PALMIERS
Phgenix dactylifera L.
Nakhla {arabe)\ Tàzzeït (temâhaq).
Le palmier dattier est, sans contredit, le roi de la végétation saharienne, non-seulement par le nombre des ghâbâ qu'il constitue, mais encore par l'importance des services directs ou indirects qu'il rend à l'habitant de la région désertique*
VEGETAUX. 195
On donne, dans tout le Sahara, le nora de ghâbâ ou forêt à toute plantation de dattiers, quel que soit le nombre des arbres.
Généralement, les plantations sont agglomérées, autour ou à peu de distance des habitations. Leur ensemble forme ce qu'on appelle une oasis.
Dans la partie du Sahara, objet de cette étude, quatre principaux groupes d'oasis appellent Tattention : celui de Ghadâmès, celui de Rhât, celui du Fezzân, celui du Touât.
A Ghadâmès, on compte, m'a-t-on dit, 63,000 palmiers; à Rhât, y compris les plantations des villages voisins , le nombre de ces arbres n'est pas moins considérable; quant à ceux innombrés et presque innombrables du Fezzân et du Touât, ils atteignent peut-être le chiffre de deux millions de pieds, car, dans ces contrées favorisées, les oasis se succèdent les unes aux autres sur d'immenses étendues : cent lieues du Nord au Sud pour le Touât, quarante lieues de l'Est à l'Ouest pour le Fezzân.
En dehors de ces massifs principaux, il y a encore une dizaine de petites oasis dans les montagnes des Touareg : à Djânet, à Idelès, et autres points arrosés par des sources, mais elles ne peuvent pas être comparées aux premières, car toutes ces plantations ne donneraient peut-être pas un total de 6,000 palmiers.
Les produits directs du dattier sont les suivants :
La datte, themer des Arabes, teïni des Touareg, aliment farineux et sucré, d'une conservation et d'un transport faciles, immense ressource pour des populations nomades et voyageuses ;
La palme, djerida en arabe , taratta en temàhaq, comprenant le pétiole, ahebêr, et la feuille, îakôla des Touareg, employés, l'un sous forme de lattes, dans les constructions et les clayonnages, l'autre comme matière textile, à la fabrication de nattes, de paniers, de sacs, de cordes, en un mot, à la confection de ces mille petits riens connus sous le nom d'articles de sparterie exécutés ailleurs avec le palmier nain et le halfà ;
La bourre, sa'af, provenant des feuilles radicales ou du tronc, et avec laquelle on fait des tissus, des rembourrages de bâts, etc. ;
Le noyau de la datte, a*lef, que l'on écrase et que l'on donne à manger aux animaux : chameaux, chèvres et moutons ;
La sève, lâgmi, obtenue par incision et de laquelle on retire :
A l'état frais, le lait de palmier, boisson fade, quoique sucrée;
Fermentée, le vin de palmier, dont le goût rappelle celui d'une jeune bière ;
Distillée, un alcool très-inférieur;
Les fleurs, nouâr, réputées aphrodisiaques;
L'involucre des fleurs, hemmamin, aussi employé en médecine;
Enfin, la tige du palmier, kfiechba, débitée comme le bois des autres arbres, et qu'à raison de ses services on a appelée sapin du Sahara. On l'emploie dans les constructions, dans les coffrages des puits, sous forme de planches, de poutres ou de madriers. Dans la région saharienne, le dattier est la seule essence qui donne des bois droits et de longueur.
En présence de tant de produits fournis par le dattier, on ne peut s'empêcher de reconnaître que, si la Providence a été avare envers les Sahariens, en limitant à un petit nombre les arbres utiles de leur pays, elle a tellement prodigué ses faveurs au dattier, qu'à lui seul il peut remplacer tous les autres arbres.
Mais le dattier n'est pas seulement utile par les produits directs dont il comble l'habitant des oasis, ill'est encore, au même degré, par les produits indirects qu'il permet d'obtenir à l'ombre de sa cime parasolaire qu'on peut comparer, contre la chaleur, à l'effet des serres contre le froid.
