C. — Plateau d'Êguélé
Je donne le nom de plateau d'Eguélé à une région mouvementée, partie hamàda, partie dunes, qui sépare la région des dunes d'Edeyen de la vallée des Igharghàren. Ce plateau bas a 106 kilomètres du Nord au Sud dans la partie où je l'ai traversée. Sa longueur, de l'Est à l'Ouest, est encore inconnue.
Entre Abrlha, point où les sables cessent, et Tâdjentoûrt, est une hamàda plate, couverte de petites pierres.
Tâdjentoûrt , qu'il ne faut pas confondre avec Touàdi de ce nom
situé plus au Sud, est une dépression circulaire comme on en remarque si souvent dans les régions sahariennes.
Au delà , sur une étendue de 9 kilomètres , ma route parcourt la continuation du plateau au milieu de pierres calcaires et d'affleurements de même nature. Çà et là apparaissent des sables mêlés à du gravier et formant un terrain solide.
Eguélé est une chaîne de hauteurs de pierres calcaires noires, d'où leur nom Eguélé (le coléoptère*), et dont la direction générale est du Nord-Est au Sud-Ouest. Cette chaîne coupe la route et marque le point culminant de cette section ; c'est pourquoi , à défaut d'un nom indigène applicable à Tensemble du plateau, je donne au tout le nom de sa partie la plus" remarquable.
Au Sud du point où je traverse la chaîne d'Eguélé , on rencontre rOuàdi-Tâdjentoûrt, ravin sans eau qui a ses origines dans une ligne de hauteurs que la route suit sur une étendue de 35 kilomètres ; ligne qu'on laisse dans l'Est, et qui est la prolongation Sud de la chaîne d' Eguélé.
Le trajet s'effectue au milieu des rochers, et on arrive à la dépression d'Aseqqîfâf, réceptacle des eaux pluviales de la chaîne, mais à sec, hors les temps de pluie.
Entre Aseqqîfâf et Isaouan (35 kilomètres) est le plateau calcaire de Timozzoudjên, recouvert dans sa partie Nord, sur un parcours de 12 kilomètres, de petites dunes de sables auxquelles on donne le nom d'Isoûlan-n-Emôhagh et vis-à-vis desquelles on voit dans l'Ouest les sables de Tedjoùdjelt.
Ce plateau, dans son entier, est de môme formation que celui de TInghert; sa pente générale est légèrement inclinée vers le Sud.
Isaouan est le nom*donné à la partie de la plaine des Igharghâren dans laquelle se trouvent les grands rhedîr de Sàghen, alimentés par l'Ouâdi Tikhâmmalt.
Le rebord méridional du plateau de Timozzoudjên termine la série des calcaires sur lesquels est assise la route de ce point à Ghadàmès.
D. — Plaine des Fgharghâren.
La plaine des Igharghàren est une grande vallée de 320 kilo-
L Presque tous les coléoptères du Sahara sont de couleur noire.
mètres de l'Est à l'Ouest, et d'une largeur moyenne de 35, formée au Nord par le rebord méridional du plateau de Timozzoudjên et au Sud par les versants septentrionaux des montagnes du Tasîli. Sa principale largeur est dans l'Est.
Cette grande vallée d'alluvîons sablonneuses est découpée du Sud au Nord en forme de larges plates-bandes par les nombreux ouâdi du Tasîli, qui tous viennent se réunir au pied du plateau d'Eguélé en un lit unique prenant le nom de son principal affluent, TOuâdi-Tikhâmmalt, et qui, après avoir suivi une direction générale Sud et Nord, du sommet du Tasîli à Sâghen, tourne brusquement à l'Ouest pour aller se jeter dans TOuâdi-Igharghar à El-Bîr, au Sud-Ouest de Timâssanîn.
Cette grande vallée , couverte d'arbres dans toutes ses lignes de bas-fonds, fait un contraste très-remarquable entre l'aspect monotone des plateaux du Nord et de ceux du Sud.
