‹ Exploration du Sahara: Les Touâreg du nord;Chapitre 31 sur 139 · PI. II · texte numérisé non relu

PI. II

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Fig. 2, 3, 4, 5,

Fig. 1. — - GARA DE TlSFlN.

Fig. 2. — PROFIL OU MONT IDINBN.

Fig. 3. — BLOCS DF TAKARÂHET.

Fig. 4. — BERGES d'iNGHER ET ASOUiTAR.

Fie:. .\ — \<;HFI.ÀI) HF TARÂT.

J'ai été beaucoup plus surpris de l'élévation de ces témoins géologiques de l'ancien niveau du sol, que les indigènes appellent gara (pi. goûr) et qu'on trouve, de distance en distance, dans chaque hamâda.

(Voir figure n« i de la planche ci-contre.) J'ai été non moins étonné, dans les massifs montagneux, de rencontra, indépendamment de roches entièrement dénudées, ici, à Idînen, par exemple, une sorte de squelette décharné affectant les formes et les découpures les plus bizarres; là, à Takarâhet dans le Tasîli, des blocs titaniens, supportés sur une base étroite et représentant l'action érosive des eaux sur les parties les plus tendres de la roche; ailleurs, dans la presque totalité des ouâdi, des berges de soixante à cent mètres de hauteur, taillées à pic comme des murailles, tantôt assez étroites pour qu'un chameau avec sa charge y passe difficilement, tantôt larges de plusieurs kilomètres, disposition géographique que les Touareg désignent sous le nom spécial d'aglielâd, correspondant au khanga des Arabes.

(Voir figures n<»* 2, 3, 4 et 5 de la planche ci-contre.)

Quand, par la pensée ou la plume à la main, j'additionne une à une la superficie des espaces dénudés autour de chaque groupe de dunes, quand j'établis le cube du vide que laissent entre eux tous les témoins géologiques du niveau de l'ancien sol et quand je compare la masse des matériaux enlevés ici et apportés là, soit par les pluies, soit par les vents, je me demande ce qu'est devenu le cube du vide, si les dunes sont formées sur place, car je ne retrouve pas le total des déblais dans l'ensemble des remblais , si considérable qu'il soit.

La carte qui accompagne le deuxième volume de cette étude comprend la totalité des divers groupes de dunes du Sahara occidental, entre le golfe de Gàbès dans la Méditerranée et le Sénégal sur la côte de l'Océan Atlantique.

Ces groupes sont au nombre de sept :

Celui d'Edeyen, du 27*» au 28« latitude N. et du 6» au 12*» longitude E.;

Celui de l"Erg, du 20® au Zlx"* latitude N. et du 7® longitude E. au 3Mongitude 0.;

Celui d'Iguîdi, du 2/i°au 30« latitude N. et du 3« au 5<> longitude 0. ;

Celui de Maghtir, du 22« au 27<» latitude N. et du 5® au ik^ longitude 0. ;

Celui d'Adâfer, du 20*> au 23*» latitude N. et du i<> au 13^ longitude 0. ;

Celui d'Akchçir, du lO*» au 23<» latitude N. et du 16^ au IS*» longitude 0. ;

Celui d'Iguîdi des Tràrza, du 16<> au 18« latitude N. et du 17<> au 19® longitude 0.

La superficie des espaces que ces groupes de dunes couvrent (superficie très-approximative, bien entendu, hypothétique même dans beaucoup de cas), est de 45,000,000 d'hectares, savoir :

Nomb. d'hecU

Édeyen 2,000,000

'Erg 12,000,000

Iguîdi 8,000,000

Maghtîr 12,000,000

Adâfer 10,000,000

Akchar 500,000

Iguldi des Tràrza. 500,000

Ensemble 45,000,000

A chacun de ces groupes de dunes correspondent des plateaux alimentateurs dont la superficie est triple environ, savoir :

Nomb. d*hect.

