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Fig. 9.
APPAREK. A ELEVFR L FAt DANS LES OASIS DL FEZZAN. D'après un dessin de M. H. Duveyrier.
D. — Ikines d'Édeyen.
Edeyen, en langue temâhaq, signifie dunes. Je donne ce nom à toute une région de sables, courant de TOuest à TEst, que j*ai traversée entre les plateaux de Tînghertet d'Eguélé, puis longée dans la traversée du désert de Tâyta, et que je retrouve au Nord de TOuâdiel-Gharbi en visitant les lacs de Gabrâoûn et de Mandara. M. le docteur Barth Ta parcounie dans sa plus grande largeur entre rOuâdi-ech-Chiati et TOuâdi-el-Gharbi , en se rendant directement de Tripoli à Mourzouk.
La longueur de cette zone de sables, de TEst à TOuest, est de 800 kilomètres environ.
Sa largeur moyenne est de 80.
Dans mon itinéraire géologique de Ghadâmès à Rhât, j'ai indiqué la nature de cette zone entre Ohânet et Abrîha.
Un itinéraire de Ghadâmès à Rhât, recueilli par renseignements, me donne sa largeur entre Tâghma et Tidjedakkannin, avec un puits au milieu, celui d'El-Mîsla.
J'extrais de l'itinéraire du docteur Barth, entre l'Ouâdi-ech-Chiati et l'Ouâdi-el-Gharbi, les renseignements suivants :
« Notre routé, extrêmement pénible, nous conduisit presque sans cesse entre de hautes et roides collines de sable. Il s'élevait encore dans certains endroits des groupes de palmiers. Le plus important est rOuâdi-ech-Chiouch , enseveli entre deux hc^utes dunes de sable blanc mouvant.
« Dans notre seconde journée de marche, les collines de sable étaient si escarpées qu'il nous fallait, de nos mains, en aplanir les côtés pour que nos chameaux pussent y avoir pied; l'un de nos chameliers me dit que cette zone de sable s'étendait, du Sud-Ouest au Nord-Est, depuis Douessa jusqu'à Foukka. »
J'ignore quelle est la position de Douessa, mais je connais celle de Fogha, à l'Est de ma route de retour par Sôkna, et je crois devoir ne pas prolonger jusque-là la zone de ces dunes, bien qu'en effet les sables s'y montrent encore, mais non plus sous la forme de dunes compactes et pressées les unes sur les autres.
« Notre troisième journée de marche, ajoute M. le docteur Barth. continua à travers des collines de sable. Après avoir traversé l'Ouâdi-
Djemmal, nous arrivâmes à la pente la plus escarpée de ce désert de sable^.
« Nous campâmes dans TOuàdi-Tiguidéfa, près de deux palmiers plantés Tun à côté de Tautre et d'une source abondamment pourvue de fort bonne eau.
« Après douze heures de marche dans les dunes de sable, nous arrivâmes, le quatrième jour, dans TOuàdi-el-Gharbi. »
En allant visiter les lacs de Mandara, de Gabràoûn, de Bahar-ed- Doûd et autres, situés dans ces dunes, au Nord de TOuâdi-el-Gharbi, j'eus l'occasion de les reconnaître de nouveau. Je les trouvai dépourvues de végétation, d'un accès difficile, tantôt formant des chaînes, tantôt s'élevant, à de grandes hauteurs, en pitons isolés taillés presque à pic.
Un des caractères distinciifs de cette région est d'être abondamment pourvue d'eau, car indépendamment des dix lacs salés ou d'eau douce dont il a été question au chapitre précédent, il en est encore d'autres que je n'ai pas cru utile d'aller visiter, parce qu'ils m'ont paru tous de même nature.
M. le docteur Barth constate aussi la présence de l'eau en plusieurs points.
On dirait donc que cette immense région de sable a pour mission de conserver les eaux des hauteurs qui les bordent.
E. — Hamâda de Moursouk.
Entre l'Ouâdi-el-Gharbi et Mourzouk s'étend un plateau que les indigènes appellent hamâda, sans le différencier par un nom particulier des autres hamâd, mais auquel je donne le nom de la capitale du Fezzân , afin de le distinguer de ses homonymes.
En sortant de l'Ouâdi-el-Gharbi, on doit traverser la chaîne de < l'Amsâk par un col étroit, difficile à gravir, à cause des pierres glissantes qui obstruent le passage; puis on entre dans la hamâda, dont le sol, dépourvu de végétation, est couvert d'un gravier mélangé de terre formant un tout solide. Cette contrée me rapi3elle, malgré moi, la hamâda entre Laghouat et le pays des Beni-Mezâb, avec cette différence que les pistachiers du Sahara algérien sont remplacés dans le Fezzân par des gommiers.
Oq me signale à peu de distance, dans TOuest de la route, un puits de 45 mètres de profondeur; plus loin, je trouve dans le lit de rOuâdi-er-Resiou un autre puits qui n'a plus que 18 mètres; il s'appelle Bîr- Amrân. La hamâda conserve toujours l'aspect d'un désert sec et aride jusqu'à l'Ouàdi-'Otba.
L'Ouâdi- Otba est une longue vallée qui prend son origine dans la chaîne de l'Amsâk et se prolonge dans l'Est jusqu'au delà de la route de Mourzouk à Sôkna. 11 ne forme oasis que dans sa partie centrale, là où des alluvions sablonneuses permettent la culture des palmiers et des autres arbres.
On y compte cinq villages, savoir :
Tessâoua, Agâr, Tiggerourtîn , Marhaba, Doûjàl, tous rapprochés les uns des autres et réunis ensemble par des plantations de palmiers.
