‹ Exploration du Sahara: Les Touâreg du nord;Chapitre 84 sur 139 · SOLANÉES · texte numérisé non relu

SOLANÉES

Physalis somnifera L.

Farhaorhao {temâhaq).

Récolté le 17 mai et le 24 juin à Oubàri et à Mourzouk. Commun dans toutes les oasis du Fezziltn.

Grande plante; narcotique comme les autres Solanées vireuses.

Lycium Mediterranedh Dunal.

Aoused (arabe).

Récolté dans les rochers de DJàdo, le 28 octobre 1860, et à Qaçar-el-IUdJ, le 18 octobre 1861.

Les Arabes font avec une décoction concentrée de Lycium et le blanc d'Espagne (Biodh^el-Ouedj) une pâte dont on couvre les yeux, dans la petite-vérole, pour éviter qu'ils soient atteints.

La même pâte est employée dans les ophtalmies graves,

Hyosctamds Falezlez Coss. sp. nova.

Goungot {arabe tripolitain) ; Falezlez (arabe saharien) ; Afahlehlé (temâhaq).

Récolté sur l'Ouàdi-Aouâl, le 17 septembre, et sur la Guerâa-ben-'Aggiou, le 20 septembre 1860; commun entre Ghadàmès et Rhftt, dans tout le pays des Tou&reg ainsi qu'au Fezzân.

Plusieurs localités, sur le versant nigritien du plateau central du Sahara, portent le nom de cette plante, Falezlez ou In-Afahlehlé, notamment sur les routes de Rhàt à Agadez et d'In-S£ilah à Timbouktou.

Le désert de T&oezroûft en est aussi empoisonné, mais elle ne croît plus au Sud. Cette plante nouvelle parait exclusivement saharienne.

Le falezlez est un poison très-actif pour tous les animaux autres que les ruminants. Il engraisse les chameaux , les chèvres et les moutons, et donne la mort, en quelques heures, à l'homme, au cheval, à l'âne et au chien.

J'ai apprécié les qualités vénéneuses de cette plante dans des circonstances qui doivent être relatées.

Un jour , mon cheval qui , pour la première fois dans le Sahara , rencontrait des feuilles vertes et tendres , se jeta avec avidité sur cet Hyoscyamus, Les Touareg témoins de son inexpérience m'annoncèrent la mort très-prochaine de la pauvre béte.

Comme on exagérait toujours à mes yeux les dangers du voyage d'un chrétien dans le Sahara, je ne voulus pas m'en rapporter au

pronostic de mes compagnons indigènes, et, malgré leurs prières de m' abstenir, je goûtai une feuille de cette maudite herbe et je reconnus bientôt que les Touareg avaient raison.

Mon cheval mourut en peu de temps et je fus assez gravement indisposé.

Peu après l'expérience, je fus pris d'un engourdissement et d'un froid général , avec la vue voilée , tendance et disposition au sommeil. Je me remis d'abord en prenant quelques gouttes de rhum , mais, pendant plusieurs jours, je ressentis les effets de mon imprudence.

Mon cheval , qui avait été moins réservé que moi , commença à se coucher sur le flanc et à donner, de temps à autre, des ruades et des coups de tête convulsifs. L'œil devint terne tout de suite.

En vain je lui administrai de l'ammoniaque et de l'alcool étendu d'eau, puis, sur le conseil des Touareg, une boisson faite avec du poivre rouge et des dattes : rien n'y fit. En quelques heures, l'animal était ballonné, il n'ouvrait plus les yeux et respirait difficilement. Dans la nuit il mourut gonflé comme une outre.

Qui le croirait? malgré les dangers de l'usage de cette plante, les indigènes l'emploient comme aliment et comme médicament! Ses feuilles récoltées sont transportées , vendues et recherchées sur le marché de Timbouktou.

Je ferai connaître le mode d'emploi du falezlez en passant en revue les pratiques médicales des Touareg.

D'après les indigènes, les propriétés toxiques de cette Solanée, comme celles de beaucoup de plantes, seraient en raison directe de l'altitude des lieux où elle croît. Presque inoff'ensive aux environs de Tripoli, déjà dangereuse sur les plateaux du Fezzân, elle devient poison actif dans les montagnes des Touareg. J'ignore si me^ informateurs ne confondent pas des espèces voisines, mais jouissant de propriétés différentes.

