‹ Exploration du Sahara: Les Touâreg du nord;Chapitre 118 sur 139 · ll3-:l · texte numérisé non relu

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INSCRIPTIONS TBPtNAGH.

CARACTÈRES DISTINCTIFS. m

mettrait de donner aux Touareg le surnom de Conservateurs du tef\r nagh, l'usage du voile est pour 1q vulgaire un signe plus caractéristique encore; car, dès leur arrivée en Afrique, les Arabes ont immédiatement appelé ces peuples : Molâthemin, les voilés , ou Ahôlel'lithâm, les gens du voile; et les historiens arabes leur ont depuis conservé ce surnom.

Le voile, en effet, est d'usage général chez les Touareg, et ils ne le quittent jamais, ni en voyage, ni au repos, pas môme pour manger, encore moins pour dormir; de là, grande difficulté pour voir le visage d'un targui.

Quoique, par imitation, les chefs arabes de Timbouktou, les princes Fellâta, les gens d'Jn-Sâlah, de Ghadâmès, de Rhât, les Arabes nomades du Touât, et les Teboû, aient aussi la figure voilée ou couverte, les Touareg sont réellement les seuls chez qui l'usage du voile est général et passé dans les mœurs.

11 est difficile de remonter à l'origine de cette coutume et de lui assigner une cause.

L'usage du voile est hygiénique, dit-on. Il préserve les yeux de l'action trop intense du soleil, le nez et la bouche de la poussière fine des sables et il entretient l'humidité à l'entrée des deux principales voies respiratoires, ce qui est important sous un climat où l'air est excessivement sec.

Mais , si une raison exclusivement hygiénique a fait adopter le voile, pourquoi les femmes ne le portent-elles pas? pourquoi les hommes ne se débarrassent-ils pas la nuit, au repos, quand il n'y a ni soleil, ni sables, ni air chaud et sec, d'un vêtement toujours gênant, malgré la grande habitude de le porter?

Un targui, quel qu'il soit, croirait manquer aux convenances en se dévoilant devant quelqu'un, à moins que ce ne soit dans l'extrême intimité ou pour satisfaire à la demande d'un médecin à l'effet de constater la nature d'une maladie. A part ces cas exceptionnels, le voile doit toujours couvrir le visage.

A Paris, j'ai vainement sollicité le Cheikh-'Othmân et ses deux disciples de laisser tomber leur voile devant l'appareil photographique, en leur affirmant que ce n'était à autre fin que d'avoir une image fidèle des traits d'hommes aimés; je ne pus obtenir cette faveur.

Ce n'était pas affaire de religion , car le Cheikb^'OthmÂn i^aiC

SQus les yeux les photographies d"Abd-el*Kâder et du chef de la confrérie doDt il est un des principaux dignitaires, et il ne les blâmait pas de leur condescendance; mais sa qualité de targui lui faisait considérer comme une sorte de profanation de se dévoiler, en dehors de tout regard, même devant le miroir d*un appareil.

On a cru, d'après des informations inexactes, que les Touareg portaient le voile parce qu'ils ne voulaient pas être reconnus comme auteurs des cruautés qu'ils exercent sur leurs ennemis.

Cette interprétation est fausse pour trois motifs : d'abord les Touareg ne sont pas cruels; puis, malgré leur voile, ils se reconnaissent entre eux comme s'ils n'étaient pas voilés; enûn, ils repoussent les armes à feu, qu'ils appellent armes de traîtrise, considérant comme seul honorable le combat à l'arme blanche, corps à corps, face à face.

Parmi les porteurs de voile, on distingue ceux qui font usage du voile blanc de ceux qui ont le voile noir.

Par un contraste fréquent dans la nature, les Touareg à figure blanche, aux traits caucasiques, les nobles en particulier, ont adopté exclusivement le voile noir; au contraire, les hommes de race inférieure, ceux chez lesquels le sang du nègre se manifeste, ont donné la préférence au voile blanc. Ce dernier, plus facile à laver, d'un prix inférieur, est aussi préféré par un grand nombre des habitants des villes de Rhàt, de Ghadàmès et d'In-Sâlah.