Grâce à l'altitude du plateau, on trouve dans cette oasis des végétaux des zones les plus différentes, entre autres l'olivier à côté du palmier, le pommier et le pécher à côté du gommier et d'autres arbres de l'Afrique centrale.
L'Ouàdi-'Otba, comme l'Ouâdi-el-Gharbi , n'est alimenté d'eau que par des puits. La nature du sol est la même, mais moins saline.
Entre l'Ouàdi-'Otba et la dépression de Mourzouk, on traverse la suite de la haraàda, couverte de gravier en tout semblable à celui qu'on a rencontré dans la partie Nord ; quelques petites dunes de sable viennent de temps en temps atténuer la monotonie du pay-
La distance entre l'Ouâdi-el-Gharbi et l'Ouâdi-'Otba est de 55 kilomètres, celle de l'Ouàdi-'Otba à Mourzouk est de 45; ensemble 100 kilomètres. *
Ce plateau, que j'ai traversé obliquement, est limité au Nord et dans l'Ouest par la chaîne de l'Amsâk ; mais dans le Sud et dans l'Est, il se prolonge indéfiniment jusque dans le pays des Teboû ; ce qui rend les routes méridionales de ce côté si pauvres en eau.
F. — Dépression de la Bofra.
La dépression dans laquelle se trouve Mourzouk, et que les indigènes appellent Hofra (bas-fond), est une surface unie de 110 kilo-
mètres de long sur 15 de large environ, divisée en deux parties inégales, Tune de 30 kilomètres à TOuest, l'autre de 80 à TEst de la capitale du Fezzân.
Son fond est par excellence une terre de heycha, c'est-à-dire un terrain alluvionnaire salin, à couches aquifères à peu de profondeur.
Les alluvions de la Hofra sont de sable mêlé d'argile, formant un tout assez solide, mais facile à travailler.
La terre est tellement saline que les briques, avec lesquelles la ville de Mourzouk est construite, se fondent à la pluie comme le sel lui-même.
La profondeur moyenne des puits est de quelques mètres ; Teau qu'ils fournissent est un peu saline comme le sol et d'une digestion difficile.
Aux environs de Tràghen, existe une source, celle de Ganderma, Tune des plus belles qu'on puisse trouver dans la région saharienne.
La fontaine est entourée d'une muraille d'enceinte assez vaste, mais très-mal conservée. Cette construction est défendue, sur toute sa circonférence, par un fossé qui porte le nom de gandô. Il servait autrefois de réservoir, d'où les eaux se rendaient par trois canaux aux plantations de palmiers jusqu'à Ghoddoua, à 2 kilomètres de la source. Ces canaux, dont on peut encore suivre le tracé, avaient de 0"70 à 1 mètre de largeur; ce qui témoigne d'un débjt considérable. •
Au moment de la conquête arabe, la source fut, dit-on, bouchée avec des coins en pierre; seul moyen que trouvèrent les conquérants pour réduire à leur discrétion la ville païenne de Trâghen. Depuis cette époque, la plus grande partie des eaux se perd dans le sol.
Toute l'étendue de la dépression de la Hofra' est couverte, de l'Ouest à l'Est, de villages, de plantations de palmiers et de cultures de toute nature.
Au Sud-Ouest de Tràghen, à 2 kilomètres environ, s'étend une sebkha autour de laquelle on rencontre des pierres bizarres appelées merch ou fordogh.
Ces pierres, de nature calcaire, ont subi une sorte de cristallisation, mais, au lieu de prendre des facettes régulières comme celles des cristaux, elles montrent les formes les plus étranges, cependant toujours terminées par des lignes courbes; ce sont probablement des concrétions accidentelles des particules calcaires dont les terrains
voisins des sebkha sont comme imprégnés. Les produits naturels auxquels on peut le mieux les comparer sont les stalactites.
Touîla est dans l'Est le dernier village de la Hofra; il est bâti au pied d'un petit plateau pierreux qui forme la limite orientale du bassin. Sur l'un de ses versants, on a construit un puits à galerie ou fogâr, qui amène l'eau dans les réservoirs échelonnés servant à l'arrosage.
G. — La Cherguiya,
La Cherguîya est séparée de la Hofra par une petite hamâda, continuation probable de celle de Mourzouk et entrecoupée de dépressions alluvionnaires salines de même nature que la Hofra elle-même.
En quittant Touîla pour aller dans la Cherguiya, on gravit immédiatement le petit plateau pierreux auquel cette ville est adossée.
Ce plateau est composé d'un grès* quartzeux, brun lie de vin, probablement chauffé par les anciens volcans, et d'un grès grossier, très-siliceux, blanchâtre" dans certaines parties, jaunâtre' dans d'autres.
A l'extrémité orientale de ce plateau, on trouve Maghoua, petit village bâti dans une dépression saline dont l'eau a un goût de sel très-prononcé.
En continuant la route dans l'Est, le sol est recouvert de buttes de terre couronnées de tamarix ethel qui portent à croire que ces arbres auraient protégé de leurs racines la partie d'un terrain autrefois plus élevé. Une inondation formidable et récente aura probablement ravagé celles de ces terres que les tamarix ne couvraient pas.
Dès qu'on quitte ce sol végétal, on rentre dans la hamâda avec son fond pierreux. Au milieu est bâti le petit et misérable village de Tha'aleb. Au delà, la hamâda recommence, d'abord avec un sol de sable et de gravier, puis avec un sol pierreux. Enfin elle