Quoi qu'il en soit, dans les cas où cette plante vireuse agit avec le moins de gravité, elle détermine des accidents cérébraux qui sont qualifiés de folie par les gens du pays.

VHyoscyamus Falezlez s'élève à 1 mètre de hauteur et met deux années pour atteindre tout son développement. Il vit pendant 5 ou 6 ans, montrant ses grandes feuilles vertes au-dessus des herbes sèches de la végétation annuelle.

En attendant la description de cette plante par M. le docteur Cosson, voici comment elle est définie dans mon journal de voyage :

Racine simple, s'enfonçant verticalement à une certaine profondeur.

Feuilles larges, charnues, succulentes, d'un vert peu foncé, avec larges nervures presque blanches;

Calice grand, vert, charnu, à cinq sépales ou échancrures au sommet ;

Fleur violette;

SoLATiUM Mblougeiva L.

Badîndjâl (arabe).

L'aubergine est encore un des fruits cultivés et estimés dans les oasis.

Ltcopersigdm escdlbntch Dunal.

Tomâiich (arabe).

La tomate, plus encore que l'aubergine, est commune dans les jardins des oasis.

Gapsicdm annduh L.

Felfel-el-ahmar (arabe) ; Chitta (temâhaq).

Le piment est le condiment de la plupart des mets africains. On en cultive plusieurs variétés et en grande quantité, non-seulement pour l'approvisionnement des citadins, mais encore pour celui des nomades.

NlCOTlANA RUSTICA L«

Doukhkhân (arabe); Tâba, Tàberha (temâhaq).

La seule variété cultivée dans les oasis est le tabac rustique, qui est très-fort et dont l'odeur est très-piquante.

C'est au Soûf et au Touàt que les cultures sont les plus étendues.

L'usage du tabac est plus général parmi les indigènes du Sahara que dans le Tell, et on le prend sous toutes les formes , per fas et nef as.

Chez les Touareg, hommes et femmes fument, et, quoique la fumée du tabac rustique soit très-âcre, hommes et femmes la rendent par le nez.

Le tabac en poudre est pilé très-fin et mêlé à un huitième de natron pour lui donner plus de montant. En cet état on le prend par le nez et par la bouche.

Les femmes arabes, mariées à onze ans, mères à douze, vieilles à vingt , employent le tabac comme aphrodisiaque en s'en saupoudrant certain organe.

Pour l'honneur de l'humanité, je m'empresse de dire que cet usage exceptionnel et impudique, inconnu des Touareg, est circonscrit dans le Sud-Est du Sahara algérien, de Lahgouât au Soûf, particulièrement chez les arabes Nemêmcha. Là , ce mode d'emploi semble si naturel que la femme n'attend pas, dit-on, d'être hors de la vue de l'homme pour utiliser la prise qui lui a été offerte.

En raison de ces nombreux usages, le tabac est l'objet d'un grand commerce dans le Sud.

SCROFDLARINÉES.

LiNARIA FRUTICOSA Desf.

Tâzeret (temâhaq).

Récolté le 4" mars 1861, à Tîn-Arrày.

Plante presque ligneuse.

LlNARIA LAXIFLORA Desf.

Récolté le 1" mars 1860 à Mouî-el-Ferdjân , entre TOuâd-Rlgh et le Soûf.

Commun dans les terres de heycha.

Petite plante sans importance.

OROBANCHACÉES.

Phblipjsa violacba Desf.

Dhânoûn {arabe); Ahêliwen, Timzhellitîn, Fetekchên {temâhaq).

Récolté sur le littoral de Gâbès, les 17 et 21 mars 1860. Signalé en plusieurs stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-S&lah.

Cette plante remarquable, à tige unique, sans branches ni feuilles, haute de 60 centimètres, n'apparaissant que dans les sables, est mangée dans les temps de disette. A cet effet, disent les indigènes, on la fait bouillir, puis sécher au soleil, afin de pouvoir la réduire en farine. La fécule ainsi obtenue est mélangée à d'autres substances alimentaires.

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