Le Hàroùdj 3,000,000

Pour Edeyen ) ^ plateau de Mourzouk. . . . 6,000,000

Le désert Qe Tâyta 2,000,000

L'Akâkoùs 1,000,000

Total 12,000,000

Le plateau de la Syrte 6,000,000

La Uamàda-el-Homra 8,000,000

Le plateau de Tînghert. .... 2,000,000

Le TastU du Nord 4,000.000

Pour l"Erg ( Les versants N. et E. du Ahaggàr. 4,000,000

La chebka du Mezàb 2,000,000

Le plateau des Cha*anba. . . . 3,000,000

Le plateau des O.-S. Cheikh. . 2,000,000

Le plateau de T&demàyt. . . . 2,000,000

Total. 33,000,000

PODIt IcOlDI.

Nomb. d'hect.

Le plateau de Groûz 2,000,000

La plaine d*Adjemôr 1,000,000

Le plateau du Mouydlr 1,000,000

Le versant 0. du Ahaggâr. . . 8,000,000

Le Biiten Ahenet 6,000,000

Total 18,000,000

Le versant S. du Abaggàr. . . 2,000,000

Le TastH du Sud 4,000,000

Poim MaghtIr / ^ dés&ci de Tftnezroûft. . . . 4,000,000

Le désert d*Ouarân 4,000,000

Le plateau des *Arlb 2,000,000

Le plateau de rOuftd-Dria. . . 4,000,000

, Total 20,000,000

Pour AdAfer..

UAdghagh de Kidal 8,000,000

L'Azaouad 6,000,000

Le désert d*Oualàta 6,000,000

Total. 20,000,000

Pour Akchar | ^ plateau des 0. Dellm. . . . 6,000,000

I L'Adrar de Bafour 2,000,000

Total 8,000,000

Pour IgdÎdi desTrArza. | ^ ?>**«»" ^^ Tâgant 2,000,000

Le désert d'Aftot 6,000,000

Total 8,000,000

L'ensemble général de ces plateaux, dont la superOcîe a été plutôi diminuée qu'augmentée, donne un total de 119,000,000 d'hectares.

Bien entendu, ces chiffres ne représentent ni la superficie ftelle des bassins des dunes ni celle des plateaux qui les alimentent, mais seulement les surfaces que je suppose couvertes de sable d'un côté et celles dénudées de l'autre.

L'observation de la totalité des dunes sahariennes nous les montre suivant une direction générale, du Nord-Est au Sud-Ouest: elle nous les montre sur une ligne plus étroite dans le vaste couloir entre le relief atlantique et le plateau central du Sahara, puis s'élargissant et s'étendant vers le Sud dès que les assises du Ahaggâr s'abaissent.

La disposition réciproque des montagnes du Nord et des montagnes du Sud ne permet pas d'assigner une autre direction gêné-

raie aux vents, du moins à celle de leurs couches qui se rapproche le plus de terre.

De là, une première indication qui permet, sans trop sortir du domaine de l'observation scientifique, d'attribuer à l'action dominante des vents combinée avec l'action secondaire des eaux, la distribution générale des masses de sable telle que nous la constatons dans la partie occidentale du Sahara.

Examinons maintenant la question de production.

En tout pays, la source de production des sables la plus considérable, si ce n'est l'unique, est la désagrégation des roches.

Dès que cet itinéraire géologique atteindra les parties rocheuses de mon exploration, j'aurai soin de signaler les matériaux en décomposition spontanée , et on verra qu'ils sont relativement nombreux.

Toutefois, il est une cause générale et permanente de désagrégation de la partie superficielle des roches, qui me paraît avoir une grande part dans la production des sables ; je veux parier de l'action atmosphérique.

En général, la surface rocheuse des hamàd, des tasîli, des adrar, en un mot de toutes les parties relevées du relief saharien , est à nu et n'est garantie contre les influences atmosphériques extérieures, ni par des terres, ni par des produits végétaux.

Par suite, la lumière, la chaleur, le froid, les pluies torrentielles, l'électricité agissent directement sur la surface extérieure des roches.

Il est diflîcile d'apprécier l'action de la lumière, mais la plaque phoft)graphique nous révèle que la lumière solaire modifie les points par elle atteints en raison de son intensité; or, dans le Sahara 1? lumière est intense , et nous avons la preuve de son action directe par la coloration bronzée, noirâtre, brûlée, de la superficie de la presque totalité des roches.

La lumière lunaire, dont l'influence sur la décomposition de certaines pierres est démontrée, agit dans le Sahara encore plus qu'ailleurs, car les nuits y sont d'une pureté admirable.

