PREMIÈRE SECTION
D*EL-ODÂD A GHADÂMÈS.
Toute cette section, sur un parcours de trente-sept myriamètres, est un amas de dunes de sable, qui, à très-peu d'exceptions près, couvrent la surface du sol primitif et laissent peu de place à aucune observation géologique autre que celle de la formation des dunes elles-mêmes.
Le sable de ces dunes, fin, jaunâtre, varie dans ses caractères physiques, comme aussi probablement dans ses caractères chimiques, suivant les localités.
J'ai rapporté plusieurs échantillons de ces sables; je regrette de n'avoir pu en faire l'analyse. Ils figureront dans ma collection géologique sous les numéros 1, 2, 3 et 4.
On s'est livré à beaucoup d'hypothèses pour expliquer l'accumulation d'une aussi grande masse de sables sur une aussi immense étendue; je ne crois pas que, dans la limite des observations exactes, incontestables, faites dans les dunes sahariennes, il soit encore
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permis de déduire la loi générale d'un fait géologique aussi considérable.
M. le docteur Mares a vu dans l'Ouest, autour delà Dhâya-Hàbessa, des dunes qui contenaient des coquilles fossiles du terrain sur lequel elles reposaient , et , avec raison , il a conclu de son observation personnelle que ces dunes avaient été formées sur place.
M. F. Vatonne, ingénieur des mines, qui, comme moi, a traversé r'Erg entre El-Ouàd et Ghadâmès, mais à petites marches et de jour, et qui a pu étudier cette région avec plus de temps et de compétence, termine son excellent mémoire* en émettant l'opinion qii'il ne peut exister aucun doute sur la formation des dunes sur place, formation due à la destruction des éléments constitutifs de la roche primitive.
« Cette destruction, dit-il, est due à la dilatabilité des roches, à « la présence du gypse, à l'action des agents atmosphériques, notam- « ment de l'eau, qui a amené à l'état farineux, c*est-à-dire à un état « de désagrégation complet, les roches de carbonate de chaux et de « g>'pse; cette désagrégation de la roche amène un foisonnement, « développe une pression intérieure sous laquelle les couches dures « des plateaux sont complètement brisées, etc. •
M. Vatonne, convaincu que la formation des dunes est due à cette cause unique, conclut de leur fixité, de l'absence de sables dans certaines cuvettes, de l'inégalité même de la surface des sables, que l'action des vents n'a d'autre effet que de déterminer les formes de quelques dunes, et ne peut être invoquée comme cause générale de formation.
Comme M. Vatonne, et quoique voyageant dans les dunes, à grande vitesse, nuit et jour, j'ai constaté des goûr rocheuses à côté de ghourd exclusivement composés de sables ; comme lui, j'ai aussi été frappé du grand nombre de roches à l'état de décomposition. Toutefois ce fait de désagrégation des roches n'est pas une exception limitée à la région de T'Erg, mais l'effet d'une loi générale, commune à toutes les parties du Sahara que j'ai visitées.
Dans l'ensemble de mes études, j'ai été beaucoup plus frappé de la dénudation complète des hamâd et des montagnes à l'amont des bassins des dunes.
1. Mission de Ghadâmès. Alger, 1863. — Études sur les terrains et sur les eaux des pays traversés , par M. F. Vatonne, ingénieur des mines.