Les extrêmes se touchent en tout: dans nos climats tempérés, les plantes tropicales ne peuvent germer, croître, fructifier, qu'à l'aide d'une chaleur factice ; dans le Sahara, les plantes des climats tempérés ne peuvent prospérer qu'à l'abri d'une chaleur excessive et d'une lumière intense; et cet abri , le dattier le donne en permettant à l'air de circuler, à la lumière et à la chaleur de pénétrer dans les proportions réclamées par la végétation sous-palméenne.
Que, dans les oasis, les palmiers soient décapités, le sol qu'ils couvrent de leur ombre rentre dans les conditions climatériques des terres voisines frappées de mort, de juin à septembre, par l'excès de la chaleur, comme ailleurs, de novembre à mars, par l'excès du froid.
Sous l'abri protecteur des palmiers, l'Oasien peut cultiver une cinquantaine de plantes alimentaires ou industrielles dont il serait complètement privé sans l'auxiliaire que la Providence a mis si libéralement à sa disposition : j'ai donc raison de dire que le dattier rend à l'habitant du Sahara autant de services par ses produits in-
directs que par ses produits directs, si nombreux quMls soient.
On ne sera donc pas étonné d'apprendre que le dattier, dans le Sahara, soit l'objet de soins qui ne sont donnés à aucun arbre, dans aucun autre pays du monde.
J'estime à l'égal des plus grandes conquêtes de l'homme sur la nature les travaux exécutés par les Sahariens pour assurer à cet arbre les conditions nécessaires à son existence.
Dans l'Ouàd-Rîgh et le bassin d'Ouarglà, des puits artésiens creusés à bras d'homme jusqu'à la couche d'eau jaillissante; dans l'Ouâd- Mezâb, d'immenses barrages jetés en travers des torrents ; dans le Fezzân et dans le Touât, des puits à galeries souterraines pour créer des rivières artificielles ; dans le Soûf et dans les autres oasis de l"Erg, la lutte de tous les instants contre les envahissements des sables, constituent des efforts de géants que tout homme impartial compare, avec la différence des moyens, aux plus beaux résultats obtenus par la science et l'industrie dans nos États civilisés.
Le dattier, disent les Sahariens, doit, pour produire de bons fruits, avoir la tête dans le feu et les pieds dans l'eau.
Le soleil africain pourvoit suffisamment aux besoins de sa cime ; l'homme doit procurer à ses racines l'eau qu'elles réclament. Ce n'est pas toujours facile, mais, partout où il y a des dattiers, on leur sert, d'une manière ou de l'autre, l'eau nécessaire.
Dans les oasis pourvues de puits artésiens, de puits à galeries, de fontaines aménagées, l'irrigation est facile et se pratique à eau courante ; mais là où il n'y a que des puits ordinaires, l'eau doit être élevée par des machines ou à bras d'hommes, et l'arrosage , dans ce cas, impose des peines considérables.
Dans l'oasis du Soûf, où l'eau se trouve au-dessous du sol à des profondeurs variables de 0"" 85 à 2"" 55 et 4° 10, on plante le dattier de manière à ce que ses racines plongent dans l'eau. Là, du moins, le planteur est exonéré de l'obligation d'irriguer, mais cet avantage est chèrement acheté par la nécessité de lutter continuellement contre l'envahissement des sables et de féconder ces sables par de nombreux engrais.
La charge d'engrais de crottin de chameaux (150 kilos) coûte, dans le Soûf, 10 francs, et on n'hésite pas à donner, à un seul palmier, douze charges d'engrais, d'une valeur de 420 francs, ce qui, à raison d'une fumure tous les huit ou dix ans, porte à 12 et à 15 fr.
par an la dépense d'engrais de chaque palmier. Mais, il faut le dire, les dattes de cette oasis sont de qualité très-supérieure.
