VI AYANT-PROPOS
Cet appui inespéré me fut très-utile dans la suite de mon voyage.
Rentré à Ghadâmès, je dus bientôt partir pour Rhàt, avec rémîr Ikhenoùkhen, qui regagnait sa tribu. Ayant rencontré les campements des Oràghen dans rOuàdi-Tikhàmmalt, au milieu de bons pâturages, nous y séjournâmes pour refaire les chameaux ; aussi , les premiers jours de j 861 nous trouvèrent-ils à l'entrée du pays habité par les Touareg. Après bien des retards, dus h dilTérentes causes, mais trèsprécieux pour mes études, je pus atteindre Rhât, où je ne séjournai que quinze jours , extra nniros.
A Rhât, je me trouvais au foyer des ardentes rivalités d'intérêt qui divisent les commerçants de ce grand marché et les Touareg maîtres des routes qui y aboutissent; je crus prudent de ne pas m'immiscer à leurs querelles, et je m'empressai de continuer à explorer le Nord du pays des Azdjer.
Diverses raisons m'engagèrent à aller à Mourzouk, siège d'un kâïmakàmlik turc, d'où je pouvais me mettre plus facilement en relation avec le consulat général de France, h Tripoli; je déterminai Ikhenoùkhen à m'y accompagner. Ce n'était pas chose facile. Le chef targui n'avait pas mis les pieds dans cette ville depuis l'occupation du Fezzàn par les Turcs.
Nous fîmes le voyage de Rhàt à Mourzouk très-lentement, ce qui me permit d'aller visiter les lacs si curieux de Mandara, Gabra'oûn et autres.
Une réception très-honorable nous fut faite à Mourzouk par l'autorité politique de cette ville.
Je venais de passer plus de six mois sous la tente; je pris, dans la capitale du Fezzân , un repos devenu nécessaire;
AVAiNT-PROPOS. vu
malheureusement, je n'avais pas le choix d'un lieu plus salubre.
Pour m'accompagner, Ikbenoûkhen avait négligé ses intérêts; d'ailleurs, dans l'Ouest, Mohammed-ben-'Abd-Allah, aujourd'hui interné à Bône, préparait une nouvelle attaque contre le Sahara algérien ; le chef targui sentait la nécessité de se rapprocher du centre des intrigues , pour préserver ses sujets de la contagion. Nous nous séparâmes.
Je crois que mon voyage à Mourzouk, en compagnie d'ikhenoùkhen, servit notre influence et nos intérêts, plus que tout ce que j'avais pu faire jusque-là.
Bientôt, je fis une nouvelle excursion dans l'Est, vers Zouîla, petite ville de chorfa, marabouts très-fanatiques.
Knfin, je revins à Tripoli par la longue route de Sôkna.
Les difficultés qui se sont présentées à moi sont de deux ordres : les unes tiennent à la nature des lieux parcourus; les autres, au caractère particulier des hommes avec lesquels je me suis trouvé en contact.
Les premières, inhérentes au climat, au manque d'eau, à la stérilité du sol, aux fatigues et aux privations du voyage, sont de beaucoup les plus faciles à surmonter, avec de la prévoyance et une bonne santé.
Les secondes, de natures essentiellement variables, sont dues à des circonstances que le voyageur doit préalablement connaître et apprécier, pour ne pas les voir se transformer en insurmontables écueils. Ici, ce sont des zâouiya, communautés religieuses, les unes passives, les autres militantes. Là, principalement dans les centres commerciaux, on a à lutter contre des intérêts mal compris, placés entre les mains de gens