‹ Exploration du Sahara: Les Touâreg du nord;Chapitre 96 sur 139 · Nom général de Tespèce · texte numérisé non relu

Nom général de Tespèce

Chameau,

La vie des Touareg, plus encore que celle des autres Sahariens, est intimement liée à celle du chameau ; car ce noble animal est nonseulement sa monture de guerre, la locomotive de ses trains de caravane, Yexpress qui fait disparaître Tespace, ce grand ennemi de l'habitant du désert, mais encore il est le pourvoyeur de ses principaux besoins.

Son lait est presque Tunique aliment de la famille dans la saison des pâturages;

Sa viande est le nec plm ultra de Thospitalité offerte à Uhôte de distinction ;

Son cuir, l'un des meilleurs qui existe, donne le tissu de Ta tehte, la matière première des selles, des bâts, des chaussures et de la plupart des ustensiles de ménage ;

Son poil fournit la matière textile des cordes d'arrimage des convois;

Sa fiente, récoltée, sert, ici, d'engrais fécondant pour les palmiers; là, dans les grands espaces sans aucune végétation, de combustible avec lequel on fait cuire les aliments;

Enfin, sa trace, interrogée dans toutes les marches, fournit au voyageur des indications précieuses dont il est toujours tenu compte, soit qu'elle annonce le voisinage pacifique d'un troupeau au pacage, soit qu'elle signale le passage d'individus, isolés ou en caravanes, chargés ou non, amis ou ennemis; car la largeur du pied, la longueur des ongles, la nature des déjections, révèlent à l'homme expérimenté tout ce qu'il a besoin de savoir sur les dispositions de ceux qui suivent la même route ou la traversent.

La nécessité de pourvoir à la nourriture d'un animal si utile, on le comprendra sans peine, a obligé les Touareg à adopter la vie nomade pour aller, suivant les saisons, suivant les pluies, chercher, ici l'eau , là les pacages que le chameau réclame.

On distingue le chameau de selle du chameau de bât, qui diffèrent l'un de l'autre comme le cheval de course du cheval de trait :

Le chameau de bât {taouti, plus communément amis, fém. tâlamt, plur. imenâs, hongre, indân) constitue la base des troupeaux, l'élément des transports par caravanes;

Le dromadaire de selle {arhelâm, fém. tarhelâmt, hongre arerfjdjân) est un animal presque de luxe» que les riches seuls possèdent.

A son défaut, les pauvres montent souvent dans leurs courses des chameaux dé bât dressés pour la marche accélérée auxquels on donne le nom spécial de imenâs-wân-terik.

La chamelle laitière, tasaghârt, providence des ménages, et Téta- Ion, amâli, objet de soins particuliers, représentent encore des individualités distinctes, ainsi que le chameau ayant la moitié de la tête blanche et l'autre moitié noire, azerghâf, considéré avec raison comme appartenant à une race en dégénérescence.

Tandis que, pour les différents âges de Thomme, on ne connaît que Tenfance, la virilité, l'âge mur et la vieillesse, pour le chameau et la chamelle, il y a une série de périodes qui n'en finissent pas.

Voici, par sexes, cette nomenclature :

Mâle. Femelle.

A la naissance. . . Aoura, Taourait.

Avant un an. . . . Asûka, Tesâkaït.

A un an Aledjôd {âledjôd) , Tâledjot.

A deux ans Aleggès ( dleggès ) , Tàleggest,

A trois ans Akkanafoûd, Takkanafoûd.

A quatre ans. . . . Arhâir, Tarhàirt.

A cinq ans Egg-esstn, Ouelt-esstn.

A six ans Egg-ekkâz, Ouelt-ekkôe,

A sept ans Ameçadis {âmeçad(s)^ TâmeçadisL

A huit ans Ouân-taJielât , Tahelât.

Ces distinctions ont leur importance pour la détermination des charges à mettre sur le dos des animaux. Des proverbes qui, dans le Sahara comme ailleurs, formulent les préceptes de l'expérience, règlent les questions de poids à porter suivant l'âge des animaux.

Mon intention n'est pas de faire ici une monographie du chameau, quoique l'importance du rôle de cet animal dans la vie saharienne exigerait quelques développements; je me bornerai à dire que le chameau des Touareg, de selle ou de bât, comparé à celui du Nord, a généralement les formes délicates, le poil ras, la robe d'un ton clair, se rapprochant de la couleur des sables ou des plaines jaunâtres au milieu desquels il vit.

Sa sobriété aussi est plus grande, il endure mieux la faim et la soif; cependant sept journées sont la plus grande limite d'abstinence qu'il puisse supporter en été, lorsqu'il est en marche et chargé. En

hiver, quand les herbes sont aqueuses, il peut rester au pâturage un et deux mois, même plus, sans avoir besoin d'être abreuvé.