Généralement, dans tout le Sahara, on préfère les plantations par boutures à celles par noyaux, parce que la bouture produit le môme fruit que le pied de l'arbre d'où elle a été extraite, tandis qu'avec le noyau on n'est jamais certain de la qualité du fruit.
Cependant, c'est par les semis de noyaux qu'on a obtenu les nombreuses variétés de dattes du Sahara. On n'en compte guère moins de quarante. Il est vrai de dire qu'elles ne sont pas toutes également bonnes.
Les boutures provenant d'arbres faibles et maladifs paraissent mieux reprendre ; on leur donne le nom de arfiedd.
On a remarqué aussi que les boutures tirées de pays lointains acquièrent en voyage plus d'aptitude à la reprise. Il suffit, pour les conserver en bon état, de leur enlever leurs feuilles.
Certaines boutures sont obtenues du tronc mère avec des racines ; elles portent le nom de zalloûch. On se borne à éviter de blesser les racines en les détachant du tronc. De même, pour les boutures sans racines, on a soin de faire des incisions nettes, sans màchures ni déchirures.
On plante les boutures à l'automne, et, pour cette opération, on . reconnaît plusieurs procédés.
Le plus sûr est celui appelé mechloùla : il consiste à planter les boutures auprès d'un puits qui en permet l'arrosage. Au bout de six mois, elles ont pris racine et on les transporte dans des terrains défoncés, nommés toloûa\
Au Soùf, on emploie un procédé appelé hachchâna : à cet effet, on met de suite en place les boutures dans les trous qui leur sont destinés et qu'on a préalablement creusés jusqu'à apparition de l'eau. La bouture est plantée de manière à ce qu'elle ait le pied dans l'humidité. Quand elle a réussi, au bout de six mois, elle a poussé trois petites branches, djeridâi, et, au bout de trois ans, l'arbre est assez développé pour qu'il puisse être fécondé. Alors on creuse la terre tout autour pour mettre du fumier de chèvre sous ses racines.
Au Soiif, on a aussi, pour rajeunir les vieux dattiers, un procédé qui n'est pas usité dans les autres oasis.
Quand un sujet, atteint de vieillesse, ne produit plus, on creuse le sol sous ses racines, on supporte le tronc pendant l'opération et.
sans le faire changer de place, on lui donne un nouveau lit de sable, de fumier et d'eau, qui ne tarde pas à lui faire recouvrer sa jeunesse. Les palmiers ainsi restaurés sont appelés meseggueta.
En toute plantation, on distingue les dattiers mâles, dhokhâra, des dattiers femelles, nakhla. Il suffit de quelques mâles pour féconder une plantation entière de femelles.
On distingue deux sortes de dattiers mâles : le sersâr, dont les spathes renferment une semence peu abondante, peu active et qui tombe dès qu'on la touche ; cette espèce ne féconde pas toujours et quelquefois même, après la fécondation, on ne récolte que des dattes avortées, sich. L'autre espèce, appelée khoxvwâr, produit des spathes d'une farine abondante, tenace et conservant ses propriétés fécondantes pendant deux années. Cette variété est, de beaucoup, la préférée.
Inutile d'ajouter que les Oasiens aident à la fécondation de leurs dattiers par la caprification.
Dans le Fezzân, on trouve souvent des forêts de palmiers dattiers qui se sont créées spontanément de graines. Venus sans culture, ne recevant aucun soin de l'homme, au lieu de s'élever en un tronc élancé, comme le dattier cultivé , ils se développent en broussailles, à la façon des palmiers nains {Chamœrops humilis) du Tell. On donne à ces palmiers le nom de hachchâna. Ils produisent des fruits maigres et peu savoureux qui sont cependant récoltés par les pauvres, quand la concurrence des gazelles laisse les régimes intacts.
Cdcifera Tuebaica DeUle.
Doûm (arabe) ; Tâgaït {temâhaq).
Ce palmier, dont la véritable région est beaucoup plus au Sud, est représenté par quelques pieds dans une des oasis méridionales du Fezzân, celle de Tedjerri.