Les extrêmes de la température, atteignant souvent au soleil de 65 à 70 degrés dans le jour et descendant quelquefois à 5 degrés au-dessous de zéro pendant la nuit, amènent inévitablement à la superficie des roches des dilatations et des condensations dont

Teffet immédiat est la désagrégation de la partie la plus friable de leurs éléments.

L'électricité, assez abondante souvent pour que le moindre frottement dégage des étincelles des vêtements, a bien aussi sa petite action perturbatrice, action inconnue, inappréciable, mais qu'on n'oserait nier.

Adviennent, pour compléter la série de ces agents de décomposition , l'action dissolvante et la force impétueuse des pluies torrentielles, et l'on comprendra que la production quotidienne des sables dans le Sahara a dû , avec le temps, donner des masses aussi considérables que celles des dunes, quel que soit le cube qu'elles représentent.

J'ai eu l'occasion, le 30 janvier 1861, étant à Oursôl, au pied du Tasîli, d'observer le débordement d'un des nombreux torrents qui descendent de cette montagne. La rapidité du courant était d'un mètre à la seconde et les eaux charriaient des alluvions dans des proportions telles que je l'egrette de ne pas en avoir constaté la quantité. Toutefois, on en aura une idée par ce fait, qu'après leur dépôt les Touareg ont pu ensemencer des céréales là où la veille il n'y avait pas de terre végétale.

Ajouterai-je que, dans les temps antérieurs à l'histoire, l'action volcanique attestée dans le Djebel-Nefoûsa, la Soda, le Hàroûdj, le Tasîli et le Ahaggàr, a dû contribuer, dans des proportions considérables, à la dislocation des roches et à la désagrégation de leurs éléments constitutifs?

Le Sahara, en son entier, est donc un foyer de grande production de sables, et ces sables, s'ils ne restent pas sur place, doivent se retrouver ailleurs.

De la production des sables, je passe à leur circulation.

Les deux grands moteurs de la circulation des sables sont les courants atmosphériques et les torrents.

Pour les sables chajrriés par les courants atmosphériques, voici ce qui est démontré :

M. Ehrenberg a eu l'occasion d'analyser des sables et des terres de divers points du bassin du lac Tsàd qui lui avaient été envoyés par les docteurs Barth et Vogel, et dans ces sables et terres il a reconnu Cent trente-trois formes d'animaux infusoires qu'il a déterminés.

Le savant professeur a fait aussi recueillir sur la côte occidentale d'Afrique, en pleine mer, à bord des navires, les matières charriées par les pluies de sable qui y sont communes, et, en analysant ces matières, il y a retrouvé les infusoires des sables du bassip du lac Tsâd.

Or, entre le lac Tsàd et la côte occidentale d'Afrique, il n'y a pas moins de 30 degrés de longitude.

M. Ehrenberg explique ces transports de sables à de si grandas distances par la grande raréfaction de l'air échauffé dans le Sahara.

Pendant mon voyage, j'ai pu constater, plusieurs fois, des faits de circulation de grandes masses de sables par des courants atmosphériques. Je cite, entre autres, les observations suivantes extraites de mon journal :

20 FÉVRIER 1861. — Campement de Tîterhsîn. — Observations de 9 heures 15 minutes du matin : Bar. aner. 713-50. — Therm. fr. 25<>8. — Ciel voilé. — Vent du Sud modéré.

Observation de i heure 30 du soir : A 1,500 mètres dans le N.-E. trombe de sable, haute de 50 mètres au moins, chassée par un vent du S.-E.

Observations de 3 heures du soir ; Bar. aner. 704-10. — Therm. fr. 3.0<>75. — Ciel nuageux. — Vent du Sud assez fort.

28 AVRIL 1861. — Même campement. — Observations de 6 heures du matin : Bar. aner. 704-65. — Therm. fr. 22<>3. — Ciel couvert. — Vent E. faible.

Observation de i heure 30 du soir : Pluie par intervalle; un immense nuage de sable, rougeàtre, semblable à l'aspect d'un vaste incendie, passe à l'E., à fleur de terre, en s'élevant vers le ciel. Sa marche, du S.-O. au N.-E., est rapide comme celle d'un vent violent.