Par les immenses quantités de chameaux que possèdent les tribus du Sahara algérien, on serait tenté de croire que ces animaux doivent être plus nombreux encore chez les Touareg; il n'en est pas ainsi. Le plus riche propriétaire de chameaux, dans tout le pays d'Azdjer, n'en a qu'une soixantaine environ. Il y a lieu d'ajouter que la sécheresse et le manque de pâturages, dans les neuf dernières années, y ont beaucoup diminué la richesse cameline.

Le chameau, chez les Touareg, est abattu comme bête de boucherie, et sa viande, avec celle du mouton et de la chèvre, est à peu près la seule qu'ils mangent, soit fraîche, soit salée, soit séchée. J'ai dû m'en nourrir souvent dans mon voyage et je lui ai reconnu de bonnes qualités.

Quoique le lait des chamelles soit la principale nourriture des familles pendant la saison des pâturages, il est toujours rare dans les tribus, parce que les bonnes laitières, sans pacages suffisants, sont difficiles à trouver dans l'espèce cameline comme dans toutes les autres races d'animaux : aussi les Touareg croyaient-ils me faire un grand cadeau en m'envoyant un litre de lait.

Cheval.

Le cheval est aujourd'hui très-rare chez les Touareg, la période de sécheresse que le pays vient de traverser en ayant réduit beaucoup le nombre. Jadis quelques chefs avaient des juments poulinières et faisaient des élèves, maintenant ceux qui veulent avoir des chevaux les tirent du Touât où l'espèce chevaline paraît être belle.

En temâhaq, le cheval se dit aïs, la jument tâbedjoût, tâbedjooût, le poulain ahoûdj, la pouliche lahôk.

Quoique les chevaux soient rares dans le Sahara, et quoiqu'il soit très-difficile de les y nourrir et de les y abreuver, j'ai acquis, par expérience personnelle, la preuve qu'un voyageur, avec des provisions d'eau et d'orge suffisantes, n'est pas obligé d'adopter exclusivement la monture incommode du chameau, même dans les régions sablonneuses.

Si je dois en croire le marabout Sîdi-el-Bakkây et le Cheikh- 'Othmân, deux autorités indiscutables dans les questions sahariennes,

les Arabes nomades des rives de l'Océan viennent avec des chevaux, jusque sur la route d'In-Sâlah à Timboiiktou, pour y piller les caravanes. Des chameaux, chargés d*eau et de suif, accompagnent ces expéditions. On nourrit d'abord les chevaux avec le suif, et dès qu'un chameau est déchargé, on le tue, et sa viande est employée à nomrir hommes et chevaux. Ainsi approvisionnés, ces pillards peuvent attendre, pendant des mois entiers, dans les solitudes les^plus arides.

Des expéditions de cavalerie ont été entreprises par les sultans de Mourzouk contre le Kânem, dans l'Afrique centrale, et elles ont surmonté les difficultés de la nourriture des chevaux.

Le cheval g'habitue très-bien à ne boire que tous les deux jours.

Zébu.

Le zébu ou bœuf à bosse, très-commun dans le Soudan, est représenté, chez les Touareg, par quelques individus dont les habitants de Rhât font usage pour leurs labours.

On lui donne, dans le pays, le nom d*esoù,, pi. tisita. La vache s'appelle tésout, le veau tahârhôlt, le veau qui tette alàki.

Cet animal doux, intelligent, sobre, facile à manier, sert maintenant comme bête de somme; autrefois on l'employait comme bête de trait.

Avant l'importation du chameau dans le Sahara, à une époque incertaine, mais qu'on peut fixer approximativement du m* au iv« siècle de notre ère , tous les transports entre le Nord et le centre de l'Afrique étaient faits par des zébus, non pas à dos, ainsi que cela se pratique aujourd'hui encore dans la zone des pluies tropicales et à l'exclusion du chameau, qui n'est même plus connu au delà du Niger, mais au moyen de chariots que les zébus traînaient.

Sur la route que suivaient les Garamantes, de Djerma au pays d'Aïr, route encore parfaitement tracée, comme sont les anciennes voies romaines, on trouve, à la station d'Anaï *, de grandes sculptures sur le rocher, qui représentent très-distinctement des chariots avec roues, traînés par des bœufs à bosse.

1. Ne pas confondre cette locaUté avec ceUe du même nom, sur la route de Mourzouk à Koûka.

Je n*ai pas pu visiter cette contrée , mais d'après les renseignements qui m'ont été donnés, je ne puis douter de la signification de ces sculptures.

En traversant la vallée de Telizzarhên, sur la roule directe de Mourzouk à Rhàt, M. le docteur Barth a trouvé plusieurs sculptures analogues à celles d'Anaï, dans lesquelles le bœuf à bosse joue le principal rôle. Il est à remarquer qu'aucune des sculptures de l'époque garamantique trouvées jusqu'à ce jour ne rappelle le chameau , et que cet animal n'apparaît, à l'exclusion du bœuf, que dans les épigraphies grossières des Touareg modernes.

