéré, et il n'est pas rare de voir Ikhenoûkhen prendre ses conseils.

Le serf se transmet par héritage ou donation, mais ne se vend pas , condition qui le distingue de l'esclave.

Quelle est l'origine de l'asservissement des imrhâd?

Plusieurs réponses sont faites à cette question.

Chaque noble possède, suivant sa fortune, un nombre plus ou moins considérable d'esclaves noirs qui souvent, à la mort dé leurs propriétaires, sont affranchis. C'est une œuvre pie chez les musulmans. Dans la société targuie, l'esclave affranchi nç peut trouver à louer ses bras pour vivre; fatalement il est amené à transformer son affranchissement en servage , car souvent son retour dans sa patrie est impossible. Ainsi se recrutent journellement les tribus d'imrhâd noirs désignés sous le nom d*ikelân.

Les imrhàd blancs sont de même origine que les autres Touareg et proviennent de tribus congénères asservies par la force des armes, ou qui ont réclamé le protectorat des nobles.

Quelques-uns attribuent le servage à la position exceptionnelle de la femme chez les Touareg. Les extrêmes se touchent, et souvent , comme dit le proverbe, le mieux est l'ennemi du bien.

Chez les Berbères sahariens, la femme dispose de la plus grande partie de la richesse. Or, il s'est trofivé, dans les temps anciens, dit la tradition , des femmes non mariées possédant de nombreux troupeaux, et qui, dans l'impossibilité de les défendre par elles-mêmes Contre le vol et le pillage, ont réclamé le protectorat de familles princières et ont consenti à leur payer tribut. Plus tard, ces femmes se sont mariées et leurs enfants ont constitué le noyau des premières tribus serves.

Mais ce ne peut être qu'une des origines nombreuses du servage.

Dans V Histoire des Berbères d'Ebn-Khaldoûn , l'exemple de l'asservissement des vaincus ou de leur réduction en servage est souvent mentionné. Si le servage ne s'est pas maintenu comme fait plus général dans l'Afrique septentrionale , c'est qu'il a été aboli ,• comme chez les marabouts Touareg, au nom de la morale islamique.

Mais les Touareg ne sont pas les seuls à ^voir des serfs : les Oulàd-Bâ-Hammou , Arabes nomades du Touât , ont aussi des imrbâd ,

les uns Arabes, les autres Berbères. Il est vrai de dire que les Oulâd- Bà - Hammou , comme les Touareg , appartiennent à une confédération indépendante de tout gouvernement régulier.

Au Nord du Sénégal aussi, plusieurs tribus arabes ou berbères tiennent sous leur dépendance d'autres tribus dont l'état social me . paraît correspondre à celui des imrhâd chez les Touareg*

D'après les hommes les plus éclairés dont j'ai pris l'avis, le servage, pour quelques tribus imrhâd des Imanân, daterait du règne du dernier amanôkal, Gôma, qui tuait impitoyablement ceux qui résistaient à ses volontés, et qui, pour ses méfaits, fut tué lui-même par Bîska , l'un des principaux chefs des Azdjer.

Déjà, à cette époque, la réduction des faibles en servage paraissait un fait tellement monstrueux, tellement contraire à la morale du Coran , qu'un homme de haute lignée n'a pas craint de se dévouer pour débarrasser son pays d'un tel monstre.

Quant aux autres imrhâd , leur asservissement est antérieur à la conversion des Touareg à l'islamisme, ou doit dater de la dispersion des Kêl-es-Soûk par le roi de Gôgo.

On comprend qu'alors des familles faibles, étrangères au métier des armes, et voulant échapper à la mort ou à l'esclavage qui les attendait en tombant au pouvoir du roi noir et païen , aient acheté la protection des nobles en se constituant leurs serfs.

D'ailleurs , font remarquer les nobles , la plupart des imrhâd ont eu pour mères des esclaves noires; s'ils fussent restés dans la condition que leur créait le ventre de leurs mères , d'après la coutume targuie, ils auraient dû être esclaves. En devenant serfs, ils ont conquis la liberté personnelle et ont pu épouser des femmes blanches , ce qui est à la fois un grand avantage et un grand honneur pour eux.