Observations de 3 heures du soir : Bar. aner. 699-50. — Therm. fr. 31^4. — Ciel couvert. — Vent du S.-O. fort. — Pluie froide.

30 AVRIL 1861. — En routed'Iferdjanàln-Lêlen. — Oftserua^'orw de 6 heures 30 du matin : Bar. aner. 704-60. — Therm. fr. 21*8. — Ciel couvert. — Vent E. presque nul.

Observation de 3 heures du soir : Un coup de vent terrible du S. amène un nuage de sable, rouge, comme s'il était chargé de flammes. 11 se rue sur notre caravane, accompagné de grosses gouttes qui ressemblent à de la neige fondue.

Observations de 7 heures du soir : Bar. aner. 697-10. — Therm. fr. 31*>7. — Ciel couvert. — Vent du Sud modéré.

3 MAI 1861. -—Campement de Serdélès. — Observation de 2 heures du soir : Coups de tonnerre prolongés, lointains, au S. magnétique.

Observations de 3 heures : Bar. aner. 694-40. — Therm. fr. 34**. — Ciel couvert. — Vent 0. faible.

Observation de 3 heures 45 : Une trombe de sable importante, rouge comme les précédentes, passe au S.-E. Sa marche est vers TE. Quelques gouttes de pluie.

Observations de 7 heures 30 : Bar. aner. 700-00. — Therm. fr. 27*5. — Ciel couvert. — Vent du S.-S.-O. modéré. — Quelques gouttes de pluie.

D*où provenaient les sables dont ces trombes étaient chargées? où sont-ils allés se fixer? Je l'ignore. En reproduisant ces observations, j'ai voulu constater leur fréquence et préciser les conditions dans lesquelles elles se produisent.

J'ai choisi à dessein la période de février à mai, parce qu'alors je me trouvais à la ligne de partage des bassins méditerranéen et océanien, et sous le vent des plateaux alimentateurs des dunes.

Si les vents soulèvent les sables sur les plateaux, les réunissent en trombes pour les transporter à de grandes distances, ce sont incontestablement les courants d'eau qui les fixent dans les bassins où nous les trouvons. Du moins, cela est exact pour le bassin de r'Erg que j'ai plus particulièrement observé et étudié. L'hydrographie de cette immense cuvette nous la représente, en effet, comme l'aboutissant des eaux de toutes les montagnes environnantes.

En est-il de môme ailleurs? C'est probable, mais je ne puis l'affirmer.

On jugera de l'action des eaux par les faits suivsgits :

Au printemps de 1862, une pluie d'orage tombée sur le versant Ouest du Ahaggâr amena de telles quantités d'eau dans les vallées d'Idjeloûdjâl et de Tarhît qu'elles entraînèrent une partie de la montagne. L'action des eaux fut assez prompte pour qu'une nezla (tribu) entière, campée au débouché des deux vallées, pérît corps et biens. Trente-quatre personnes et un grand nombre de chameaux furent noyés. Une chamelle qui paissait tranquillement sur la portion de la montagne emportée par les eaux, fut retrouvée saine et sauve, trois jours après l'événement, à une très-grande distance, sur le

terrain même où elle avait été surprise et qui, après une longue navigation, était venu échouer sur une des berges de l'ouâdi.

Avant 1856, sur la rive gauche de TOuàdi-Tîterhsîn, existait une ligne de dunes, du nom d'Azekka-n-Bôdelkha, assez hautes pour que les chameaux ne pussent les franchir. Advint alors une crue accidentelle dans Touàdi, et elle eut la puissance de faire disparaître toute la masse de sable qui composait ces dunes.

La force motrice des eaux, dans le Sahara, n'est pas seulement démontrée par les déblais qu'elles produisent sur certains points; elle Test aussi par les immenses barages que leurs alluvions créent sur d'autres et qui, de siècle en siècle, modifient les cours des ouâdi.

Le bassin de l'igharghar offre de nombreux exemples de ces barrages. Jadis il communiquait avec la mer par le golfe de Gàbès et y portait les sables qu'il charriait. Aujourd'hui une barre de terre et de sable de dix-huit kilomètres sépare le Chott du Nefzaoua de la mer. C'est à peine si on reconnaît dans la ligne de bas-fonds de rOuàdi-Akarît l'amorce de l'ancienne communication.

