‹ Exploration du Sahara: Les Touâreg du nord;Chapitre 121 sur 139 · TOUAREG DANS LEUR VIE EXTÉRIEURE · texte numérisé non relu

TOUAREG DANS LEUR VIE EXTÉRIEURE

La conservation de leur indépendance au milieu de voisins de races différentes, leurs ennemis ou leurs rivaux, a exigé des Touareg, souvent affaiblis par leurs divisions intestines, toujours à la discrétion d'étrangers pour les besoins de leur consommation, un grand déploiement de vitalité extérieure, ici pour conserver de bonnes relations, là pour défendre leur territoire. L'examen des procédés par lesquels ils font face aux besoins de leur politique n'est donc pas sans intérêt.

Ces procédés sont ceux des nations civilisées : les négociations amiables ou la lutte à main armée. A l'exception de rares moments de trêve, la vie des nobles se passe ou à prendre part à des assemblées, mia'âd, ou à faire la guerre, âmdjer, sous la forme de course, êdjen,

«^ I•^ — Assemblées or Mia'Ad.

Je suppose le cas, journalier d'ailleurs, où s'élèvent des contestations, soit entre Touareg, soit entre Touareg et étrangers. On essaie d'abord les voies de la conciliation. A cet effet, un miaâd est proposé et presque toujours accepté, parce que si les Touareg tiennent à leur réputation d'hommes de guerre, ils aiment aussi à faire preuve d'habileté diplomatique, à se montrer éloquents, mais surtout à prendre leur large part des repas homériques qui ouvrent et terminent les assemblées publiques.

Le choix du lieu de la réunion est toujours une affaire importante, car chaque parti élève ordinairement la prétention de placer son adversaire dans des conditions défavorables pour sa défense , si le démon de la traîtrise venait à s'introduire dans l'assemblée.

kk2 ÏOIAHKG nu NORD.

Quand les circonstances sont délicates, on choisit ordinairement un terrain neutre et on détermine à l'avance le nombre d*hommes armés qui pourront, de part et d'autre, assister à la réunion.

Une fois les préliminaires réglés et le lieu de la réunion fixé d*un commun accord, les chefs, les hommes graves, s*y rendent avec Tescorte convenue.

La politesse la plus exquise préside à la rencontre. Les salutations, les compliments durent le temps nécessaire à la cuisson d'un chameau et de plusieurs moutons.

« Quand le ventre est satisfait, dit un proverbe local, le cerveau est bien près de l'être aussi. »

Conformément aux habitudes musulmanes, la première entrevue s'effectue -sans qu'il soit question de l'objet de la réunion.

En attendant, chaque parii scrute les regards de l'autre, sonde les dispositions hosliles ou favorables des hommes influents et de* mande à la nuit quelque bon conseil.

Le lendemain, la conférence s'ouvre.

Ces congrès, inutile de le dire, ont toujours lieu en plein air et en présence de tonte l'assistance.

Deux arcs de cercle concentriques, formés vis-à-vis l'un de l'autre par les plénipotentiaires, gravement assis à la façon orientale et roulant leurs chapelets dans leurs doigts, marquent la limite de l'enceinte réservée aux orateurs.

Autour, deux autres arcs de cercle réunissent la foule des auditeurs, debout ou assis, qui écoutent, dans le plus grand respect, toutes les raisons pour ou contre, aûn d'en rendre un compte exact aux absents.

Toujours le silence est rompu par une imprécation contre le démon :

« Que Dieu éloigne ses mauvais conseils! »

« Amîn, ainsi soit-il, » répondent tous les assistants.

Chacun prend la parole, à tour de rôle, les chefs des chefs, ceux qui doivent tirer la conclusion, se réservant de parler les derniers.

L'habitude, dans ces réunions, est de parler lentement, distinctement, sobrement, après avoir pesé, avec une grande réserve, les arguments de la partie adverse.

Aucun secrétaire ne dresse procès-verbal de la séance, mais per-

VIE EXIÉinKURE. ii3

sonne n'a d*effort de mémoire à faire pour se rappeler tout ce qui a été dit, tant il y a de calme dans toute la délibération.