L'emploi exclusif du bœuf pour les transports, dans les temps anciens, implique une richesse en eaux et en pâturages beaucoup plus grande que celle de l'époque actuelle. J'auraf l'occasion de faire remarquer, dans le cours de ce chapitre , qu'il a dû en être ainsi.

Ane,

En temâhaq, l'âne s'appelle cyhad, l'ànesse lèihH, Tânon amainoit.

Après le chameau, l'âne est l'animal domestique qui rend le plus de services aux Touareg, surtout aux serfs, dont le plus grand nombre est réduit à cette unique bête de somme.

Les ânes du pays des Touareg sont remarquables par leur taille élevée et leur sobriété, presque égale à celle du chameau. Ils ont le pelage gris cendré sur le dos, blanc sous le ventre, avec une croix très-marquée, d'un beau noir, sur les épaules.

L'âne existant encore à l'état sauvage, dans quelques contrées du pays, il en est beaucoup, parmi ceux domestiqués aujourd'hui, qui ont été arrachés à la liberté depuis peu de temps : aussi sont-ils généralement peu dociles et se ressentent-ils de l'état sauvage dans lequel ils ont vécu.

Mouton,

Les seuls troupeaux de bétail de rente, chez les Touareg, se composent de chèvres et de moutons à poils comme ceux du Soudan.

Le mouton, en général, s'appelle akerêr en langue temâhaq. Les Touareg distinguent \q mouton à laine des Arabes du Nord ànmoulon à poil de leur pays, en donnant au premier le nom d'akerér-âjelbi ou

ouân-tedoûft, et au second celui de akerêr-Emmôhagh ou mouton des Imôhagh,

Cette variété de la race ovine se distingue surtout de ses congénères par la hauteur de ses membres : c*est pourquoi les zoologistes lui ont donné le nom d*Ovis longipss, ou mouton à longues jambes.

A la taille il joint un développement considérable de toutes les parties de son corps.

La tête est allongée, le nez arqué, les oreilles pendantes, la queue longue et fine.

Sa toison, blanche et noire ou de couleur fauve, à poil long et rude, ne rappelle nullement celle des moutons à laine.

Le mâle seul a des cornes, et il en a souvent quatre.

La brebis se dit tâheli, l'agneau âbedjoûdj, le petit qui vient de naître, âkarouât, le mouton bistourné, adjoùr.

Ce mouton supporte la marche du cheval, sans doute par suite de rhabitude qu'il a contractée de parcourir de grands espaces pour trouver sa nourriture.

Les ïouâreg n'élèvent le mouton que pour sa viande et son cuir; sous ce double rapport, l'animal ne laisse rien à désirer, car il donne autant de viande et un cuir aussi grand que deux moutons de l'Algérie. J'ai trouvé sa viande bonne : il est vrai que je n'ai pu la juger comparativement.

Chèvres,

Les Touareg distinguent deux espèces de chèvres : celle à poils ras, tîrhsi, pi. oûlli, et celle à longs poils, iâjelbît. Ils nomment le bouc ahôlagh, le chevreau aboùlcdj, le petit erheïd ou lirheïdet, suivant son

Les troupeaux de chèvres sont beaucoup plus nombreux que ceux de moutons, parce que leur aptitude à aller dans tous les terrains et à vivre de broussailles leur permet de trouver plus facilement leur nourriture.

Les chèvres du pays des Touareg n'ont rien qui les différencie sérieusement de celles de l'espèce commune du Nord de l'Afrique; elles sont d'une grande ressource pour les serfs auxquels elles donnent viande, lait, poil et cuir, qu'ils utilisent.

Chiens,

Les Touareg possèdent trois sortes de chiens : le lévrier, ôska, le chien arabe , à long poil , âbar-hoûh, très-rare, et un bâtard de ces deux espèces, à poil ras, qui porte le nom commun de l'espèce , eydi teydît, suivant les sexes. Ce dernier, de beaucoup le plus nombreux, sert à la fois de chien de garde et de chien de chasse.

Quand j'aurai ajouté à cette liste le chat ordinaire, quelques poules et des pigeons, mais seulement dans les villes, j'aurai énuméré tous les animaux domestiques qui se trouvent dans le pays.

Sans aucun doute le nombre des espèces, et, dans chaque espèce, le nombre des individus , pourraient être plus considérables malgré Taridité générale du sol; mais le servage est un obstacle presque insurmontable à l'accroissement des animaux domestiques. Le serf n'a aucun intérêt à accroître les troupeaux de son seigneur ; car leur augmentation doublerait son travail de garde. Quant à ceux qui luiappartiennent en propre, il aurait un bénéflce réel à les multiplier, si le seigneur n'était là, prélevant une sorte de dîme et quelquefois plus que la dîme, puisqu'il peut prendre tout ce que possède et produit l'homme attaché à la glèbe.

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