Jadis, à l'époque de Ptolémée, le Chott-el-Kebîr du Nefzàoua, sous le nom de lac Triton, le Chott-el-Djerîd, sous celui de PcUlas, le Chott-Melghlgh, sous celui de Libye, communiquaient entre eux, ou ne formaient, comme à l'époque d'Hérodote, qu'un seul lac, sous le nom de Triton; aujourd'hui ces anciens lacs, sans affluents, ne sont même plus des lacs, mais des bas-fonds de chott, submergés en hiver, desséchés en été. Toutefois, il ne serait pas prudent de s'aventurer à les parcourir sans guide, car sur certains points, notamment dans le Chott-Melghîgh, on disparaîtrait sans laisser trace de son passage.

Jadis, la tête orientale de l'igharghar, formée de l'Ouàdi-Serdélès, de rOuàdi-Tànezzoûft, de l'Ouàdi-Ouaràret, de l'Ouàdi-Tîterhsîn et de rOuâdi-Tikhâmmalt qui les réunissait tous, communiquait avec la tête occidentale venant du Ahaggàr; aujourd'hui, chaque affluent de la tête orientale forme un ouâdi distinct, aboutissant à des sables qui absorbent leurs eaux et les rendent souterrainement à l'ancien lit.

La fantaisie de l'igharghar de couler, tantôt à ciel ouvert eu rompant les barres qu'il s'était formées, tantôt souterrainement en se creusant un lit sous les sables, ne date m* d'aujourd'hui ni

(l*hier, car déjà, du temps du roi Juba, au commencement de notre ère, le grand fleuve saharien avait de pareils caprices, à ce qu'il parait.

D'après les Lihyques du roi Juba citées par Pline, le grand fleuve de la Libye, « indigné de couler à travers des sables et des lieux « immondes, se cache l'espace de quelques journées. Absorbé de noutt veau par les sables, il se cache encore une fois dans un espace de « \ingt journées de désert. »

Cette citation, que j'emprunte au gi'and ouvrage do M. Vivien de Saiot-Martin, le Nord de l* Afrique dans l*antiquité, me permet de constater, tout d'abord, combien le savant géographe a été heureusement inspiré en assimilant le Niger de Juba et de Pline avec l'Igharghar ^ moderne des Touareg, le Ouàdi-es-Sàoudy des Arabes.

Au fur et à mesure que cette étude se complétera, on retrouvera les poissons du Nil et les crocodiles dont l'existence faisait croire au* roi Juba que le grand fleuve d'Egypte avait une de ses origines dans ses états.

Quoi qu'il en soit, par ce témoignage de Juba, confirmé par Pline et par d'autres encore, il devient évident que la partie du Sahara dont je m'occupe était déjà , il y a dix-huit cents ans, sinon sous le rapport de la quantité des eaux, du moins sous le rapport des sables et de leur circulation, telle qu'elle s'est présentée à mon observation.

Si, depuis cette époque, une partie du Sahara a pu être protégée contre les influences atmosphériques qui désagrègent les roches noéme les plus solides, c'est incontestablement celle qui est abritée contre le froid, la chaleur, la lumière, l'électricité, par une couche épaisse de sables.

Sans doute, dans T'Erg, avant l'invasion des sables, quelle que soit la date éloignée du commencement, les parties solides de cette contrée avaient, comme celles de l'universalité du plateau central du Sahara, subi les influences destructives de l'atmosphère, et tout indique qu'il y avait de nombreuses goûr en décomposition coinme partout

1. Avant de posséder des notions certaines et complètes sur le désert de Libye, incooiplétement connu des anciens , on ne pouvait que commettre des erreurs en cherchant à faire TappUcation de leurs récits. Et la plus grande erreur des géographes modernes était de leur attribuer une valeur scientifique réelle. Au contraire, en les réduisant au seul mérite qu'ils ont, celui de renseignements puisés à toutes le» sources et non contrôlés , on arrive à de meilleurs résultats.

hh TOUAREG DU NORD.

ailleurs. Ces goûr, plus ou moins nombreuses, sont restées en place, devenant le noyau de dunes, à côté de ghourd exclusivement composés de sable de la base au sommet. Mais ces noyaux solides de quelques dunes, constatés par M. Vatonne, n'inûrment pas la loi générale de l'amoncellement des débris des roches des plateaux supérieurs dans les bassins qui leur servent de réceptacle. Partout, sur la surface du globle, les alluvions, qu'elles soient de sables ou de terres, qu'elles soient charriées par les vents ou par les eaux, obéissent aux lois de la pesanteur.

