Échantillon n
finit, et on arrive à Oumm-el-Arâneb, village encore bâti sur le plateau.
Sur la droite de la route, on a laissé une dépression légère appelée El-Guerâra, et plus loin une haute gara ou témoin isolé.
En quittant Oumm-el-Arâneb, une longue colline rocheuse, de 20 kilomètres environ, reste dans le Nord; le sol devient sablonneux sans être mouvant jusqu'au village d'El-Bedîr; au delà on continue à voyager sur un fond de sable mélangé à de la chaux; après quoi on traverse un petit plateau pour descendre dans une dépression riche de végétation dont le village d*Oumm-es-Sougouîn occupe le centre.
Après cette dépression, couverte de palmiers sur une étendue de plusieurs kilomètres, reparaît une hamâda sablonneuse plus élevée que Toasis.
Je dois faire remarquer ici que, depuis l'entrée dans la hamâda séparative de la Hofra, des sables se montrent toujours dans le Sud, parallèlement à la route suivie. Au delà de la hamâda d'Oumm-es- Sougouîn, les dunes se prolongent à 2 kilomètres de la route avec une bordure de palmiers , puis on monte un nouvel échelon de la hamâda redevenue pierreuse, et sur ce gradin, qui permet de dominer les dunes de droite, on aperçoit une longue ligne de hauteurs bleues à 14 kilomètres environ. Je suppose que c'est le rebord du plateau sur lequel on trouve Gatrôn etWao.
Le village de Medjdoûl, qui fait partie de la Cherguîya, est situé entre la ligne des sables et celle des hauteurs bleues.
Des points élevés de la hamâda d'où je plonge mes regards vers le Sud, on descend par une pente douce dans les terres de culture et les plantations de Zouîla.
De Touîla à Zouîla, la distance est de 70 kilomètres. Je n'ai pu ni entrer ni séjourner dans cette dernière ville, et j'ai dû la quitter quelques heures après avoir atteint ses jardins.
Tout ce que j'en sais, c'est que l'oasis de ce nom est considérable comme étendue et couvre le bas-fond d'une dépression entre une ligne de dunes de sables au Sud et une ligne de collines rocheuses au Nord. L'eau qui alimente la ville est fournie par des puits.
Ici se termine ma reconnaissance à l'Est des montagnes occupées par les Touareg.
Je m'étais proposé, en m'avançant dans l'Est du Fezzân, d'aller
jusqu'au massif du Hâroûdj, sur la route de TÉgypte, pour embrasser dans son ensemble le mouvement géologique auquel est due la formation des montagnes de cette partie du Sahara ; mais, à la résistance que je rencontrai à Zouîla , malgré l'appui du gouvernement turc, je reconnus que je ne serais pas mieux accueilli chez les fanatiques des villes de Fogha et de Zella et chez les Arabes nomades de )a montagne ; je me bornai donc à recueillir des renseignements qui, complétés par ceux du voyageur Hornemann et de M. de Beurmann, ne laissent aucun doute ni sur la nature volcanique de ce massif, ni sur sa position.
H. — Massif de Ràroùdj.
Construit d'après mes renseignements combinés avec ceux du voyageur Hornemann, le massif volcanique du Hâroûdj constitue un grand système de montagnes entièrement isolé, de 22& kilomètres du Nord au Sud,. sur une largeur moyenne de 170 de TOuest à l'Est, traversé obliquement par la route des caravanes du Fezzân en Egypte, entre 2touîla et Aoudjela, route que Hornemann a parcourue à grandes marches en 5 jours 1/4.
Sa principale altitude, de 800 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, est indiquée à l'angle Nord-Est, à peu de distance de Zella ; de ce point, la montagne s'incline graduellement vers le Sud? Ouest, de manière à venir se confondre avec les collines de la hamâda calcaire qui l'enveloppe, de Zella à Fogha, de Fogha à Temessa, de Temessa à Wao, ce qui a fait distinguer un Hâroûdj noir (el-Asoued) au Nord et un Hâroûdj blanc (el- Abiod) diU Sud.