L'enfant, chez les Touareg, suit le sang de sa mère;

Le fils d'un père esclave ou serf et d'une femme noble est noble ;

Le fils d'un père noble et d'une femme serve est serf;

Le fils d'un noble et d'une esclave est esclave.

u C'est le ventre qui teint l'enfant, » disent-ils dans leur langage primitif.

Et, ajoutent-ils, «l'amrhîd, quels que soient son intelligence, son instruction, son courage, sa force, sa richesse, ne peut s'affranchir du servage.

« Il ne peut ni se racheter, ni fuir, car son maître a sur lui un droit imprescriptible. »

Cependant , quand il y a mélange successif et prolongé de sang noble avec le sang serf dans la même famille, on admet que l'amrhld puisse devenir un demi-noble. On en cite quelques rares exemples.

En général, les imrhâd sont aussi fiers d'être Touareg que les nobles, et, pour défendre l'honneur de leur nom, ils font merveille quand ils sont appelés au combat, surtout quand ils se battent contre les Arabes, ces grands mangeurs, qu'ils accuseraient volontiers d'affamer la terre , tant ils envient même leurs plus modestes repas.

On a écrit que les imrhâd, par mesure de prudence, n'étaient pas armés , et que jamais ils n'étaient appelés à combattre, dans la crainte qu'ils n'apprissent à tourner leurs armes contre leurs maîtres.

C'est le contraire qui est presque la vérité, car tous les imrhâd ont le sabre, la lance, le poignard, le bouclier, et quelques-uns même des'fusils achetés, quand les nobles n'ont que des fusils donnés.

Dans toutes les guerres, les imrhâd sont les premiers en avant, et ils se croiraient déshonorés si on ne les appelait à défendre la cause de leurs maîtres.

Souvent ils entreprennent des rhezî pour leur compte ou avec le concours des nobles, et, dans ces expéditions périlleuses, ils se montrent audacieux comme des hommes qui ont à racheter leur infériorité sociale par une supériorité dans la profession qui a ennobli leurs maîtres.

Quand des contestations s'élèvent entre des tribus imrhâd , elles les vident les armes à la main.

M. le commandant Hanoteau , dans son Essai de grammaire temâr chek\ raconte longuement une querelle entre les Isaqqamâren et les Kêl-Ouhât, deux tribus serves du Ahaggâr.

La tradition n'a transmis la mémoire d'aucun fait ressemblant à une coalition des serfs contre leurs maîtres , quoiqu'il y ait parfois des actes de rébellion d'individus assistés des membres actifs de leurs familles. Mais le respect du maître est si grand que , par l'intervention des autres imrhâd, tout rentre bientôt dans l'ordre.

On cite le cas d'un amrhîd, maltraité par son maître, qui alla se plaindre à Tripoli. 11 y a longtemps de cela. Le sultan de cette ville,

croyant à une révolte des serfs qui lui permettrait d'avoir raison des nobles Touareg, envoya contre eux une armée, laquelle arriva jusqu'à Djânet. On lui permit de mettre à mort le coupable, et l'armée rentra à Tripoli. Les descendants du noble et de l'amrhîd, acteurs dans ce petit drame, existent encore aujourd'hui et vivent dans de bons rapports.

Des Esclaves,

Presque tous les Touareg nobles et riches ont des esclaves nègres du Soudan amenés par les caravanes , et aujourd'hui vendus à vil prix dans le pays. Quelques serfs en possèdent aussi.

Les oègres servent de domestiques, gardent les troupeaux, font des convois; les négresses, quand elles sont des concubines, accompagnent leurs maîtres dans leurs longs voyages; autrement, elles remplissent le rôle de servantes dans les ménages et permettent aux dames de bonne famille de vaquer à leurs plaisirs avec une liberté que ne connaissent pas les femmes arabes.

L'esclavage, chez les Touareg comme chez tous les peuples musulmans» est très-doux et n'a rien de commun avec le travail forcé des colonies* Dans la famille musulmane , l'esclave est traité par ses maîtres avec les plus grands égards, et il n'est pas rare de vcir l'esclave se considérer comme un des enfants de la maison.