De là, deux classes de Lithâmiens : les blancs et les noirs.

Dans le langage vulgaire, et par abréviation, les Arabes disent quelquefois aussi Touareg blancs pour Touareg serfs et Touareg noirs pour Touareg nobles.

Ceux qui ont fait de cette division en blancs et en noirs, d'après la couleur du voile , une division basée sur la couleur de la peau , ont donc commis une erreur.

Anneau de pierre au bras.

Tous les Touareg, dès que leur âge leur permet de prendre les armes, portent au bras droit, entre le ventre du biceps et l'attache inférieure du deltoïde, un anpeau en pierre qui, une fois mis en place, n'est jamais enlevé.

Le but de cet usage, disent les Touareg, est de donner plus de force au bras pour assener un coup de sabre.

Dans les combats corps à corps, quand deux champions se tiennent enlacés de manière à ne pouvoir plus faire usage de leurs armes, chaque combattant cherche à écraser les tempes de son adversaire sous Tanneau de son bras.

Ces anneaux, en serpentine, de couleur verte, avec des raies d'un vert plus foncé, sont larges et arrondis, de manière à ne pas blesser celui qui les porte, On les fabrique dans les contrées où se trouve la serpentine, chez les Aouélimmiden et chez les Azdjer.

Quoique chaque targui, à l'exception des marabouts, ait un anneau à son bras, cet article est assez rare dans le pays pour que je n'aie pas eu l'occasion d'en acheter un pour mes collections.

Seuls, au milieu de tous les peuples qui les environnent, les Touareg portent l'anneau de pierre au bras droit.

Poignard d*avanUbrai.

Il est une arme aussi dont un targui ne se sépare jamais; c'est un poignard plat, de la longueur d'une coudée, fixé par un large bracelet en cuir à la face interne de Tavant-bras gauche, de manière que la poignée soit toujours à la disposition de la main droite, sans gêner aucun mouvement.

Cette arme exceptionnelle, portée d'une manière si exceptionnelle, n'appartient encore qu'aux Touareg seuls.

Succession maternelle, — Droit d*atn$sse politique au profit du fils de la scBur ainée,

( Bent-Oummîa. )

Déjà , la Note de Brahîm-Ould-Sîdi sur leurs origines a fait connaître que les Touareg attachent un aussi grand prix à la filiation maternelle qu'à la descendance paternelle, et qu'entre eux ils distinguent les tribus qui suivent l'ordre de succession maternelle , par le nom de Beni-Oummïa , de celles qui , exceptionnellement , et depuis l'introduction de l'islamisme, ont adopté la succession paternelle , et qu'ils appellent Ebna-Sîd.

Déjà, dans le paragraphe consacré à Rhât, j'ai été amené à constater chez les Berbères Ihàdjenen, fondateurs de cette ville, une constitution de la famille et une loi d'hérédité différentes de celles des autres peuples de religion juive, chrétienne ou musulmane.

. Dans les temps très-anciens, dit la tradition, un de leurs sultans se trouva atteint par le mauvais œil.

Le mauvais œil, quelque chose comme la jeUatura des Italiens!

L'effet du mauvais œil fut que la première femme du sultan conçut de lui un djinn ou génie qui, aussitôt entré dans ce monde, alla rejoindre ses frères dans le royaume des esprits.

Le sultan, comme il arrive toujours en pareil cas, accusa sa femme et la répudia.

11 prit une seconde femme. Même résultat, avec cette différence que le produit de leurs amours fut un inn, autre être surnaturel, au lieu d'être un djinn.

Nouveau divorce, nouveau mariage, renouvelé une troisième, une quatrième, une cinquième fois.

On dit même que le sultan eut la vertu d'aller jusqu'au chiffre de soixante femmes sans pouvoir obtenir, pour héritier de son royaume, autre chose que des inn ou des djinn qui, tous, à leur naissance, disparaissaient, laissant en deuil père et mère et tous ceux intéressés à leur malheureux sort.

Pendant toute cette série d'épreuves, le sultan était devenu vieux et, le chagrin aidant, il ne pouvait songer à convoler à de nouvelles noces.

Quel parti prendre en telle occurrence?