J'estime à 600 mètres l'altitude moyenne du plateau sur lequel se développe le Hâroûdj. , .
D'après Hornemann, la surface générale du pays présenterait des chaînes continues de collines courant dans diverses directions , de 8 à 12 pieds seulement au-dessus du niveau intermédiaire, et entre ces coteaux (sur une surface parfaitement unie) s'élèveraient des montagnes isolées à rampes extrêmement escarpées ; l'une d'elles, le Stres, était fendue depuis le haut jusqu'au milieu ; une autre, depuis le pied jusqu'au sommet, était couverte de pierres détachées de même nature que les collines.
Fsiire les collines basses et les pics surélevés, il y a de petites
vallées couvertes de sables et de végétation, dont quelques-unes de k kilomètres de largeur. Au milieu de ces parties planes seraient épars des blocs de pierre, de même nature que celle des pics des montagnes.
La roche du Hâroùdj est moitié rouge , moitié noirâtre; la partie rouge, plus poreuse, plus spongieuse, plus légère, est moins dense que la noire. Dans ces scories, Hornemann n'a pu découvrir aucune matière ou substance étrangère.
La couche de terre servant d'assise à ces masses de verrues rocheuses lui a paru des cendres sorties d'un volcan.
La stratification des pierres est horizontale, mais souvent dérangée : une partie du premier lit s'enfonçant et se mêlant avec celles du second et celles du second avec celles du troisième.
Quelquefois, ajoute le voyageur, il ne paraît pas du tout de strata et une suite de collines basses est formée d'une masse solide de rochers, avec des crevasses dans la direction du Nord.
Hornemann rencontra une caverne de 9 pieds de profondeur et de 5 pieds de largeur; il éprouva, dit-il, des sensations telles que s'il avait vu l'entrée des enfers.
Son interprète, Freudenbourgh, en vit une autre dont les escaliers étaient noirs jusqu'à une profondeur considérable et dont le stratum était de pierre blanche.
Pour Hornemann, il n'y a pas de doute, la formation du Hâroûdj est due à un soulèvement volcanique.
Dans sa partie occidentale, à une journée de marche dans l'intérieur du massif, le cheikh de Fogha indique une source sulfureuse, nouveau témoignage de l'action volcanique.
A part cette source, impropre à l'alimentation, mes indicateurs ne me signalent aucune eau' dans toute cette région.
Après les pluies, on en trouve dans des rhedîr; c'est là que s'abreuvent les bergers et les troupeaux des tribus nomades des Riah, des Oulâd-Khérîs et de la Cherguîya, qui, seuls, dans la saison des pâturages, fréquentent cette contrée désolée.
Ce que Hornemann appelle le Hâroûdj blanc n'est qu'une partie de la hamâda de la Cherguîya soulevée, mais non atteinte par l'action du feu souterrain.
Dans les roches blanches et calcaires de cette contrée, dit-il, 6n trouve des squelettes entiers de gros animaux marins pétrifiés.
des têtes de poissons qu'un homme pourrait à peine porter, des coquillages, des conques variées et en grand nombre.
11 est regrettable que le fanatisme des habitants de la ville de Zouîla ne permette pas à un géologue expérimenté d'aller explorer librement les deux Hâroûdj ; car on pourrait y faire une ample collection de grands fossiles. Le meilleur moyen de pénétrer avec sécurité dans cette contrée est de se placer sous la protection des Riah, Arabes nomades des environs de Sôkna, habitués aux relations avec les Européens et qui vont chaque année faire paître leurs troupeaux dans le Hàroûdj.
J'aurai l'occasion de signaler un gisement de grand fossile dans le Àhaggâr.
D'ailleurs, les fossiles ne paraissent pas rares dans certaines parties de l'Afrique centrale; car un de mes informateurs qui a fait de fréquents voyages au Kânem m'indique de grands animaux fossiles dans les roches des ravins du Bahar-el-Ghozàl.