Si les alluvions sablonneuses des dunes n'ont pas obéi à la loi ordinaire des nivellements des autres alluvions, la cause très-complexe de ce phénomène n'est pas encore sur le point de recevoir sa solution, car ce n'est pas en Afrique seulement que la circulation et la fixation des sables déjouent la sagacité des plus habiles ingénieurs.

Quoi qu'il en soit, les excellentes et minutieuses observations de M. Vatonne conservent toute leur valeur et contribueront, avec celles qui pourront être faites ultérieurement, à la solution du problème.

bans ma collection géologique sont indiqués comme étant de la provenance de l"Erg :

1<> Un échantillon de sulfate de chaux très-pur* ;

2<* Un échantillon de terre blanche, fine, calcaire, donnant une très-forte effervescence à l'acide chlorhydrique *.

Cette terre, trouvée sous les sables àGhourd-Maàmmer, contient, en grande quantité, une espèce de coquille fossile nouvelle *, que M. Deshayes a décrite et à laquelle il a bien voulu donner mon nom.

« M. Duveyrier, écrit M. Deshayes, mérite bien l'honneur d'être signalé à la reconnaissance des naturalistes, car pendant toute la durée d'un périlleux voyage dans une région de l'Afrique que personne n'avait visitée avant lui, il n'a cessé de recueillir des matériaux propres à enrichir les diverses branches de l'histoire naturelle. !l nous a donc paru équitable d'attacher le nom de l'intrépide et savant explorateur à une espèce de mollusque qui nous paraît entièrement nouvelle. »

i. Échantillon n<> 5.

PI. m.

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Fig. 7 et 8.

Wg. \.

PLANORBIS DUVEYRlEni.

Dessiné d'après nature, p«r M. Delahaye, sur les coquilles rapportées par M. n. Duveyrier.

Fig. 2. — D|}NES DANS L' 'ERG.

D'après un croquis de M. H. Duvoyrier.

Voici la description de cette coquille, telle que M. Deshayes a bien voulu la rédiger :

PLANORBIS DDTBTRIERI. { Desh.)

PI. testa orbiculato-discoidea, crassiuscuU, utroque latere inequaliter ambiU- *cata, supni profundiore; anfractibus quaternis, rapide crescentibus, convexis, invol- Teotibos, sutura profuoda Junctis, interne, ad perîpfaeriam umbilici obtusissime aogulatis, tenue et irregulariter striatis; ultime anfractu minore, cylindraceo, crasse, adaperturam dilatato; apertnra magna, dilatata, lunari, paulo obliqua; marginibus tenuibus, acutis disjunctis.

« Le planorbe de Duveyrier est d'une taille médiocre, discoïde assez épais et rapproché par sa taille et l'ensemble de ses caractères d'une variété petite du planorbis Dufourii de Graels. Discoïde suborbiculaire assez épaisse, elle est ombiliquée de chaque côté, mais plus profondément en dessus qu'en dessous. Elle est formée de quatre tours de spire , dont les deux premiers sont fort étroits , les deux autres s'élargissent rapidement. Ils sont en partie enveloppés les uns par les autres, mais le dernier est très-grand, épais et s'accroît rapidement, il est même un peu dilaté vers l'ouverture. Les tours sont convexes de chaque côté et réunis par une suture simple et assez profonde; du côté inférieur, l'ombilic est circonscrit par un angle très-obtus. Toute la surface estchargée de fines stries irrégulières d'accroissement, et l'on remarque, de plus, à des distances inégales des temps d'arrêt dans l'accroissement qui ont produit des angles obtus. L'ouverture est assez grande, dilatée, peu oblique et suborbiculaire, modifiée par l'avant- dernier tour dont elie embrasse le diamètre.

ce Le plus grand échantillon a 7 millimètres de diamètre et 3 d'épaisseur. » (Voir la planche ci-contre.)

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