De la Femme.

S'il est un point par lequel la société targuie diffère de la société arabe, c'est par le contraste de la position élevée qu'y occupe la femme comparée à l'état d'infériorité de la femme arabe.

Chez les Touareg, la femme est l'égale de l'homme, si même, par certains côtés, elle n'est dans une condition meilleure.

Jeune fille, elle reçoit de l'éducation.

Jeune femme, elle dispose de sa main, et l'autorité paternelle n'intervient que pour prévenir des mésalliances.

Dans la communauté conjugale, elle gère sa fortune personnelle sans être jamais forcée de contribuer aux dépenses du ménage, elle n'y consent pas : aussi arrive-t-il que, par le cumul des produits, ta plus grande partie de la fortune est entre les mains des femmes.

A Rhàt, la presque totalité de la propriété foncière leur appartient. Nous Tavons déjà vu.

Dans la famille , la femme s'occupe exclusivement des enfants, dirige leur éducation.

Les enfants sont bien plus à elle qu'à son mari , puisque c'est son sang et non celui de Tépoux qui leur confère le rang à prendre dans la société, dans la tribu, dans la famille.

£n dehors de la famille, quand la femme s'est acquise, par la rectitude de son jugement, par l'influence qu'elle exerce sur l'opinion, une sorte de réputation, on l'admet volontiers, quoique exceptionnellement, à prendre part aux conseils de la tribu. Libre de ses afctes, elle va où elle veut, sans avoir à rendre compte de sa conduite, pourvu que ses devoirs d'épouse et de mère de famille ne soient pas négligés.

Son autorité est telle que , bien que la loi musulmane permette la polygamie, elle a pu imposer à l'homme l'obligation de rester monogame, et cette obligation est respectée sans aucune exception.

Pour que la femme targuie ait pu se placer ainsi au-dessus de la loi, de la religion et des passions, il lui a fallu plus que la puissance attractive du sexe féminin sur le sexe masculin.

Cette puissance, quelle qu'elle soit, elle l'a exercée, et les résultats attestent son heureuse influence, car, dans le même milieu, quelle différence entre la famille arabe polygame et la famille targuie monogame !

Dans cette dernière, malgré de grands éléments de dissolution , la monogamie a retenu autour du foyer domestique de très-beaux restes de ces vertus qui ont fait jadis la gloire de la race berbère. Dans la famille arabe, au contraire, du moins dans certaines tribus du Sahara, malgré de meilleures conditions matérielles d'existence , la polygamie a fait descendre assez bas le niveau de la morale publique pour que le père, avant de marier sa fille, puisse exiger d'elle le remboursement, prélevé sur son corps, de ce qu'elle a coûté à sa famille, et pour que la fille, déshonorée selon nous, rachetée suivant les idées locales, soit d'autant plus recherchée en mariage, qu'elle aura eu plus de succès dans le commerce de ses attraits. La conséquence de ces prémices est que la femme arabe , tombée dans la décrépitude à l'âge où la femme monogame brille de tout son éclat, descend au rang des bêtes de somme pour servir son père, son

mari, ses enfants, voîre même la femme qui l'a remplacée dans les faveurs de l'époux et qui partagera bientôt avec elle le fardeau de la domesticité.

Que d'enseignements découlent de ces constatations !

Dans la société targuie, le rôle du marabout et celui de la femme semblent plutôt procéder de la civilisation chrétienne que des institutions musulmanes. Paut-il voir dans ces deux exceptions un reste d'une tradition ancienne? Rappelons-nous que les Touareg portent ce nom pour avoir longtemps repoussé et renié l'islamisme. Parmi eux il y a eu lutte et lutte prolongée entre une foi antérieure et la religion nouvelle. Mais, quelles que soient les causes de la résistance des Touâr reg à l'islamisme, il est hors de doute que leur société exception-, nelle, au milieu de tant d'éléments de destruction, s'est maintenue, telle que nous la retrouvons, par la femme et par le marabout.

La civilisation française, dont nous sommes fiers à si juste titre, n'est-elle pas aussi l'œuvre de la femme chrétienne et des évêques éclairés du moyen âge?

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