En homme sage, désireux d'épargner à ses sujets les malheurs de la guerre civile, inévitable à sa mort, pour le partage de ses biens et de son pouvoir, le sultan réunit, de son, vivant, une assemblée générale de tous ses sujets, masculins et féminins, et leur demanda leur opinion sur les mesures à adopter pour assurer la paisible transmission de son héritage : grave question, souvent agitée dans le monde.

Beaucoup d'avis furent ouverts. Chaque opinant, voulant être sultan, présentait une solution favorable à ses prétentions. Après de longs et vifs débats, les concurrents au trône allaient en appeler à la force des armes, lorsqu'un des assistants, silencieux jusque-là, parce qu'il ne voulait pas changer sa modeste condition contre un trône , demanda et obtint la parole.

Ce sage était un savant marabout, très-versé dans les sciences occultes : la magie, l'astrologie, la sorcellerie et la connaissance des génies.

Il rappela à l'assemblée les malheurs adveaus à un homme aussi respectable que le sultan régnant et à ses soixante femmes, toutes choisies parmi l'élite des plus nobles familles; il disculpa ces dernières, une à une, des soupçons qui avaient injustement pesé sur elles, — tactique habile pour se rendre favorable la plus belle moitfé de rassemblée et tous ceux de Tautre moitié qui, en galants chevaliers, avaient pris les couleurs de leurs belles, pour assister à la délibération.

Après l'exposé d'une infortune sans précédents dans l'histoire, il démontra que le Grand-Maître des hommes et des choses, celui par la volonté duquel tout arrive, n'avait pas voulu, sans motifs, soumettre le peuple des Imôhagh à une pareille épreuve, et qu'au lieu de se disputer la succession d'un trône qui , grâce à Dieu , n'était pas encore vacant, il était bien plus conforme à la raison 'de rechercher le motif pour lequel le Grand-Maître avait refusé au sultan un fils, héritier de son sang et de son pouvoir.

C'est ce que fît le marabout en interrogeant successivement toutes les probabilités des secrets desseins de la Divinité.

L'énumération des causes possibles ou probables fut longue ; la critique de ces hypothèses fut plus longue encore. Pendant ce temps la passion des prétendants s'était calmée , et l'assemblée , subjuguée par l'éloquence d'un homme qui savait se taire , quand il savait si bien parler, attendait avec impatience la conclusion d'un discours qui révélait une si grande connaissance de choses mystérieuses pour tout le monde.

La conclusion tant attendue arriva.

Dans le cas particulier. Dieu n'avait pas voulu que la transmission du pouvoir s'effectuât par le ventre des épouses ; c'était incontestable.

Cependant, un peuple ne pouvait rester sans sultan, et sans sultan de sang royal ; c'était incontestable encore.

Alors, il fallait chercher ce sang dans le ventre où on était assuré de le trouver, avec le plus de garanties de consanguinité.

La sœur du sultan se trouvait naturellement indiquée, non pour régner, mais pour donner la couronne à son fils aîné.

On le croira sans peine , les femmes applaudirent à une solution qui donnait tant d'importance à leur sexe ; les chevaliers Imôhagh saisirent avec empressement l'occasion de donner une nouvelle preuve de leur galanterie > et la loi Benî-Oummia , proposée par un saint

mais qu'ils s'en abstitonent comme tous les bon» musulmans, eux compris, s'interdisent l'usago de la viande de porc.

Cependant, tous les Touareg me partagent pas la répugnance oommune; ainsi, les marabouts., qui ont le plus complètement rompu avec les anciennes traditions du paganisme, mangent-ils du poisson, de la volaille, des oBuis, oomma de tous les autres aliments que le Coran n'interdit pas.

Les s&rfs et les esclaves ausm, à l'imitation des marabouts, mangent les poissons qu'ils pécbeiit dans les lacs de leurs montagnes. Mais» malgré ces temples, les nobles des Azdjer et des Ahaggàr, chez lesquels la tradition des cultes antérieurs à l'islamisme est plus wvaoe^ s'abstiennent et croiraient faillir à leurs quartiers de noblesse en ne se conformant pas à la tradition.

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