' Elle pourrait être facilement transformée en une série d'oasis, avec des eaux courantes, si les forages artésiens y réussissent, ainsi que tout l'indique. Dans tous les cas, avec des puits ordinaires, on y aurait l'eau à peu de profondeur, surtout dans les lits des principaux onâdi.
Je reviens à mon itinéraire.
Les rhedîr de Sàghen ne sont ordinairement pleins qu'après les grandes pluies, mais à environ un mètre du sol on trouve toujours l'eau nécessaire à tous les besoins.
Au milieu des alluvions qui' entourent les rhedîr, on remarque des laves* noires, poreuses et légères, charriées, du sommet de l'Adrar, point le plus élevé du Tasîli , par les eaux de débordement de l'Ouâdi-Tikhâmmalt.
Les Touareg trempent quelquefois ces laves dans l'huile, qu'elles absorbent comfne le ferait une éponge ; après quoi ils y mettent le feu; l'huile brûle. Ce fait mal expliqué a fait croire à l'existence de la houille dans les montagnes des Touareg. Lorsqu'on leur demandait : « Avez-vous dans votre pays des pierres noires qui brûlent? » ils répondaient': « Oui, nous en avons, » mais sans ajouter: «Nous les imprégnons d'huile pour qu'elles puissent brûler. »
i. Échantillon n° 20, déterminé, ainsi que tous ceux ayant une origine pyrogénique, par M. Des Cloizeaux; conséquemroent on ne peut craindre d*erreur.
5h TOUAREG DU NORD.
Déjà M. Ismayl-Boû-Derba avait trouvé dans rOuàdi-Igharghar, mais provenant du Ahaggâr, des laves dç même nature.
Ces deux constatations, conûrmatives d'autres indications données par les Touareg, ne laissent aucun doute sur la formation volcanique des points culminants du Ahaggàr et du Tasîli.
Husloin, j'aurai l'occasion de constater la présence de pierres de même nature dans le Djebel-es-Sôda (la montagne noire) que j'ai pu étudier avec plus de soin, mon itinéraire traversant ce massif de montagnes.
Le fond du sol de Sâghen est un composé de sables et d'argile apportés par les eaux d'inondations; dans les sables, on trouve une grande quantité de mica. Les pierres roulées par les eaux sont des grès ou des détritus de roches plus grossières, formés de grains de quartz agglomérés.
De Sàghen à Tâdjenoût, la route suit la vallée de l'Ouâdi- Tikhâmmalt, tantôt sur une rive, tantôt sur une autre. En remontant le lit de cette rivière, on remarque sur le sol des affleurements d'un grès grisâtre, noirci à la surface.
A Tâdjenoût, pour la première fois depuis mon départ de Ghadàmès , je rencontre des sources d'eau vive et je dois faire observer que, des puits de Timelloûlen jusqu'à Tâdjenoût, sur' un parcours de 310 kilomètres, l'eau ne se trouve qu'accidentellement dans les rhedîr; ce qui rend cette route difficile en dehors des années de grandes pluies.
La route orientale, celle des caravanes, est plus riche en eau, car en tout temps on est certain d'en trouver dans les puits sur six points différents.
De Ghadâmôs à Tâdjenoût , mon itinéraire avait suivi une direction générale Nord et Sud. Tout à coup, il tourne à l'Est et longe le versant Nord du Tasîli jusqu'à l'Ouàdi-lzêkra.
Entre Tâdjenoût et l'Ouàdi-Izékra, la distance est de i6 kilomètres. Au Nord de la route, le terrain conserve les caractères généraux de la plaine des Igharghàren; au Sud, apparaissent en affleurements les grès siliceux , Ans, très -durs, gris jaunâtres du Tasîli *.
Au point où rOuâdi-lzékra sort du Tasîli pour déboucher dans la