Rien n'est simple, mais rien n'est majestueux comme ces assemblées d'hommes voilés, aux vêtements noirs, désarmés pour délibérer, mais dont les lances et les javelots, plantés en terre, se dressent en faisceaux derrière eux. ^

Enfin le moment solennel de la conclusion est arrivé.

La conclusion ordinaire d'Ikhenoûkhen peut se résumer eh ces quelques mots :

u Tout ce que vous venez de dire n'a pas le sens commun. Voilà ce qui sera, quia ego nominor ko, »

Chez les Touareg, comme ailleurs, la raison du plus fort est souvent la meilleure.

• Cependant, comme la diplomatie saharienne ne se tient pas pour battue apràs un insuccès, elle en appelle d'un premier mia'âd à un second, même à un troisième. Souvent, dans l'intervalle, les passions s'appaisent, la réllexion l'emporte sur la colère et un marabout arrive à point pour tout concilier.

Dans ces cas heureux, on ne se sépare pas sans sceller l'alliance nouvelle en mangeant le même pain et le même sel, avec l'accompagnement obligatoire de chamelles et de moutons rôtis, eî, souvent, pour perpétuer la mémoire d'un aussi heureux résultat, on dresse une pyramide en pierres séchas sur le point où le mia'àd a été tenu.

Mais quand, de chaque côté, il y a un Ikhenoîikhen, malgré les efforts des marabouts, malgré l'intérêt général qui réclame la paix, il faut avoir recours à la force des armes.

§ II. — Guerre.

Les Touareg distinguent la guerre , dmdjer, de la course , êdjcn (le rkezl des Arabes), quoique le plus souvent la course soit l'unique manifestation d'un état hostile après une déclaration de guerre.

La guerre offensive et défensive n'est qu'exceptionnellement possible de nomade à nomade. La surprise ou la fuite constitue la seule tactique dans le Sahara, aussi les Touareg doivent-ils toujours veiller et être prêts à lever leurs camps.

Mais avant d'arriver sur le champ de la lutte, il y a lieu de

kkk TOUAREG DU NORD.

faire connaître, de pied en cap, le chevalier targui, son armement, son équipement, sa monture, en un mot tous les détails d'une guerre exceptionnelle.

Armetnent.

L'armement complet d*un targui comprend un sabre, un poignard, une lance, un javelot, un arc, des flèches, un anneau de pierre, un bouclier, quelquefois un fusil et des pistolets.

Le sabre, takôba, est un glaive droit et long, tranchant des deux bords; les plus estimés s^ont fabriqués dans le pays; le plus grand nombre vient de Solingen en Allemagne. (Voir planche XXIV, fig. 2.)

Le fourreau du sabre, partie en fer ou cuivre et partie en cuir, s'appelle tsdoummân. 11 est toujours un produit de l'industrie locale.

Le poignard, télaq, porté sur la face interne de l'avant- bi^s gauche, est tantôt un long couteau de chasse droit, tantôt un large poignard qui représente en petit le sabre actuel de notre infanterie.

Cette arme, que le targui ne quitte jamais, comprend une poignée, une lame, un fourreau et un bracelet.

La poignée est en bois d'ébène , avec des incrustations en cuivre ;

La lame est en acier à trempe douce;

Le fourreau, en cuir rouge avec des garnitures en cuivre festonnées à l'emporte-pièce, peut être considéré comme un ornement;

Le bracelet, en maroquin rouge avec des broderies de soie ou de cuir jaune, permet tous les' mouvements sans les gêner. 11 fait corps avec le fourreau.

Le tout, sauf la lame, est de fabrication locale. (Voir fig. 8.)

La lance, âllârh, de 2" 70 centimètres à 3 mètres de hauteur environ, est une verge en fer, de quatre centimètres de circonférence, fabriquée dans le pays avec du fer tendre de première qualité. Latéralement, sur ses quatre faces, au-dessous du fer tranchant destiné à ouvrir la voie, elle est armée de crochets comme les harpons,, de sorte qu'en la retirant du ventre ou de la poitrine de l'ennemi, on ramène au dehors une partie des intestins ou des poumons. ( Voir

fig. 1.)

Le javelot est une arme de jet, sous forme de lance, avec hampe en bois et pointe en fer à crochets. Un petit javelot se dit târhda, un

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